jeudi 31 octobre 2019

Le cri de Merlin

Jeudi 31 octobre 2019


  

« Merlin c’est ma seconde personnalité,
en un sens c’est moi. »

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Carl Gustav Jung
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La Pierre de Bollingen


La pierre se trouve en dehors de la Tour
dont elle est comme une explication. 
Elle est une manifestation de celui qui l'habite, 
pourtant elle reste incompréhensible aux hommes. 

Savez-vous ce que j'avais l'intention de graver au dos ?
"Le cri de Merlin".

Car ce que traduit cette pierre me rappelle
 les manifestations de Merlin sortant de la forêt 
alors qu'il était déjà disparu du monde. 
Les hommes entendent encore son appel, dit la légende,
 mais ils ne peuvent le comprendre, ni l'interpréter.

Merlin, c'est la tentative de l'inconscient médiéval 
de dessiner une figure parallèle à Perceval. 
Perceval est le héros chrétien, et Merlin, 
le fils du diable et d'une vierge pure, est son frère obscur




Au XIIème siècle, lorsque la légende naquit, 
on ne disposait pas des conditions nécessaires 
pour comprendre ce qu'elle représentait. 
Aussi finit-il en exil ;
de là, le "cri de Merlin" 
qui retentit encore dans la forêt après sa mort.

 Cet appel que personne ne pouvait comprendre 
montre qu'il continuait à vivre, tel un être qui n'a pas été sauvé. 
Au fond, aujourd'hui, son histoire n'est pas terminée 
et il erre encore aux alentours.
 
 On pourrait dire que le secret de Merlin
 s'est continué dans l'alchimie
surtout dans le personnage de Mercure. 
Puis il a été recueilli par ma psychologie de l'inconscient 
et reste cependant, maintenant encore, incompris !

Pour la plupart des hommes, en effet, la vie avec l'inconscient 
est tout à fait incompréhensible. 
Savoir combien tout cela est étrange à l'homme
 est une de mes expériences les plus indélébiles.
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C.G.Jung
"Ma vie"
(Chapitre "La tour")
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mercredi 30 octobre 2019

Quête du Graal, rêves et mythologie celte




Depuis ma jeunesse, 
les histoires du Graal jouèrent chez moi un grand rôle. 
A quinze ans je lus pour la première fois ces histoires 
et ce fut un événement inoubliable, 
une impression qui ne disparut jamais plus ! 
Je soupçonnais qu'un mystère y était caché.
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Parzival - Peinture murale - Neuschwanstein

 

Quête du Graal, rêves et mythologie celte

 

Les Romans Arthuriens apparaissent dans la littérature au XIIe siècle.
Ils semblent issus d'une tradition orale celtique
 transmise par les conteurs du pays de Galles, d'Irlande et de Bretagne.
On y raconte les aventures extraordinaires d'une chevalerie moyenâgeuse,
brutale et galante, confrontée à un univers magique et dangereux
semblable à celui des rêves.
 Dans les premiers récits (1160-1180) de Chrétien de Troyes,
les thèmes celtiques interfèrent avec des éléments chrétiens.

Le Graal est le but ultime de ces aventures surprenantes et symboliques.
Ce "vase sacré" est capable de rendre au royaume sa prospérité perdue,
et seul un chevalier courageux et sans reproches saura s'en emparer.


Dans les religions celtiques, il existe
un "Chaudron Magique" semblable au Graal
et qui a des propriétés merveilleuses.
Réchauffé par l'haleine de 9 jeunes femmes
 (comme les 9 muses de la mythologie gréco-romaine),
il ne se vide jamais et produit une boisson source de Force et de Sagesse.
 C'est le chaudron de la transformation et du renouveau,
repris avec raison dans Astérix.

Des rêves énigmatiques jalonnent certains épisodes.
Ils guident les chevaliers dans leurs aventures solitaires,
et révèlent le sens profond des épreuves qu'ils traversent.
L'interprétation en est faite par Merlin, ou encore par des ermites,
retirés au fond des forêts de la Petite et de la Grande Bretagne.

Le Roi-Pêcheur est malade :
cet étrange personnage ne prend plus de poissons
et son royaume dépérit.
La pêche, représente symboliquement
un enrichissement de la conscience par l'inconscient.
Aussi cette image signifie que l'esprit du temps
n'est plus vivifié par l'inconscient :

La société médiévale est malade, elle a perdu sa relation avec l'inconscient.
 Tous ces chevaliers héroïques sont vaincus et la Quête s'achève sur un échec. 
Merlin disparaît, non sans promettre de revenir un jour 
pour ouvrir à nouveau la Quête du Graal...
 

L'Église et la Quête du Graal

 

Allié à la royauté, l'église veut christianiser une société féodale
séduite par l'amour courtois, la chevalerie et la puissance de cette mythologie celte,
dont la richesse symbolique rivalise avec la tradition évangélique.
 Au lieu d'y voir une manifestation de l'âme des peuples gaulois ou celtiques,
 l'église les considère comme dangereux.

L'oeuvre de Richard de Boron (La Quête du Graal - 1220)
 associe ces légendes aux récits évangéliques
pour mieux les combattre et les détruire.
Les thèmes impressionnants des romans arthuriens sont dénaturés
et réduits à une interprétation chrétienne, monastique, cistercienne.

Le Graal, symbole central de la mythologie celte,
 représente maintenant un plat utilisé par le Christ lors de son dernier repas
avec les douzes apôtres, ou encore un récipient
dans lequel Joseph d'Arimathée recueille le sang du Christ descendu de sa croix.
Le Graal perd sa signification symbolique puissante
et devient une relique rattachée au message évangélique.

La table ronde, à la cour du roi Arthur,
devient une allégorie du dernier repas du Christ avec ses disciples.

Lancelot chevalier héroïque, tourmenté et profondément humain,
était l'amoureux malheureux de la reine Guenièvre.
Son fils Galaad, nouveau chevalier chrétien, est un jeune homme pieux
et indemne de toute atteinte de l'amour humain.
Dans cette nouvelle quête, la vie aventureuse, le courage, la loyauté et l'amour
 sont remplacés par la chasteté et l'ascèse d'une vie monastique.
La virginité de Galaad lui permet de contempler le Graal,
puis, tel Élie ou Hénoch, il est emporté loin de ce monde...

