lundi 9 décembre 2019

Nous sommes d'un âge immense

 Lundi 9 décembre 2019


Le rêve de Jung, qui montre un Chevalier en armure 
au milieu de la foule des passants de Bâle, 
met en scène, d'une façon qui marque l'esprit, 
l'irruption du Moyen-Âge dans la période dite "moderne"...
Une irruption étonnante...
mais dont on retrouve néanmoins un écho 
au détour de certaines oeuvres de fiction...

Ainsi, dans le film-comédie "Les Visiteurs" (1993), 
Godefroy de Montmirail et son serviteur
débarquent avec fracas en plein vingtième siècle...
tandis que dans le film "Fisher King" de 1991
("Le Roi pêcheur", en français)
un chevalier "rouge" apparaît en plein New-York à Henry, 
le personnage joué par Robin Williams.




Je ne citerai  pas les innombrables histoires
 (bandes dessinées, livres, jeux ...etc) 
qui font intervenir de vaillants chevaliers,
 traversant moult épreuves au péril de leur vie...
cela prendrait trop de temps...




Mais, à voir leur succès, il semblerait bien 
que le thème de la chevalerie fasse encore "rêver",
"frissonner" ou..."sourire"...
et que nous soyons encore capables 
de nous identifier à eux et à leur "quête"...

Jung lui-même , de son propre aveu, 
s'est passionné pour ce genre d'histoires 
(surtout celles autour du Graal),
à l'adolescence.
 C'était aux alentours de ses quinze ans, 
à l'époque où ses camarades de collège,
un peu moqueurs, 
l'appelaient "le Patriarche" 
et où lui-même se sentait parfois 
"appartenir à un autre temps"...

Toute une série de rêves viendra ensuite
confirmer cette impression
de ne pas "appartenir totalement à son époque":
 Celui du "Chevalier dans la ville
qui s'inscrit dans le prolongement de celui des "Gisants"
 (dans lequel un gisant du 12ème siècle "revient à la vie"),
 qui lui-même est le prolongement de celui de la "Maison"
 (maison dont le sous-sol évoque plusieurs époques superposées)...
sans oublier celui, plus tardif, de "La quête du Graal".

Tous ces rêves impressionnants insistent sur le même point : 
les grandes questions qui se sont posées dans l'Histoire
ne se sont pas "évaporées" : 
bien que leurs protagonistes soient décédés depuis longtemps, 
ces questions cruciales, datant d'époques anciennes, 
s'agitent encore en nous, dans notre inconscient. 
Elles reviennent nous hanter, encore et encore, 
en attente d'une solution,
ou tout du moins, d'une compréhension. 
Elles s'emparent de quelques individus, 
plus réceptifs ou plus prédisposés
et sollicitent leur attention.

Ainsi, les questions de fond qui ont traversé les siècles précédents, 
du douzième siècle (temps des Croisades, romans du Graal) 
au dix-septième siècle (époque culminante de l'Alchimie) 
vont s'imposer à Jung et le "travailler" en profondeur 
pendant une bonne partie de sa vie.




Mais il les traitera sur un plan psychique, bien sûr,
et non plus sur un plan "concret".

Là où le Croisé maniait l'épée pour délivrer Jérusalem,
"Centre de la chrétienté", 
Jung maniera l'épée du discernement et de l'analyse 
pour "délivrer" le Centre spirituel  de l'Etre,
 qu'il appellera le Soi.

Là où l'alchimiste manipulait éprouvettes et creusets,
 penché sur son "feu secret",
 il observera la transformation à l'oeuvre 
dans l'intériorité de ses patients, 
dans l'intimité de son cabinet de psychanalyste.

Cependant, alors que Freud, spécialiste des névroses, 
se limite à explorer les problèmes personnels de ses patients, 
il se sent, lui, poussé à aller beaucoup plus loin.
Il veut "pénétrer les mystères de la personnalité et de l'âme" 
et dans ce but, il va être amené, au fil des années, 
à étudier de vastes pans de l'épopée de l'humanité : 
il va peu à peu acquérir une immense culture dans de nombreux domaines 
(archéologie, sciences naturelles, histoire des religions,
histoire de la philosophie, mythologie, alchimie...etc). 
Désireux de comprendre "les grands mouvements de l'âme humaine",
et aiguillonné par les grands rêves cités précédemment,
 il va  être conduit à explorer des problèmes d'une toute autre ampleur que Freud 
et va se pencher sur des problèmes qui embrassent 
toute une part de l'Histoire humaine.

