jeudi 11 août 2022

Rêve 66 : "Transmutation de l'ombre"

 



Je passe ma main dans mes cheveux :
ils tombent par poignées, 
ils sont gras, noirs, épais.
 
Un peu plus tard, je recommence, et là, 
ce ne sont plus exactement des cheveux 
mais de très gros filaments noirs, très larges 
qui se détachent de ma tête.
 
C'est toute une masse noire épaisse, 
d'une consistance proche du "pétrole"
qui tombe et se déverse devant moi, dans un seau.
 
Et là, miracle ! Après avoir attendu un peu, 
ce magma noir se transforme, je ne sais comment
...en crayons de couleurs !
 
Ce sont des dizaines de crayons multicolores, 
tout neufs, rangés dans des pochettes. 
Ils sont prêts à être distribués aux élèves...
qui n'attendent que ça !

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Rêve reçu par R. , enseignante
le 11 juillet 2022 

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14 commentaires:

  1. Quand les idées d’une enseignante ("ce qui sort de sa tête") mûrissent longtemps dans l’ombre (nigredo), comme mûrissent enfouis sous terre les végétaux qui donneront le pétrole, ces idées stimuleront la créativité pleine de couleurs et de vie de ses élèves. Que ces élèves soient de jeunes êtres extérieurs ou qu’ils soient des énergies en croissance en elle, des élèves intérieurs... ???
    L’important n’est-il pas aussi de "mettre la main à la pâte", aussi noire et déplaisante puisse-t-elle sembler au départ ?

    Le pétrole, c’est l’huile de pierre. Faudrait-il y voir aussi une production ou un état transitoire de la pierre philosophale et voir dans tous ces crayons de couleur une représentation de la queue de paon de l’alchimie ? 
    On en parle ici http://aqua-permanens.blogspot.com/2013/06/le-paon.html :
    « Après l’œuvre au noir avec Saturne, la putréfaction et le Corbeau qui y sont associés (lire articles : Saturne, le mythe, Saturne, le plomb, et, Le Corbeau) la roue du paon déploie une palette de couleur telles les couleurs de l'arc en ciel qui laisse entrevoir l'ensemble du processus du Grand Œuvre.  

    Pour l'alchimiste la queue du paon symbolise le moment où après une mort symbolique, la matière se pare des multiples couleurs présentes dans les étoiles de la voûte céleste. C'est la phase multicolore de l’œuvre qui précède l'apparition de la poudre d'or. »


    Amezeg

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    1. Merci Amezeg !
      Oui, c'est comme ça que je vois aussi la symbolique du rêve : le passage du "noir" à la "multicoloration"...qui renvoie à l'alchimie...

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  2. Le texte auquel tu renvoies est très intéressant...
    Je note par exemple :
    "Le Paon en alchimie symbolise la fin de la nuit de la putréfaction, c'est à dire la fin de la dissolution des fausses motivations et des fonctionnements pernicieux pour la pleine préparation du subtil (le désir essentiel)."

    Je pense que ce rêve pourrait être l'annonce d'une phase bien plus "positive", où les énergies "en sommeil" (pétrole) peuvent se libérer et s'exprimer. Les multiples couleurs renvoient aussi à un "déploiement" (paon) des facultés créatrices...
    Tout ceci à condition se "se pencher" sur le négatif (noir) et de faire confiance au processus de transformation (qui, ici, a l'air de se dérouler "naturellement" , sans trop d'intervention ou d'effort.
    Mais je note quand même l'image du seau (qui pourrait évoquer la nécessité d'un "contenant" pour tout le négatif qui se déverse...). Peut-être une "personne ressource" (psy par exemple) ou une introspection fructueuse ?