La chevalerie et la Quête ont été privés de tout leur sens.
Galaad, nouveau chevalier, incarne un refus chrétien de la vie, de l'amour,
de la sexualité et d'une existence terrestre pleinement assumée.
Le Graal devient un accessoire inutile de l'Évangile.


Le Roi Pêcheur, malade et privé de ses poissons,
montre que les peuples nordiques,
privés de relation avec l'inconscient, sont malades.


(NB : Le Graal est en relation avec le Christ sur le plan symbolique : tous deux sont des réceptacles de la Sagesse et d'une puissance divine. Le Graal est une représentation symbolique, le Christ est une réalisation humaine.)

 

Jean-Michel Crabbé -"Le rêve dans la civilisation occidentale"

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Le rêve du Roi Arthur


On trouve aussi une première version de ce rêve
dans "Le roman de Brut"
de Wace ( 1155)
.



Tandis que le roi Arthur dormait, 
il rêva d'un grand ours sur une montagne. 
Il lui semblait qu'un dragon arrivait depuis les nuées d'orient; 
sa gueule crachait du feu et des flammes si prodigieux 
qu'ils illuminaient tout le rivage alentour. 
Ce dragon lançait une vigoureuse attaque 
mais l'ours se défendait fort bien. 
Toutefois, le dragon étreignit l'ours 
et le précipita à terre, lui semblait-il, 
et le tua .

Quand le roi Arthur s'éveilla, il s'étonna beaucoup de ce rêve
Il fit venir Merlin et le pria aimablement de lui en donner la signification. 
Il lui raconta le rêve sans omettre le moindre détail 
de son déroulement pendant son sommeil.

Merlin lui dit alors: 
«Seigneur, je vais vous en révéler la signification. 
L'ours que vous avez vu signifie un grand monstre, un géant 
qui se trouve près d'ici sur une grande montagne. 
Il a quitté les régions d'Espagne et il est venu dans cette contrée. 
Il s'est installé sur cette terre et, de jour en jour, lui inflige infamies et ravages. 
Personne n'ose l'affronter à cause de sa grande force.

Le dragon que vous avez vu et qui crache tant de feu par la gueule 
au point d'illuminer toute la terre signifie que vous-même, 
grâce au feu de votre courage, 
éclairez et illuminez tout de bonne grâce. 
L'assaut furieux du dragon signifie que vous attaquerez le géant
 qui vous contraindra à un rude effort. 
L'étreinte du dragon par l'ours; 
et la chute de l'ours signifie que le géant vous étreindra 
mais, finalement, vous le tuerez, n'en doutez pas.»
.

Anonyme
Le livre du Graal
1230
 .




mardi 29 octobre 2019

Traditions chamaniques


L'homme-médecine, le sorcier,
le druide ou le chamane
remplissent la même fonction,
marquée par leurs différences culturelles.


Ils régulent les relations entre nature et surnature
 en intercédant auprès des esprits.
Ils poursuivent aussi les mêmes buts :
 soigner les malades, accompagner l'âme des morts,
obtenir une divination ou agir sur les éléments naturels.

 Qualifié de "praticien du rêve" par l'ethnologue Michel Perrin,
le chamane utilise le rythme, la danse et les substances psychotropes
pour obtenir la transe et les rêves
qui lui permettent d'accéder au monde des esprits,
source de ses pouvoirs et terrain de son action.
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Mohamed Chéguenni
"Rêve et chamanisme"
.

Tableau Susan Seddon Boulet


Tous les sages et tous les visionnaires 
des premiers peuples de  l’humanité 
évoquent la vision du monde en trois niveaux :

le monde physique peuplé par les esprits de la nature, 
un monde souterrain et un monde supérieur.

et  qu’ils  empruntent pour accéder aux mondes des esprits.
 Tous considèrent que ces esprits sont venus du ciel 
et ont créé la vie sur terre. 


Aujourd’hui nous ne nous rappelons plus 
que les prêtres de ces premiers peuples
 – les Chamans – 
furent les premiers médecins du monde, 
les premiers à établir des diagnostics,
 les premiers psychothérapeutes,
les premiers fonctionnaires religieux, les premiers magiciens, 
les premiers artistes et les premiers conteurs.

Or, ils constituent une communauté particulière dont les membres
altèrent délibérément leur conscience
pour obtenir des informations 
en provenance d’une autre réalité différente
de celle que nous connaissons.
 Ils utilisent cette  connaissance et  ce pouvoir 
pour aider et guérir des membres de leur communauté,
voire la communauté dans son entier. 

Ce que les enseignements des Amérindiens du Nord,
 d’Amazonie, les Maoris de Polynésie suggèrent,
 c’est que nous pouvons servir de  médiateurs,
 d’intercesseurs entre le sacré et le profane,
 entre notre plan physique et l’au-delà.
(...)

Le monde moderne s’est édifié sur l’oubli 
de la sagesse du passé et des lois solaires. 
La sagesse des traditions anciennes nous parle inlassablement 
de vies intérieures et nous nous obstinons à comprendre vies extérieures. 

Les peuples de tradition chamanique 
de même que les anciens peuples nordiques, germaniques et celtes 
avaient assimilé les mystères des temps anciens 
qui devinrent la base occulte de leurs légendes, 
légendes dont la fin fût marquée par les romans de la Table Ronde, 
de la Chevalerie occidentale.



Durant des siècles, toutes initiatives spirituelles de l’occident 
se trouvèrent confinées dans l’univers physique des cinq sens 
et les dogmes furent la seule source de révélation admise.

C’est dans cette tradition brutale qui frappait la conscience humaine
 que fleurit l’âge des troubadours et de l’époque de l’amour courtois. 
 Les plus grands d’entre eux décrivirent comment les chevaliers
 pouvaient atteindre l’apogée de l’accomplissement spirituel : 

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La Sagesse amérindienne n'a rien de nouveau 
à enseigner aux Occidentaux, 
héritiers de la tradition celtique 
dont le niveau de connaissance cosmique 
était identique à celui des Amérindiens. 
Elle vise simplement à réveiller en eux 
la mémoire ancestrale qu'ils ont perdue.
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Il existe en effet une profonde similitude 
entre la tradition amérindienne, 
toujours vivace dans les communautés indiennes d’Amérique, 
et la tradition celtique qui forme le creuset, 
malheureusement oublié, de la culture européenne.