Après avoir examiné des milliers de rêves dans lesquels il reconnaîtra  
une "Connaissance millénaire" qui ne peut pas, à l'évidence, 
être issue de la seule expérience personnelle du rêveur, 
il finira par avancer l'hypothèse d'un inconscient collectif..

 Nous aurions en effet "en nous"
la trace d'une ribambelle d'ancêtres, 
qui, du fond des âges, attendent que nous poursuivions, 
autant qu'il nous est possible, leur quête non aboutie.

Notre âme, à la naissance, n'est pas "vierge" : 
elle est déjà lourde de tout un passé qui, bien qu'inconscient,
tire les ficelles de notre vie et de notre destin.
Ce passé se révèle être à la fois un poids...et une chance. 
A nous de composer le mieux possible avec lui, 
pour en tirer "l'or" qu'il recèle potentiellement.

Si, comme le disait Teilhard de Chardin, 
nous sommes des "êtres spirituels"
 connaissant, pour un temps, l'incarnation, 
alors notre Âme et notre Esprit,
sont bien plus "vieux" que notre corps : 
ils sont comme le disait Jung, "d'un âge immense
et parfois de l'âge de l'Humanité.

Les questions de nos ancêtres
viennent régulièrement nous "revisiter",
 à la fois semblables et différentes. 
Dans la grande "spirale" de l'Evolution,
 elles ont accompli un ou plusieurs tours 
et demandent à être revues "un cran plus haut", 
sur un plan plus élevé,
 afin que nous affinions sans cesse
la conscience du monde et de nous-mêmes,
à l'infini...

Jung, fidèle à son nom et au blason originel de sa famille (un Phénix),
 ne sera pas celui qui "perpétue les limites du passé et les protège"...
il sera celui qui les laisse "monter en lui"
puis qui les dépasse en les renouvelant. 
Il sera à la fois "homme du Passé" ("Patriarche") 
et "homme de l'Avenir", pionnier vaillant et courageux, 
qui sèmera, dans le domaine de la Connaissance de l'Etre humain, 
les premiers jalons d'un "nouveau cycle",
et peut-être même d'une nouvelle "ère".

Le "gardien de l'ancienne Monarchie impériale et royale"
 ne le lui pardonnera pas...
mais, ça, c'est une autre histoire... ;-)

La Licorne
.



En complément, je vous offre  ci-dessous
quelques citations de Jung,
 extraites de ses Mémoires, 
qui viennent "éclairer" cet article :


"Nous ne sommes pas d'aujourd'hui ni d'hier ;  
nous sommes d'un âge immense."


"Notre âme, comme notre corps, est composée d'éléments 
qui tous ont déjà existé dans la lignée des ancêtres. 
Le "nouveau" dans l'âme individuelle est une recombinaison, 
variée à l'infini, de composantes extrêmement anciennes. 
Ainsi, corps et âme ont-il un caractère éminemment historique 
et ne trouvent-ils dans le "réellement -neuf-qui-vient-de sourdre" 
nulle place convenable, 
autrement dit les éléments ancestraux ne s'y trouvent 
que partiellement chez eux. 
Nous sommes loin d'avoir liquidé le Moyen-Âge, l'antiquité, la primitivité
 et d'avoir répondu à leurs propos aux exigences de notre psyché !" 
(p 273)

"J'ai toujours pensé que, moi aussi,
 j'avais à répondre à des questions que le destin 
avait déjà posées à mes ancêtres, 
mais auxquelles on n'avait encore trouvé aucune réponse... 
ou bien que je devais terminer ou simplement poursuivre des problèmes
 que les époques antérieures laissèrent en suspens. 
Il est d'ailleurs difficile de savoir si ces problèmes
 sont de nature personnelle ou plutôt de nature générale (collective).
 Il me semble que c'est plutôt le dernier point qui est le cas...."
 (p 271)





samedi 7 décembre 2019

Les autres symboles du rêve : noms de lieux


Ville de Bâle (Suisse)


Dans le  rêve du  "Chevalier en pleine ville"
Jung se trouve dans un endroit qu'il désigne 
comme étant  à la fois
 le quartier Kohlenberg de Bâle
et une ville d'Italie, Bergame.
Or, ces appellations contiennent toutes deux
la syllabe BERG,
qui, en allemand, désigne la "montagne".

