mercredi 6 novembre 2019

Rêve de Jung : La colombe



Jung et ses enfants


A la fin de l'année 1912,
Jung fit un rêve dans lequel apparaissait le nombre 12.

Un rêve assez énigmatique, à vrai dire,
qu'il ne réussit pas à déchiffrer totalement...

Notons en passant qu'il y est question d'une "table"...





 
En 1912, vers la Noël, j’eus un rêve. 
Je me trouvais dans une merveilleuse loggia italienne 
avec colonnes, sol et balustrades en marbre. 
J’y étais assis sur une chaise dorée de style Renaissance, 
et devant moi était une table d’une rare beauté. 
Elle était taillée dans une pierre verte, comme de l’émeraude.

 J’étais donc assis et regardais dans le lointain, 
car la loggia se situait tout en haut
dans la tour d’un château. 
Mes enfants se trouvaient aussi autour de la table.
Tout à coup, un oiseau blanc plongea vers nous; 
c’était une petite mouette ou une colombe.

Avec grâce, elle se posa sur la table, 
et je fis un signe aux enfants afin qu’ils se tinssent tranquilles 
et qu’ils ne fissent pas peur au bel oiseau blanc. 
Aussitôt, la colombe se transforma en une petite fille
 âgée de huit ans environ, aux cheveux blond doré. 

 Elle partit en courant avec mes enfants, 
et ils se mirent à jouer ensemble 
dans les merveilleuses colonnades du château.
Je restai plongé dans mes pensées 
réfléchissant à ce qui venait de se produire 
et à ce que je venais de vivre. 
La petite fille s’en revint alors
 et me passa affectueusement un bras autour du cou.


Puis soudain la petite fille disparut, 
mais la colombe était à nouveau là
et dit avec une voix humaine en parlant lentement :
 « Ce n’est que dans les premières heures de la nuit
 que je puis me transformer en un être humain, 
tandis que la colombe mâle s’occupe des douze morts. »

Ayant dit cela, elle prit son vol dans le ciel bleu 
et je m’éveillai.


Ce rêve a occupé Jung pendant très longtemps, 
en raison de ses nombreux symboles : 
la colombe, l’opposition mâle/femelle, 
la table, la petite fille, le chiffre douze… (*)

Il ajoute au sentiment de confusion qu’il éprouvait alors
 et va précipiter sa rupture avec Freud. 
Ce rêve et le suivant vont l’aider à développer sa théorie des archétypes 
et à appréhender les dimensions mythiques de l’inconscient.
.

Extrait de "Ma vie"
C.G. Jung
.


(*) Voici le commentaire qu'il en fait dans "Ma vie" :

 Tout ce que je pus dire de ce rêve fut qu'il indiquait 
une activation inhabituelle de l'inconscient.
Mais je ne connaissais pas de technique 
qui m'aurait permis d'élucider les processus intérieurs.

Que peut avoir à faire une colombe mâle avec douze morts ?
 


A propos de la table d'émeraude, 
il me vint à l'esprit l'histoire de la tabula smaradigna,
qui figure dans la légende alchimique d'Hermès Trismégiste.
D'après cette légende, Hermès Trismégiste aurait légué une table 
sur laquelle était gravée en grec l'essence de la sagesse alchimique.


Je pensai aussi aux douze apôtres, 
aux douze mois de l'année, 
aux signes du zodiaque...etc. 
Mais je ne trouvai pas la solution de l'énigme.
.
C.G. Jung
.
 
 
 
 
Ajout :
 
Ce rêve a  beaucoup interrogé Jung
et a anticipé les premières visions
qui l'ont amené à écrire le "Liber Novus", 
le Livre Rouge.
 
La difficulté que Jung  a éprouvée à l'interpréter
lui fait pour la première fois sérieusement penser
à un fondement collectif dans l'inconscient.
 
Selon ses "Livres noirs"
ce rêve aurait  également été à
 l'origine de la décision de Jung 
d'entamer une liaison avec Toni Wolff, 
qu'il avait rencontrée trois ans auparavant.
.




1 commentaire:

  1. Après avoir examiné en détail le symbolisme de la colombe et celui du nombre treize (articles suivants), je crois qu'une ébauche d'explication me vient à propos de ce rêve...
    Le treize apparaît ici dans le 12 + 1 (le "1" étant la colombe-mâle).

    La "petite fille" (ou, de façon plus générale l'enfant) représente souvent , dans les rêves, ce qui est "appelé à grandir", "à se développer"...ce qui est "en croissance"...

    Ici, c'est une colombe qui se fait "petite fille" et qui vient "annoncer" par sa présence que le temps de la "colombe-mâle" (c'est-à-dire de "l'esprit masculin") est révolu...
    Les "douze morts" pourraient évoquer le cycle précédent, cycle qui est "mort" et qui va laisser la place à autre chose...

    Juste avant la nuit, cette "fillette", joueuse et affectueuse, pourrait représenter l'aube d'un nouveau cycle, d'une nouvelle ère, qui, elle, serait placée sous le signe du Féminin.

    La colombe (esprit "saint") retrouverait ainsi sa "nature féminine" qu'elle avait perdue il y a longtemps...

    https://fabulo.blogspot.com/2013/09/le-saint-esprit-est-feminin.html

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