Article ICI
.







Le chamanisme et la maîtrise des rêves




Depuis la plus haute antiquité,
les rêves ont toujours impressionné les hommes.
Leur contenu souvent étrange, les émotions fortes
qui en accompagnent fréquemment les péripéties
n’ont pas manqué de les interpeller très tôt,
selon les témoignages que nous ont laissé les plus anciens écrits
et les plus anciennes représentations graphiques de l’histoire humaine.
Les peintures pariétales trouvées dans de nombreuses cavernes
témoignent que depuis au moins vingt à trente mille ans,
les hommes préhistoriques semblaient se livrer à leur interprétation,
les utilisant peut-être même pour prévoir,
voire orienter le déroulement des expéditions de chasse
dont dépendait leur survie.

Mais c’est avec les débuts de la psychanalyse
et l’œuvre considérable de Jung
que les rêves sont revenus en force sur la scène psychologique
en tant qu’outil d’une meilleure connaissance de soi .

La science des rêves fait désormais partie
des multiples outils du développement personnel
dont l’homme dispose actuellement
et chacun y va de son petit manuel d’interprétation
 destiné à aider ceux qui pensent trouver dans celle-ci
un moyen de mettre de l’ordre dans une vie intérieure et quotidienne
perturbée par des troubles émotionnels incontrôlables
ou des phobies qui s’opposent à leur bien-être.

De nombreux psychothérapeutes les utilisent,
en les associant ou non à l’hypnose,
pour tenter d’effacer chez leurs patients
des blessures et traumatismes lointains
que ces derniers ont subis dans leur enfance.

Dans un cadre moins thérapeutique
mais plutôt orienté vers un enrichissement intérieur,
il est souvent conseillé de noter ses rêves dès le réveil
pour que le sujet s’introduise ainsi progressivement
dans le monde étrange de son inconscient,
avec l’arrière- pensée d’obtenir des réponses
à des problèmes quotidiens que le mental
n’est pas capable de résoudre.

Mais ce sont les cultures chamaniques qui ont, indubitablement,
poussé le plus loin la science des rêves et leur utilisation concrète
au service de la guérison globale et du progrès de l’être humain.
Ce sont notamment, les chamanes «dits toltèques» du Mexique
qui pratiquent en effet couramment, une manipulation de l’attention
leur permettant de s’éveiller dans leurs rêves et de les orienter à volonté
 à partir d’une forme particulière de volonté qu’ils appellent «Intento».




Précisons que cette appellation de «toltèque»
est donnée à ces chamanes par Don Juan,
le maître et initiateur yaqui de Carlos Castaneda ,
parce que leurs connaissances ont surtout été acquises
dans les tous premiers siècles de cette civilisation précolombienne du Mexique,
qui aurait connu , avec le règne de l’empereur mythique Quetzalcoatl,
plusieurs millénaires avant Jésus-christ ,
une période exceptionnellement brillante sur le plan ésotérique et spirituel,
avant de sombrer à nouveau dans un impérialisme pan-mexicain
fondé sur une exploitation guerrière et très réductrice de ces connaissances.

Pendant cette seconde période les vrais chamanes étaient obligés de se cacher
 et de travailler à leurs recherches en secret pour échapper
aux persécutions du pouvoir toltèque impérial puis à celles du pouvoir aztèque
et enfin à celles du pouvoir christianisant des conquistadores.

Aucun de ces pouvoirs politiques ne pouvait supporter, en effet,
l’existence d’hommes qui détenaient des connaissances
d’une capacité libératrice incomparable de la conscience humaine
dont la divulgation aurait mis en danger l’ordre social
sur lequel reposait leur domination
et qui avait pour base principale l’ignorance de soi.
(D’après des documents que j’ai consultés à l’université de Mexico
pendant mon voyage d’études et d’initiation dans ce pays en septembre 2007).

Pour mieux comprendre comment les chamanes pratiquent le rêve conscient
et utilisent celui-ci d’une façon beaucoup plus audacieuse et étonnante
que nos psychanalystes, il convient d’abord de connaître le cadre métaphysique,
très différent du nôtre, dans lequel leur conscience fonctionne.

Les chamanes toltèques décrivent la conscience totale de l’être humain
 comme composée de trois parties: le tonal, l’âme et le nagual.
Notre attention change selon qu’elle s’ouvre
 à l’un ou aux deux autres champs de notre conscience totale
et nos possibilités d’action, ce que les chamanes appellent «notre pouvoir»,
s’élargissent en proportion de cette ouverture.

Le tonal, qui est notre premier champ de conscience,
 est aussi appelé le «connu»
parce qu’il réunit tout ce que l’individu connaît,
ou, plus exactement, croit connaître,
en réalité tout ce qu’il peut identifier, décrire , nommer,
tout ce à quoi il peut attribuer un sens et un rôle,
tout ce qui lui est familier et dont tous ses codes,
essentiellement la pensée et le langage, peuvent rendre compte.

L’être humain s’enferme très tôt
dans ce petit univers de représentations
parce que ce monde est régi par une sous-fonction de son attention
appelée «attention sélective»
qui est elle-même au service entier et inconscient de la mémoire,
l’une des deux forces abstraites qui gèrent tout ce qui existe dans l’univers
et dont le rôle est de conserver l’organisation du monde à tous ses niveaux.
L’homme ne peut agir que sur ce que cette attention sélective ,
orientée par ses mémoires, lui permet de percevoir.
Les résultats de ses actes validant les filtres de sa conscience sélective,
ils renforcent la force conservatrice de la mémoire
et il s’enferme ainsi dans un processus temporel répétitif
voulu par celle-ci pour donner de la consistance au temps
et que les chamanes toltèques appellent le premier anneau de pouvoir.