"Kohlenberg" ,
c'est la "montagne de charbon"
et Bergame pourrait se décrypter,
comme le signalait judicieusement Amezeg,
dans les commentaires,
comme Berg-âme,  
la "montagne de l'âme".

Au tout début de ce blog, j'avais publié un article
et voilà, entre autres, ce qu'on pouvait y lire:


"L'ascension d'une montagne évoque 
un progrès dans la connaissance de soi-même.
Sans doute la montée est-elle avant tout une intériorisation.
Le sommet de la montagne symbolise
les qualités supérieures de l'âme.



Gravir sa propre montagne intérieure
c'est concilier les principes opposés en soi-même (sa terre et son ciel), 
c'est parvenir à ce que l'historien des religions Mircea Eliade appelait 
la coïncidence des opposés
à savoir faire des principes opposés de réels complémentaires, 
en vue de l'union ultime avec soi-même, 
avec les autres et avec l'univers.

.

Bergame (Italie) - rue en escalier

L'escalier de la rue où se trouve Jung rappelle
que pour parvenir à cela, il y a des "marches" à gravir,
des "paliers" et donc des étapes à traverser.
C'est une démarche longue et ardue, 
une élévation progressive,
le travail de toute une vie.

(Le symbole de l'escalier
a déjà été étudié sur ce blog)

Tout en bas de cette rue en escalier,
il y a la "Barfüsserplatz" de Bâle,
nom qui se traduit en français 
par "Place des "Va-nus-pieds" 
(ou des "pieds nus").
C'est une allusion aux moines franciscains 
qui, faisant voeu de pauvreté,
marchaient sans chaussures (et plus tard, en sandales).
En français, on a traduit cela par l'expression
 - moins péjorative sans doute - 
de "Place des Cordeliers"
(la corde étant aussi une partie importante 
de la tenue des franciscains) 


Jung connaissait bien ces lieux,
puisqu'il avait fait ses études à Bâle
et y avait passé une partie de sa jeunesse.

Or, la chevalerie templière et l'ordre franciscain
(dit aussi Ordre des Frères mineurs)
sont nés à la même époque environ:
à la fin du douzième siècle 
et au début du treizième siècle.

Il semblerait bien qu'aux alentours de l'an 1200,
se soit fait sentir, dans l'inconscient collectif,
un grand besoin de retourner
aux "sources du christianisme".
Les Croisés l'ont fait à leur façon,
de façon très concrète et "guerrière"
et Saint François, lui, l'a fait d'une façon plus "spirituelle"
en revenant à des valeurs de simplicité et d'authenticité.




Les deux mouvements ne sont d'ailleurs pas sans rapport
et finiront par se rencontrer ainsi qu'on peut le lire
dans cet article Wikipédia consacré à l'ordre franciscain :

En vertu de deux bulles du pape Clément VI en1342,
"Gratias agimus" et "Nuper carissimae", 
les franciscains de Terre sainte
revendiquent la « garde des Lieux saints ». 
Ce privilège s'explique par le rôle pacificateur 
joué par saint François d'Assise
lors de la cinquième croisade en 1219.

Ainsi, depuis le XIVème siècle, 
les franciscains sont les gardiens
 de nombreux sanctuaires en terre Sainte,
dont le Saint Sépulcre à Jérusalem.

 .

La Licorne





mercredi 4 décembre 2019

Entre douze et treize

Mercredi 4 décembre 2019


Le "rêve du chevalier" de Jung commence par une indication temporelle : il se passe entre douze et treize heures.
Ce détail, qui pourrait paraître anodin, ne l'est cependant pas, surtout si l'on se souvient que les Croisés et les Templiers ont connu leur heure de gloire entre le douzième...et le treizième siècle !