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    1. « Mais je note quand même l'image du seau (qui pourrait évoquer la nécessité d'un "contenant" pour tout le négatif qui se déverse...). Peut-être une "personne ressource" (psy par exemple) ou une introspection fructueuse ? » dis-tu, La Licorne.
      Peut-être… (?) Mais il manque ici les éléments d’information personnelle de la rêveuse, la connaissance de son contexte vécu, pour en juger

      Mais le seau ne pourrait-il représenter le creuset alchimique, l’athanor intérieur à/de la rêveuse, dans lequel la matière (psychique) rassemblée se transforme, évolue, parfois de façon très inattendue et "magique", c’est à dire au-delà des espérances de l’être accablé par une noirceur apparemment sans issue ?

      Amezeg

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  3. On ne peut pas manquer, effectivement, de penser à l'athanor alchimique, lieu de transformation (à la nuance près que l'athanor est hermétiquement fermé et que le seau ne l'est pas).

    Sur le contexte de la rêveuse : elle sort d'une période difficile (période noire) et elle relie le rêve, aussi, à une relation douloureuse avec son père (à cause d'un événement survenu la veille du rêve).
    D'autre part, elle ressent sa créativité comme "bloquée" depuis quelques temps...

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    1. Oui, comme toi, j’avais pensé à l’objection concernant la fermeture hermétique de l’athanor durant le temps des opérations alchimiques. Mais il faut aussi que l’athanor soit ouvert à la fin de ces opérations et que le produit transformé n’en demeure pas indéfiniment prisonnier pour qu’il profite à l’alchimiste. Le seau ouvert qui recueille le noir et le transforme après une courte attente serait-il un athanor-express, un athanor-minute mais sans pression ? ;-)

      Quoi qu’il en soit, le rêve suggère fortement que la période noire prend fin ou va bientôt prendre fin et la créativité est libérée ou va se libérer bientôt.
      La récente expérience douloureuse avec son père a-t-elle "poussé le feu" de la transformation alchimique de différentes choses qui encombraient la tête de la rêveuse (et causaient une pénible "prise de tête"…) depuis longtemps (ou depuis un certain temps) déjà ? Ce n’est pas impossible. Il faut parfois que le malaise ou mal-être empire pour que le statu quo ante s’en trouve balayé, chassé. (?)

      Amezeg

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    2. Oui...c'est possible...

      J'ai bien aimé ce que tu as dit au départ (phrase sur laquelle je n'avais pas "rebondi") :
      Quand les idées d’une enseignante ("ce qui sort de sa tête") mûrissent longtemps dans l’ombre (nigredo), comme mûrissent enfouis sous terre les végétaux qui donneront le pétrole, ces idées stimuleront la créativité pleine de couleurs et de vie de ses élèves. Que ces élèves soient de jeunes êtres extérieurs ou qu’ils soient des énergies en croissance en elle, des élèves intérieurs... ???
      L’important n’est-il pas aussi de "mettre la main à la pâte", aussi noire et déplaisante puisse-t-elle sembler au départ ?

      C'est ça...c'est très juste...
      Mais si les cheveux représentent très souvent des "idées"...chez une femme, ils représentent aussi la féminité...Il se pourrait qu'en plus de sa créativité, la "féminité" de la rêveuse soit également en cours de "renaissance"...Elle "reprend des couleurs", suite à l'expression de la "noirceur" de son vécu d'enfance...(en rapport avec son père, justement).

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    3. Tout ce que tu dis là est très intéressant !
      On pourrait même se dire alors que la rêveuse se faisait des "idées noires" à propos de sa féminité. Qu’elle la dévalorisait, la vivait (plus ou moins) mal. Car le rêve aurait pu facilement évoquer la féminité autrement que par le symbole des cheveux.

      Amezeg

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    4. Oui...des "idées noires" ...on pourrait dire aussi des "pensées angoissantes"...et peut-être dévalorisantes...
      Et ces "pensées noires" tombent...pour laisser la place à de nouveaux cheveux...(renouveau).

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    5. ...et donc à une nouvelle conception de sa féminité...et de son pouvoir séducteur...