Le nagual, ou troisième champ de conscience,
est totalement l’inverse du tonal,
il est son opposé/complémentaire.
C’est l’inconnu de l’homme qui s’étend du plus proche de celui-ci
 à l’infiniment lointain jusqu’à l’indescriptible.
Son rôle est d’introduire dans la continuité du tonal,
des ruptures, des changements, de la nouveauté, de l’évolution.
C’est un espace de pure et d’immense créativité,
l’opposé total et la force intimement complémentaire de la mémoire.

Bien que ce champ du nagual ne se présente pas à l’homme
avec la visibilité du tonal,
il se distille goutte à goutte dans celui-ci.
Par nature, étant son inconnu et étant infiniment plus vaste que le tonal,
il ne peut en effet être perçu par lui,
d’autant plus que la mémoire semble agir comme si elle cherchait à tout prix
à conserver son pouvoir de permanence et de stagnation
sur la conscience de l’homme ,
cherchant par de multiples astuces à empêcher le nagual,
la seconde force qui régit l’univers,
de venir bouleverser son ordre conservateur,
principalement par la peur .

Le nagual est le monde où se vivent les rêves ordinaires,
qui sont en fait des incitations du nagual à le visiter plus délibérément,
à condition précisément de ne pas les oublier, ce qui est le plus souvent le cas,
la pression, dès le réveil, des préoccupations innombrables du tonal
les effaçant de notre champ de conscience diurne
dominé par les innombrables routines du quotidien.

Le troisième champ de conscience de l’homme est son âme .
Dans presque toutes les religions, l’âme est considérée comme une sorte d’entité morale
qui guiderait l’homme vers le bien mais aussi comme une super-conscience immortelle .
La première de ces deux attributions est totalement étrangère au chamanisme
pour lequel, en revanche, elle est aussi le noyau immortel de l’être vivant
mais dans un sens énergétique du mot relié à son rôle de véhicule
pour voyager dans le nagual dont elle partage la nature créative
tout en étant intimement proche de la dimension individuelle et unique
du tonal de chaque individu.

L’âme de l’être vivant est identifiée par les chamanes
au corps lumineux qu’en état de voyance,
certains d’entre eux peuvent percevoir
autour du corps physique de celui-ci.
C’est le fameux double de l’individu, selon les termes de Don Juan ,
qui, se détachant partiellement du corps physique endormi,
peut voyager dans l’infini du nagual (ce qu’on appelle une sortie du corps)
en état de rêve conscient.
L’âme est un hologramme de la conscience créatrice de l’univers
ui est à l’origine de chaque incarnation dans le tonal d’un être vivant.

Une fois né, celui-ci se replie ensuite sur lui-même ,
par l’action enfermante de son tonal pour devenir
un être individuel qui va chercher son autonomie, poussé par la soif de liberté,
 en faisant le chemin de retour, c’est-à-dire par l’éveil à son âme
et par la navigation aventureuse dans le nagual à laquelle celle-ci va l’inviter.

Cela commence pour tout le monde par les rêves ordinaires
puis, si un individu en a l’audace, par les rêves conscients.
Dans le rêve ordinaire, le rêveur reste passif, il est un simple spectateur de ses rêves.
Il les subit mais s’il dépasse ce stade en cherchant à s’éveiller pendant qu’il rêve,
il peut devenir actif et conscient de rêver.
S’habituant à visiter le nagual, il va ensuite, peu à peu diriger son rêve.

Ce travail va développer en lui une force, un pouvoir sur lui-même
que très peu d’autres techniques chamaniques peuvent lui procurer,
car parallèlement, il va devoir, pour survivre dans ce monde,
 travailler impérativement un grand équilibre émotionnel et mental.
Ce monde du nagual est en effet tout aussi ambigu
que notre monde ordinaire.

Il recèle autant de bien que de mal, autant de bienveillance que de malveillance,
toutes sortes d’êtres dénués de nature corporelle s’y trouvent,
se nourrissant d’énergie subtile de façon prédatrice 
ou, s’ils sont du côté bienveillant,
 cherchant un échange d’énergie avec tout ce qu’ils rencontrent.
 Parmi eux se trouvent des alliés potentiels
dont se servent les chamanes guérisseurs
pour soigner l’âme de leurs patients.

Dans la vie quotidienne, l’âme est toujours discrète.
Mais parfois elle provoque l’inertie et la passivité d’un individu,
 en le poussant à faire des erreurs, à souffrir, à connaître la maladie,
tout cela pour qu’il évolue et s’intéresse à son troisième champ de conscience
et ne reste pas un être qui mourra sur la terre
en restant un humain inachevé, un être immature.

On ne peut pas objectiver l’âme,
parce que c’est toujours elle qui est au centre du sujet.
C’est elle qui, sans qu’on le sache ni qu’on le sente,
perçoit, vit, agit, décide, à travers le tonal,
et l’homme, en état de conscience ordinaire
est persuadé que c’est seulement son tonal qui fait tout cela.

Le monde du rêve est un monde réel,
tout aussi réel que le monde ordinaire dans lequel nous vivons notre tonal .
Le tonal est l’une des innombrables options
que notre âme a choisi parmi toutes celles
qui demeurent à l’état potentiel dans notre nagual.

Nous rêvons notre vie normale et pensons qu’elle est la seule réalité 
 et que par contre, nos rêves ne sont pas réels
simplement jusqu’au jour où nous faisons nos premiers rêves conscients
tout comme cette vieille paysanne isolée au fond des montagnes du Caucase
croyait que les paysages et villes représentées sur des cartes postales
que lui envoyait son neveu n’existaient que dans les livres
et que ces cartes n’étaient que des copies de ces livres,
jusqu’à ce que son neveu , de retour d’Europe lui paya un voyage à Paris,
 ce qui fut un choc immense pour elle et la laissa muette,
incapable de dire un mot pendant plus de trois semaines
après son retour en Abkhasie .

L’homme normal n’arrive pas à orienter sa vie quotidienne selon ses désirs profonds.
Il est tout aussi passif dans celle-ci qu’il l’est dans ses rêves ordinaires,
 mais à partir du moment où il s’engage dans la pratique des rêves conscients,
il comprend qu’il est un créateur de réalités qui s’ignorait jusque là
et que cette créativité pourrait tout aussi bien s’appliquer dans son tonal
et, plus précisément par l’introduction des matériaux de son nagual dans son tonal.