Le nombre Douze, étudié récemment, est un nombre qui est très lié aux cycles temporels (douze heures, douze mois, douze signes du zodiaque).


Le Treize, lui, est l'élément qui, en ajoutant une unité au douze, va venir briser la stabilité et entraîner vers autre chose. C'est l'élément de trop, celui qui fait passer d'un cycle à l'autre avec ce que ce changement implique d'anxiété par l'arrivée d'un nouveau cycle inexploré. Il est ce qui vient briser l'ordre antérieur, il est le pas en avant qui fait plonger dans l'inconnu, il est "signe de rupture".

Avec lui, il y a toujours destruction puis reconstruction, mort puis renouveau (dans le Tarot, la treizième lame est d'ailleurs celle de la "Mort", qui n'a rien d'une mort définitive, puisque 8 lames suivent la treizième).
C'est donc, en ce sens, un nombre "initiatique" : un nombre évoquant un passage difficile ou une épreuve débouchant potentiellement sur une "renaissance").


Voyons cela de plus près :






Entre douze et treize heures :  c'est l'heure de la pause méridienne. On cesse le travail pendant un moment (cassure du rythme journalier) avant de reprendre pour une deuxième "tranche".

Entre douze et treize mois :  En accédant à la marche, l'être humain quitte son statut de "bébé" et devient un "enfant".

Entre douze et treize ans : c'est l'âge moyen de l'apparition des règles chez les filles et, plus généralement, c'est l'âge du début de l'adolescence. L'enfant "meurt" et passe à une autre étape de vie, plus mature.

Entre le douzième et le treizième siècle : ce fut une époque de "très grands changements", l'Histoire du Moyen-Âge arrive à un tournant.
En 1205, Saint-François d'Assise a une vision dans laquelle le Christ lui demande d'aller "rebâtir son Eglise en ruines"...
C'est l'essor des Croisades, l'époque des chevaliers du Temple de Salomon, ou Templiers...
Et c'est l'époque aussi de la construction accélérée de la plupart des grandes cathédrales en Europe.

Beaucoup plus récemment, à la fin de 2012 (donc juste avant 2013), nous avons assisté à la mise en scène des frayeurs liées à l'anticipation d'une "fin du monde" (ou "fin d'un monde") qui nous amènerait, soit vers la destruction, soit vers du "tout nouveau", une sorte de "nouvelle ère".

Cette prévision se basait d'ailleurs sur le calendrier maya, qui, contrairement au nôtre, est fondé sur le nombre treize et comprend des cycles de 20 X 13 jours (20 semaines de 13 jours = 360 jours).

Le nombre 13 est donc, très concrètement, lié au "passage" d'un état vers un autre état, d'un cycle vers un autre cycle. Ce qui est certes dérangeant, mais pas forcément catastrophique...



La culture celtique se basait sur un rythme naturel de 13 "mois lunaires" (13 x 28 jours = 364 jours).
Le Zodiaque traditionnel compte 12 signes, mais on en comptait autrefois un treizième : le Serpentaire (ou Ophiuchus).

Chez les Mayas et les Aztèques, il était symbole de transformation, de renaissance à un niveau supérieur. 

Si on le considère sous la forme d'une roue à 12 rayons, c'est-à-dire comme 12 unités autour d'un centre, il est bénéfique.
C'est en tant que "nombre premier" qu'il peut parfois poser problème.


Sa mauvaise réputation actuelle lui vient, semble-t-il, de deux événements marquants :

- La dernière Cène, pendant laquelle Jésus et les douze apôtres sont réunis et qui sera immédiatement suivie par l'arrestation puis la mise à mort de Jésus. (Cela ancrera, entre autres, la superstition consistant à éviter d'avoir "treize convives à table")

- L'arrestation de tous les Templiers de France au matin du vendredi 13 octobre 1307.
Ordonnée par Philippe le Bel, qui les fera ensuite interroger, incarcérer et torturer, avant de les condamner au bûcher, cette arrestation  restera dans les mémoires comme un "jour funeste". On raconte que le jour de son exécution, le 18 mars 1314, le grand maître des Templiers, Jacques de Molay, aurait maudit ses tortionnaires pour leur "traîtrise" du vendredi 13.