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    6. Car il faut que le noir soit "expurgé", si l'on veut que quelque chose de mieux puisse prendre place...
      A ce propos, j'ai retrouvé cet extrait d'Etienne Perrot dans "La voie de la transformation" , extrait qui me paraît assez parlant :

      "La confrontation avec l'ombre constitue le trait distinctif de la psychologie moderne de l'inconscient, qui s'inscrit en cela dans la ligne de la tradition hermétique...(...)
      Ce stade de l'oeuvre (nigredo) correspond d'abord à la prise en considération de ce que nous refusons d'ordinaire, nos défauts, les manifestations de ce que Jung appelle "notre fonction inférieure", tout ce que nous n'avons pas réussi à vivre et qui mène au fond de nous une vie autonome , obscure et se retournant contre nous.
      Les grands psychologues qu'étaient les mystiques connaissaient l'importance de cette phase nocturne qu'ils nommaient "voie purgative". Les descriptions de Jean de La Croix sont classiques. Le texte que je voudrais citer émane de celle en qui plusieurs historiens reconnaissent désormais la plus fidèle disciple française du maître de la "Nuit obscure", Madame Guyon" ...
      "Dieu, écrit-elle, dans "Torrents", va chercher jusque dans le plus profond de l'âme son impureté foncière...il la presse et la fait sortir.
      Prenez une éponge qui est pleine de saletés, lavez-la tant qu'il vous plaira: vous nettoierez le dehors mais vous ne la rendrez pas nette dans le fond, à moins que vous ne pressiez l'éponge pour en exprimer toute l'ordure, et alors vous la pourriez facilement nettoyer. C'est ainsi que Dieu fait : il serre cette âme d'une façon pénible et douloureuse, puis il en fait sortir ce qu'il y a de plus caché.
      Lorsque l'âme ressent cette puanteur, elle croit que c'est une nouvelle ordure et qu'elle se salit ...et c'est au contraire. Cette ordure y était et elle ne la voyait pas; elle ne la sent à présent que parce qu'on la lui ôte."

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    7. Nos ruminations mentales – doit-on alors les appeler "idées" ? – naissent sans doute bien souvent de l’existence de contenus inconscients particulièrement actifs ou/et pesants qui demandent/raient à être rendus conscients pour que cessent ces ruminations. Celles-ci peuvent donc être l’indice que quelque chose doit être amené à la conscience afin de purifier notre atmosphère intérieure et tout notre être. Ce "nettoyage" libérateur correspond bien au travail sur l’ombre, personnelle en particulier, et même sur des parts de l’ombre collective de l’humanité (« Je suis homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger » Térence).
      C’est un travail sur soi qui peut effrayer car, pour un temps, le temps de la montée à la conscience, le contenu devient plus prégnant et (donc) plus inquiétant que lorsqu’il nous était encore bien caché, bien dans l’ombre. C’est ce qu’explique à merveille, en son langage imagé, Madame Guyon… :-)

      Amezeg

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    8. Exactement.

      Et c'est vrai aussi, comme tu le dis, au niveau collectif : les choses paraissent s'aggraver et tout semble très noir, alors que, si l'on avait un peu plus de conscience et de lucidité, on pourrait voir qu'il s'agit, au contraire, d'un début d'amélioration, d'une avancée vers une prise de conscience de l'ombre collective, accompagnée d'un "grand nettoyage"...

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  4. ...et on retombe, bien sûr, sur la notion d'"ombre" : son "ombre" serait constituée en partie de ce qu'elle n'a pu exprimer, enfant, de sa créativité et de sa féminité...dans son contexte familial.

    Mais une fois que les souvenirs douloureux et "noirs" ont pu être exprimés et reconnus, après qu'ils aient "macéré" et se soient transformés, la rêveuse peut de nouveau avoir accès à l'énergie réprimée (pétrole) et à toute la palette de sensations qui avait été perdue (couleurs) ?

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