Un homme de ma connaissance faisait souvent le rêve obsessionnel 
qu’il était dans un manège vertigineux en plein ciel. 
Régulièrement, après quelques voltes et tournants, 
sa cabine se décrochait du manège et il se sentait s’écraser au sol,
 la cabine ayant rompu ses amarres, avec le sentiment d’hurler de terreur 
jusqu’à ce qu’ Il se réveillât tout aussi régulièrement trempé de sueur 
et le cœur battant la chamade.

Il apprit à faire du rêve conscient pendant plusieurs mois,
fit sa première expérience et attendit
jusqu’à se que son rêve obsessionnel se représentât.
Cela mit du temps mais un jour enfin, il refit ce rêve.
Il s’éveilla immédiatement dans le rêve, sachant qu’il rêvait
mais la première fois, il ne put quand même éviter la sensation de peur
 n’ayant pas encore assez de pouvoir pour décider une autre issue,
mais à la dernière seconde, il pensa que, de toute façon, il ne se ferait pas de mal .
 Cependant il se réveilla encore couvert de sueur.

Plusieurs semaines passèrent puis un jour il décida, le rêve ne se représentant pas,
de le programmer juste au moment de sombrer dans le sommeil.
Il fit son rêve de manège et, éveillé immédiatement dans celui-ci
et beaucoup plus lucide et sûr de lui,
l décida instantanément de transformer la cabine détachée en petit avion.
Il se retrouva planant dans un ciel serein, au volant de son aéronef, serein
et dans un état de lucidité extraordinaire, sachant qu’il rêvait,
jusqu’à ce qu’il émergeât dans son lit, plus du tout apeuré.

J’ai personnellement expérimenté à plusieurs reprises des rêves conscients,
et après plusieurs d’entre eux, je me réveillai un matin en me disant:
« où est la vraie réalité, dans ce rêve ou ici?»

Le mystère demeure cependant, je n’ai pas plus d’explications
pour éclairer comment cela est possible et surtout comment il se fait
que nous puissions aller chercher dans le nagual, au cours d’un rêve conscient,
 des alternatives de scénario de vie,
comment aller y chercher des changements intérieurs
 qui vont se réaliser pour améliorer notre vie.
Tout ce que je sais, c’est que ma volonté de changement intérieur
est devenue beaucoup plus efficace
 depuis que je visite de plus en plus mon nagual.

Il semble que la difficulté de comprendre tout cela réside
dans le fait que dans ce monde-ci règne la matière,
les choses et les êtres sont de chair et d’os
mais tout cela n’est-il pas justement la preuve
de cette extraordinaire capacité de création que possède notre conscience,
de création véritable, veux-je dire , d’incarnation instantanée de nous-mêmes
et de tout notre environnement.
Vivre serait cela, vivre c’est-à-dire être doté d’une conscience qui sait qu’elle vit,
serait la manifestation rendue inconsciente, banale,
de créer tout ce qui est vécu et pas seulement d’être là jusqu’à ce que nous décidions,
soit par la souffrance soit par pure curiosité,
de changer profondément l’utilisation que nous faisons de notre attention.



A la question: « pourquoi rêvons-nous?» les chamanes répondent donc:
«nous rêvons pour nous réveiller
à la puissance créatrice de la conscience qui est en nous…»
ce qui est un paradoxe amusant!

«Et à quoi peut servir cette puissance créatrice ?» rétorquera peut-être le lecteur.
A cette question , il y a plusieurs réponses:
d’abord,  s’autoguérir devient possible
avec l’intention développée pour parvenir à rêver.  
Guérir les autres, ( moins promoteur pour l’humanité car cela ,
on l’a déjà vu, entraîne l’assistanat puis l’exploitation de celui-ci).
Enfin nous rêvons pour accéder à une liberté d’utiliser notre conscience
dans une gamme plus large de possibilités dans un but uniquement ludique et gratifiant
( ce que les chamanes toltèques appellent: la navigation de l’esprit dans l’infini).

Concernant la nature profonde de la réalité, matérielle ou/et psychique,
la physique quantique vient tout doucement à la rencontre du chamanisme:
 doutant fortement qu’il y a quelque chose de matériel derrière la matière,
elle fait dire à un grand mathématicien et physicien , Lord Eddington:
« il se pourrait que tout cet univers ne soit que mental».

Les états potentiels du monde physique, à l’échelle de l’infiniment petit,
d’où le regard du témoin, tire, par sa seule présence,
une réalité concrète comme l’affirme la physique quantique
décrivant ainsi tout le processus
de la rencontre du sujet et de la réalité soi-disant objective,
font penser, d’une façon troublante, au nagual d’où le rêveur va extraire
une alternative de scénario de vie plus conforme
à sa recherche d’épanouissement personnel
 et d’où, de façon plus merveilleuse encore,
nous tirons sans doute notre propre existence incarnée,
le rêve que nous avons privilégié à la naissance ,
celui que nous appelons «La Réalité» et que nous croyons être
 la seule de nous-mêmes.

Pour conclure, je citerai cette phrase connue
mais pas toujours comprise d’un sage et chamane aborigène:
« en devenant conscient que tu rêves ta réalité,
tu deviens capable de réaliser tes rêves ».

S’intéresser et s’approcher du chamanisme, pour l’homme moderne,
perdu dans un matérialisme destructeur et stérile,
ne serait-il pas la meilleure façon de s’éveiller , pour lui comme individu
et pour la survie de la planète ,
au fait que rêve et réalité sont les deux faces d’une même chose
et qu’en prendre conscience pourrait bien le débarrasser
de toutes les compensations matérialistes toxiques
que le stress fondamental lié à son ignorance de cette chose,
le pousse à vivre ?
.