Ce fut là le point de départ de la fameuse paraskevidékatriaphobie. ;-)


La Licorne



mardi 3 décembre 2019

Symboles : Le rouge et le blanc




Le blanc et le rouge, associés dans une même vision, figurent parmi les symboles les plus chargés de sens. Ils expriment une des plus fortes antinomies auxquelles l'homme ait à faire face, sans grand espoir de réaliser, par rapport à elles, une harmonie pérenne. Lorsque apparaissent le blanc et le rouge couplés, ce sont peut-être les opposés les plus fondamentaux de la vie qui sont en confrontation brutale dans la psyché.

L'imaginaire fait appel à des images extrêmement variées pour mettre en scène les deux couleurs. De l'aigle blanc aux yeux rouges à l'hirondelle rouge à calotte blanche, en passant par le tambour rouge et blanc, la petite fille en robe blanche et à chaussures rouges, le pigeon blanc qui sort du ventre ouvert, rouge de sang, la fusée à carreaux rouges et blancs, le pape vêtu de blanc, résidant l'assemblée des cardinaux rouges, des dizaines de visions, parfois très originales, n'ont d'autre but que d'exposer ensemble les deux symboles.



A l'instant où l'on entre dans l'interprétation de ces derniers, il est difficile de se défendre d'un certain vertige, doublé d'un sentiment d'impuissance. Cela parce que le blanc et le rouge entraînent des prolongements d'une telle ampleur qu'il semble impossible de les décrire en évitant que les mots exercent un rôle de banalisation.

Le blanc exprime l'absolu, une origine et un but qui se confondent dans l'unique, l'éternel, le temps indifférencié de l'innocence, de la non-manifestation. Le blanc imaginaire est, par nature, un blanc immaculé. Il est en dehors de l'acte. Il est pureté, innocence, sublimité. Mais ces valeurs s'opposent à la vie manifestée qui est dualité, engagement, risque, acceptation de la souffrance. Le blanc protège mais isole. Au plan de l'esprit, il est perfection, au plan terrestre, il est stérilité.

Le rouge, c'est l'implication, le sentiment, la passion, l'amour, la souffrance, l'incarnation, la violence, le rythme. C'est le temps terrestre, le temps séquentiel, mesuré, cadencé, le temps compté. C'est la matière animée, le sang qui bat dans les veines. Au plan de l'esprit, c'est la mort, au plan terrestre, c'est la vie. Le rouge, c'est l'univers de la compétition, de la puissance, de la possession.
Pour utiliser une formule simple, le blanc est pouvoir spirituel, le rouge pouvoir temporel.

Dans le rêve, comme dans la vie, cette dualité d'orientation de la volonté de puissance va imprégner des situations apparemment fort éloignées les unes des autres.
(...)

L'alchimie offre aussi l'image de l'oeuf d'où émerge un aigle à deux têtes, l'une portant la tiare pontificale de la puissance spirituelle, l'autre la couronne impériale, emblème du pouvoir temporel.


Les exemples où le blanc et le rouge associés affichent la double mission spirituelle et temporelle ne manquent pas.

Les Templiers, moines-soldats, arborent la croix de sang sur leur tunique immaculée.
Les croisés portent de semblables marques.



Le pharaon, unique délégué du dieu sur la terre, et souverain absolu dans l'ordre temporel, porte la double couronne rouge et blanche.



Les chouans, autres soldats du roi et de la religion avaient choisi pour insigne le Sacré Coeur rouge sur fond blanc.


Plus près de nous la croix rouge, le croissant rouge expriment aussi la volonté de porter l'effort humanitaire au coeur même de la tourmente guerrière.

La houppelande rouge et blanc du Père Noël, personnage qui fréquente volontiers le rêve, est le signe évident d'une fête où le sacré se mêle étroitement aux réjouissances les plus terre à terre.




Georges Romey
"Dictionnaire de la symbolique"
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