Sagesse amérindienne : Les rêves





La parole rêvée, celle que l'on entend 
ou que l'on prononce dans un rêve, 
surgit des profondeurs de ton esprit 
armée d'un pouvoir que ne saurait posséder 
la parole ordinaire.
.
Celui qui dort allume une lumière qui attire les rêves. 
Concentre-toi sur ton propre esprit 
avant de sombrer dans le sommeil. 
Prépare-toi à changer de monde. 
Invoque les rêves, choisis-les, ils viendront à toi.
.
Tu peux résoudre de nombreux problèmes dans les rêves. 
Les réponses viennent difficilement dans l'agitation de l'esprit, 
car elles ont des murs de brouillard à franchir. 
Dans les rêves, elles surgissent librement.
.
Les rêves sont des juges implacables. 
Ils profitent de ton sommeil 
pour dévoiler le contenu de ton esprit 
sous forme de figures animées, travesties,
 souvent difficiles à identifier.

Ne te perds pas en analyses compliquées 
dans les méandres d'un rêve, 
tu perdrais ton chemin.
Ne perturbe pas le contenu d'un rêve, 
tu perdrais sa signification. 

Entoure-le d'amour, de sollicitude,
 tiens-toi auprès de lui sans chercher à comprendre, 
en méditant sur l'émotion que tu as ressentie 
et sur la présence du rêve, 
à l'écoute sensible de son mystère.
Alors le rêve te parlera.
.

Jean-Paul Bourre
"Préceptes de vie issus de la sagesse amérindienne"


lundi 28 octobre 2019

Rêve et voyage de l'âme




Le voyage chamanique : un rêve éveillé

Le voyage chamanique est un rêve que l’on vit en conscience
et qui se déroule devant l’observateur qui y participe activement. 
C’est la conscience qui navigue et expérimente dans une réalité psychique personnelle.

Pour les peuples ancestraux, le rêve est une réalité aussi essentielle 
que la réalité physique que l’on vit éveillée. 
Sa seule différence est qu’elle n’est pas régie 
par les mêmes lois et restrictions que la réalité ordinaire.

Derrière les trois dimensions de la réalité matérielle 
se trouvent une infinité d’autres réalités 
auxquelles nous pouvons avoir accès.
Depuis très longtemps, les chamanes ont développé 
un accès direct, intuitif et visionnaire 
à ces autres réalités et aux informations qu’elles contiennent.
Le voyage chamanique rend possible l’accès à ces réalités étendues.

Cette pratique s’appelle aussi voyage de conscience, voyage de l’âme, 
voyage multidimensionnel, voyage intérieur, rêve éveillé, projection de conscience…

.
Voyages intérieurs :
"Rêves entre les mondes"
.



Le chamanisme est une pratique centrée sur la médiation
entre les êtres humains et les esprits de la nature ou les âmes des animaux,
les morts du clan, les âmes des enfants à naître,
les âmes des malades à guérir, la communication avec des divinités, etc.
(...)
.
Le rêve est (...) important dans les pratiques chamaniques. 
Par exemple, une croyance répandue chez les peuples sibériens 
est que l'homme porterait en lui une sorte de double, 
une âme-esprit qui habite et anime le corps. 
Ce double peut abandonner le corps un temps et aller à l'aventure, 
en particulier durant le sommeil.

Au cours de ce voyage, l'âme peut être exposée 
à des accidents ou dangers de toute sorte, 
par exemple si le dormeur est réveillé subitement 
alors que son âme est au loin,
 ou si l'âme est capturée par des esprits mauvais, 
ou si, à l'état de veille, elle est arrachée de force au corps 
par des démons ou des sorciers. 

Ainsi, en guise d'exemple supplémentaire, 
chez les Khantys et les Mansis, 
on dessine un tétras sur les berceaux des nourrissons, 
afin que l'âme de celui-ci ne s'en aille pas trop loin. 
Si elle se fait prendre par les esprits, 
la mort du nouveau-né est inéluctable, 
à moins que le chaman n'intervienne à temps. 

Ce départ ou absence de l'âme peut aussi être attribuée 
à d'autres états proches du rêve comme l'ivresse, la maladie, 
une peur violente ou encore la folie.

Dans les sociétés chamaniques, 
certains types de rêves apportent de la chance au chasseur. 
Par exemple, si un chasseur rêve de la fille de l'esprit de la Forêt 
(et des Eaux aussi pour les Selkoupes), 
c'est-à-dire du donneur de gibier (donneur de chance), 
sa chasse sera couronnée de succès. 
Cette fameuse fille peut apparaître différente à chaque rêve, 
en vertu de la « pluralité d'entités particulières, localisées »

Les chamans sibériens voient aussi en rêve l'élan ou le renne 
 dont la peau va lui servir à confectionner son tambour.
 Le rêve lui permet de savoir où le trouver et comment le reconnaître. 
Il ne lui restera plus qu'à faire part de ces renseignements au chasseur 
pour que celui-ci aille le tuer. 
Cette recherche peut durer une année entière. 

Le rêve-voyage peut être aussi un rêve d'élévation ou de destination. 
En Chine ancienne, l'âme hún quitte le corps au moment du rêve 
pour s'échapper au ciel sous forme d'un oiseau ; 
chez les Mélanésiens, le rêve est aussi
une aventure de l'âme hors du corps
 sous forme d'un animal (souris, serpent, oiseau…) ; 
chez les Kanaks, les rêveurs peuvent voyager
 dans l'au-delà et contacter les morts.
 .
.



samedi 26 octobre 2019

Sagesse amérindienne : Les deux mondes



Rêver n 'est pas dormir, mais veiller,
se déplacer, agir, vivre autrement.
Considère le monde des rêves comme un second monde,
avec ses lois, ses personnages, sa réalité. 
Ton esprit n'est pas enfermé 
dans ta conscience de tous les jours.
Il s'étend sur les deux mondes à la fois,
au même moment, à chacun des instants de ta vie.
.
De la même façon que le Grand Esprit rêve le monde
et le fait exister par le seul pouvoir de son désir,
le dormeur rêve à des univers qui se mettent à vivre.
Le rêve est créateur d'univers.
.
Chaque pensée et chaque action efficaces
sont d'abord des pensées et des actions rêvées.
Considère le rêve 
comme la première pierre de toute construction.
Sans lui, tu ne pourrais rien entreprendre.
.
Entraîne-toi à penser dans deux mondes à la fois,
de deux manières différentes;
Dis-toi que, la nuit, le dormeur observe ses rêves,
 mais qu'une fois réveillé, ce sont ses rêves qui l'observent,
 le suivent et se mêlent à sa vie. 
Essaie de modifier ta perception
et tu verras le monde avec des yeux magiques.
.
Jean-Paul Bourre
 "Préceptes de vie issus de la sagesse amérindienne"
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Rêve identitaire : "Tu es amérindien !"


 
A la maison, en Saskatchewan,
province centrale du Canada ou je suis né, 
nous avons été élevés comme des Canadiens-français. 
Il n’a jamais été question que nous étions indiens.


À la fin de mon adolescence, 
la première semaine où j’ai quitté la maison familiale
 pour commencer mes études collégiales et universitaires 
en Musique à l’Université Laval, 
j’ai fait un rêve 
dans lequel les Ancêtres ont commencé à me parler.
En fait, c’est un lointain grand-père 
qui m’a révélé dans ce rêve que j’étais amérindien.

Au réveil tout était devenu très clair pour moi.
Ce que j’avais vécu jusque-là et ce que j’aurais à vivre dans l’avenir. 
Pourquoi le monde était dans une telle confusion 
et l’écologie en si mauvaise condition. 
J’ai demandé à mes parents si nous avions du sang indien 
car cela n’avait jamais été mentionné. 
Ils m’ont confirmé le fait.

 Après cette révélation,
j’ai abandonné mes études universitaires en musique 
et je suis parti pour un long voyage. 
J’ai visité les Indiens d’un bout à l’autre du Canada, 
puis sur la côte Ouest des États-Unis. 
Partout, j’ai été reconnu et accepté par les Premières Nations 
que j’ai rencontrés et avec qui j’ai vécu.
J’ai rencontré des sages de plusieurs nations. 
Ils ont tous accepté de m’enseigner.

Plusieurs d’entre eux ont même vu mon Ancêtre à mes côtés. 
Je n’ai jamais ressenti le besoin de prouver mes ascendances. 
Mon sentiment intérieur était si fort que pour moi 
nulle preuve extérieure n’était nécessaire.
Ma conviction était inébranlable et a toujours été confirmée
par les expériences que j’ai vécues, les gens que j’ai rencontrés 
et les connaissances qui surgissaient spontanément en moi 
lorsque j’en avais besoin.
(...)
.
Après ce rêve qui transforma ma vie,
j’ai beaucoup voyagé pour rencontrer les Amérindiens
de nombreuses nations.


Cela m’amena en 1981 à rencontrer
une enseignante de la nation AniYunWiwa
lors d’une conférence qu’elle donnait à Montréal.
Depuis plusieurs mois elle recevait la visite, dans ses rêves,
 d’un vieil Indien Algonquin qui lui demandait 
de rappeler son petit-fils aux enseignements. 
Il revenait la visiter régulièrement. 


Le soir où nous nous sommes rencontrés à Montréal,
elle a vu mon Ancêtre debout près de moi, qui me tenait par l’oreille.
 Avec beaucoup d’insistance, il lui répétait
que j’étais ce petit-fils dont il lui avait tant parlé.
Elle demanda alors à mon grand-père ce qu’elle pourrait bien faire
pour me ramener sur le sentier.
Il lui demanda de m’offrir un cristal qu’elle portait sur sa robe.

A la fin de sa conférence, elle m’a fait remettre ce cristal.


Le lendemain soir, j’ai reçu une vision 
qui a permis à ceux de ma nation adoptive (les AniYunWiwa) 
de me donner ce nom que je porte maintenant, Aigle Bleu.


Depuis ce temps,
j’ai cheminé dans les enseignements traditionnels
des Premières Nations.
J’ai assimilé la pratique du Clan de l’Ours
de la nation AniYunWiwa avec cette même enseignante.
J’ai également étudié avec Sun Bear, de la nation Chippewa,
 avec OhShinnàh Fastwolf de la nation Apache
et avec Tlakaelel, de la nation Aztèque.
 J’ai reçu des enseignements de Manitonquat et de Slow Turtle,
tous deux de la nation Wampanoag,
de William Commanda, de la nation Algonquine,
 de N’tsukw, de la nation Innu,
et de plusieurs autres trop nombreux pour tous les nommer
et dont plusieurs sont décédés aujourd’hui.


Partout, j’ai trouvé des enseignements efficaces et puissants.
Après huit années d’études avec les Aînés,
 j’ai reçu l’autorisation d’enseigner à mon tour.
Ainsi depuis 1985 j’enseigne les techniques
et les principes spirituels et thérapeutiques
 des nations autochtones au Québec
et dans bien des pays de par le monde.
.
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7 croyances amérindiennes sur les rêves

 

7 croyances amérindiennes qui décrivent là où va notre âme quand nous rêvons

 

Ils accordent une grande importance aux rêves
 et apprennent même à leurs enfants à se souvenir de leurs rêves 
pour apprendre à les interpréter et à s’en servir
 dans leur pratique spirituelle plus tard dans la vie.




Voici 7 raisons pour lesquelles les Amérindiens 
considèrent les rêves comme une partie importante de la vie.

Les Amérindiens pensent que les gens ont 3 âmes :

 

  • L’ego-âme : il est incarné dans la respiration.
  • Le corps-âme : il nourrit notre énergie corporelle pendant notre état d’éveil.
  • L’âme libre : c’est l’âme qui quitte le corps alors que les deux autres restent attachées. Elle se promène et explore le monde des rêves pendant le sommeil.





Les 7 croyances amérindiennes :

Le monde onirique et le monde physique ont la même importance :
Les Amérindiens pensent que notre esprit et notre corps ne rêvent de rien, 
les rêves sont vécus par notre âme. 
L’ancien Chippewa, John Thunderbird,
 l’explique précisément dans les mots suivants :
« Votre âme rêve ces rêves, pas votre corps, ni votre esprit.
Ces rêves deviennent réalité. 
L’âme voyage à travers le monde lorsque vous rêvez. »

Vos âmes sont capables de communiquer
Selon une autre croyance, notre âme est déconnectée du corps,
 elle est capable de communiquer avec d’autres âmes, 
des personnes et même des animaux.
Pour eux, le monde onirique est tout aussi réel 
que le monde physique.

Notre vie entière est un grand rêve.
Ils disent que le rêve nous permet de nous rappeler
 l’importance de ce monde et de notre but ici.
Pour eux, la vie est un grand rêve
 et le mur entre le monde des rêves et la vie réelle 
est presque inexistant.

Le monde des rêves laisse des conséquences.
Selon cette croyance, tout ce qui se passe dans nos rêves, 
a des conséquences importantes dans notre vie réelle.
Par exemple, si vous rêvez que l’on vous blesse dans vos rêves, 
vous devez recevoir un traitement lorsque vous vous réveillez.

Nous contactons nos guides spirituels à travers nos rêves.
Les Amérindiens croient que tout le monde a un ou plusieurs guides spirituels 
qui communiquent habituellement avec nous et qui nous guident dans nos rêves.
Quand ils se réveillaient, ils cherchaient l’aide immédiate de leurs aînés 
qui les guidaient avec soin pour comprendre et interpréter le rêve de la bonne façon.
 C’était crucial pour bien comprendre le message.

Le monde des rêves est l’endroit où notre âme est guidée spirituellement.
Nous avons dit qu’ils considéraient que les mondes des rêves et de l’éveil 
étaient tout aussi importants, mais parfois notre monde des rêves prévalait, 
simplement parce que c’était l’époque où l’âme recevait des conseils 
et communiquait avec les guides spirituels, les animaux spirituels 
et d’autres êtres supérieurs.

Le monde des rêves n’est pas un endroit ordinaire. 
C’est un plan astral où l’âme peut pratiquer
 l’exploration et la croissance de soi.
Par conséquent, la prochaine fois que vous vous demanderez
 ce qui se passe avec notre âme lorsque nous rêvons, 
n’oubliez pas qu’elle parcourt et explore le monde des rêves, 
nous apportant des conseils, et même des réponses 
à nos questions dans notre sommeil.
Article ICI
.




Perception





Rêver ne signifie pas avoir des rêves. 
Rêver permet de percevoir d’autres mondes 
et de les décrire.
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Carlos Castaneda
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vendredi 25 octobre 2019

Quête de vision





Dans la plupart des cultures indigènes du monde
il existe une ancienne pratique
 que l’on appelle la « Quête de vision ».
C’est un puissant rite d’initiation en nature sauvage
qui, comme tous les rites initiatiques,
est basé sur le fait de mourir et de renaître symboliquement.

Traditionnellement pratiquée par les hommes
elle souligne le passage de la puberté à l’adolescence.
 C’est un moment très particulier dans la vie d’un jeune :
il part en pleine nature, seul, durant quatre jours et quatre nuits,
munis seulement d’une couverture, pour être en intime relation à l’univers.

Il s’abstient de nourriture et parfois même d’eau,
 les distractions sont réduites au minimum
afin d’être pleinement ouvert au monde vivant autour de lui
autant qu’aux profondeurs de son âme.

Il médite, prie, danse, chante, écoute, observe
pour entrer en contact avec son destin, avec sa puissance intérieure,
avec sa sagesse, avec le monde spirituel.
Il demande un rêve ou une vision qui leur indiquera
quels sont ses talents, ses pouvoirs, ses « médecines personnelles »
en termes traditionnels, quelle est sa place au sein de la tribu …

Ces messages prennent parfois
la forme de grands rêves ou de grandes visions
(...)

La Vision dont parle les traditions ne s’apparente pas 
à une fantaisie de l’imagination ou à une rêverie, ni un délire, 
une vue de l’esprit déjantée ou une hallucination.
La Vision peut être une illumination ou une révélation soudaine, 
cependant le plus souvent elle ne l’est pas. 
Elle peut prendre toutes sortes de formes : 
une intuition, une image mentale, un chant spontané, 
une sensation corporelle, la mélodie d’un d’oiseau, 
une forme dans le ciel …
Pour les indiens d’Amérique le Grand Esprit est partout.

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Article ICI
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Le lakota-sioux Archie Lama Deer parle:

« Hanblecheya signifie «pleurer pour une vision».
Cela veut dire partir en Quête de vision 
tout seul dans la montagne , 
peut-être s’écrouler sur un rocher 
et rester là sans manger 
pendant quatre jours et quatre nuits
en priant pour une réponse des esprits
.  
(... )
Pour avoir la vision, vous devez vous donner complètement.
C’est presque comme mourir sauf que vous revenez.
C’est une des choses les plus difficiles 
qu’un homme puisse expérimenter.

Mon père me dit un jour : 
pleurer pour une vision est la soif d’un rêve qui vient d’ailleurs.
La vision,le temps qu’elle dure, fait de vous plus qu’un homme.
Si tu n’as jamais eu de vision tu n’es rien...
Voici ce que disait mon père...» 


Archie Fire Lama Deer parle:

«Les hommes blancs ont oublié ceci.
Leur Dieu ne leur parle plus d’un buisson ardent 
et si cela leur arrive ils ne le croient pas.
Ils appellent cela hallucination. 
Ils disent: «ce type a pris trop de LSD».

En dedans d’eux ils ont maintenant un désert 
où rien ne peut pousser. 
C’est une place morte sans rêves.

Mais l’Esprit de l’Eau est toujours là quelque part 
et le désert peut refleurir à tout moment.
Voici ce que me disait mon père.» 
.

 
(...)
Pour mieux saisir le sens de la quête de vision, 
pratiquée à l'origine par les peuples autochtones d'Amérique du Nord, 
il importe de comprendre les fondements de leur spiritualité.

Pour eux, le divin et la religion sont intimement liés à la Terre Mère 
et se manifestent dans toute la création universelle.
Il n'y a pas de hiérarchie entre les espèces vivantes 
ni de séparation entre la vie sur terre et l'au-delà.

C'est à partir de cette constante interaction 
entre les différentes espèces animées d'une âme, 
qu'ils reçoivent une réponse ou une inspiration 
sous forme de visions ou de rêves.

Tandis que nous disons avoir des idées et inventer des concepts, 
les Amérindiens affirment recevoir des forces de la nature.
Pour eux, une invention n'est pas le fruit du génie créateur humain, 
mais un don insufflé à l'inventeur par un esprit extérieur.
(...)

Article ICI
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