mardi 18 juin 2019

De la nature du rêve et de l'inconscient

Mardi 18 juin 2019


Certains rêves nous obligent à réinterroger nos certitudes.
En psychanalyse, on tient souvent pour acquis que le rêve est une production de notre psyché ou de notre inconscient, un "message" que nous nous envoyons à nous-même.
Mais en sommes-nous si sûrs ? Les choses sont-elles aussi "simples" ?

Que savons-nous de l'inconscient, et plus précisément de la conscience ?
La conscience n'est pas la pensée, elle n'est pas le mental. C'est la restreindre que de dire cela. Quand on observe la nature, quand on médite...la pensée est absente (le langage intérieur aussi, souvent) et pourtant, on est conscient, "plus conscient que jamais" même...
Il faut donc trouver une définition plus large. On pourrait définir la conscience (et c'est ma définition personnelle) comme "une capacité de perception accompagnée d'un ressenti individuel par rapport à cette perception". (*)

Or, quand nous rêvons, si nos capacités de "réflexion" et de "logique" sont parfois  altérées, nous percevons...et nous ressentons...nous sommes donc, d'une certaine façon "conscients". D'une manière inhabituelle, mais "conscients".
Ce n'est qu'au réveil, que, par comparaison, nous constatons que nous étions "dans un autre état de conscience", un état différent de celui qui est le nôtre habituellement et que nous en déduisons que nous avons rêvé. Pendant le rêve, tout nous paraît "normal".

Les rêves de "faux réveil" ont cet avantage de remettre en cause les évidences : on peut "changer d'état" (premier réveil), croire donc qu'on a quitté le rêve...et s'apercevoir, dans un deuxième temps, que c'était encore un rêve, mais un rêve différent du premier.
Il y aurait donc des "successions d'états de conscience", différents "niveaux" que nous parcourrions dans le sommeil, sans nous en apercevoir.

On peut alors se demander si le mot "inconscient" est adapté : plutôt que d'inconscient (mot qui laisse présager une sorte d' "unité dans la non-conscience", il faudrait peut-être parler de "conscience étagée" ou "échelonnée" (le niveau de conscience "ordinaire" n'étant qu'un "étage" ou qu'un "échelon"  parmi d'autres).



D'autre part, il s'agit de remettre en cause l'idée que l'inconscient est quelque chose qui nous "appartient"...
Alors que Freud était partisan d'un inconscient purement "personnel"...Jung a élargi la notion à celle "d'inconscient collectif" (inconscient commun à toute l'humanité et à tous les âges de celle-ci).
C'est un saut énorme.
Mais peut-être ce cadre élargi est-il encore insuffisant...
N'y aurait-il pas un inconscient plus large encore, qui engloberait l'inconscient de tous les êtres vivants ? Non seulement des êtres humains, mais aussi des animaux, des plantes, des pierres...Et peut-être même de "tout ce qui existe" dans l'univers ? Une sorte "d'inconscient cosmique" ?


 

Les chamanes ont beaucoup à nous apprendre sur ce sujet, eux qui accèdent, par leurs "voyages intérieurs " à des informations provenant, par exemple, des animaux ou des plantes...(**)
Car si la conscience est "une perception accompagnée d'un ressenti", alors les animaux et les plantes ont eux aussi une "conscience"...et les chamans maîtrisent depuis toujours l'art de communiquer avec celle-ci.
Ils affirment que la nature est "intelligente" et qu'elle communique avec les êtres humains par les rêves. De tout cela, ils ont une expérience "pratique", bien éloignée de nos "théories" sur l'inconscient.

Dans "L'art de rêver" de Carlos Castaneda, Don Juan définit "rêver" comme un "passage à l'infinité".

" Rêver ne signifie pas avoir des rêves. Rêver permet de percevoir d’autres mondes et de les décrire. "

" Rêver est un voyage aux dimensions impensables, un voyage qui, après nous avoir fait percevoir tout ce qui est humainement perceptible, fait sauter le point d'assemblage en dehors du domaine humain, et ainsi nous permet de percevoir l'inconcevable. "

"Rêver ne peut être qu'une expérience. Rêver ne signifie pas seulement avoir des rêves.
Par l'acte de rêver, nous pouvons percevoir d'autres mondes, que nous pouvons assurément décrire. Mais nous ne pouvons pas décrire ce qui nous les rend perceptibles. Néanmoins nous pouvons sentir comment rêver ouvre ces autres royaumes. Rêver semble être une sensation - un processus dans nos corps, une conscience dans nos pensées."

Les chamanes expérimentent donc qu'il est possible de s'ouvrir "à d'autres mondes", " à d'autres dimensions"...à ce qui nous "dépasse".
Notre conditionnement personnel d'occidental nous amène à induire que l'état de conscience atteint pendant que notre corps est inactif est "inférieur" à celui que nous atteignons pendant que nous sommes "éveillés".

Mais ce n'est pas ce que les chamanes ressentent puisqu'ils vont régulièrement chercher de précieux "savoirs" (botaniques notamment) dans ces "mondes inconnus". Des savoirs qui nous sont inaccessibles en temps normal.

C'est d'ailleurs également un "savoir très précieux"que Jung a ramené de sa plongée dans les abîmes intérieurs relatée dans le "Livre rouge". Un savoir mystérieux et incandescent, qu'il mettra toute une vie à "comprendre" et à "mettre en mots".

Cette expérience-là était-elle la même que nos rêves de "tous les jours" ? Oui et non.
Elle était certes de même "nature", mais elle allait beaucoup plus "profond", elle plongeait à un autre niveau...

 
On pourrait comparer cela au plongeur qui , habituellement, utilise son "tuba" pour  observer tranquillement la faune sous-marine proche de la surface et qui, soudain, décide de plonger à plusieurs dizaines de mètres de profondeur , en apnée. Il s'agit bien, à chaque fois, d'observer le fond de l'eau, mais les deux expériences ne sont pas comparables...en terme de difficulté et de danger.

Il semblerait donc bien que ce que nous appelons "l'inconscient" transcende complètement la "personnalité humaine" et que quand nos explorons les "profondeurs", ce ne sont pas seulement "nos" profondeurs, ni même celle de l'Humanité que nous explorons, mais , potentiellement, celles de l'Univers tout entier.

Le "savoir" que nous y puisons (ou que nous pourrions y puiser) est le "savoir" accumulé par tout ce qui vit...et par tout ce qui existe. Il nous dépasse infiniment et nous ne pouvons que nous incliner humblement devant lui.

Rêver signifierait donc traverser les différents étages, les différentes "couches de conscience" (ou de réalité), vers le bas...ou vers le haut... et en ramener des images (plus ou moins nettes...et parfois déformées), tout comme le plongeur ramène des photos de ses plongées sous-marines, à différentes "profondeurs" ...ou comme le cosmonaute ramène des images fantastiques de ses incursions dans l'espace).

Une partie de ces "images" n'a peut-être rien à voir avec notre histoire personnelle, ni avec celle de nos ancêtres, ni même, sans doute, avec celle de l'Humanité. C'est un savoir "cosmique", une passerelle vers tout ce qui existe ou a existé...C'est une "mémoire du monde" qu'on pourrait comparer à ce que certains nomment l'akasha (ou champ akashique).

La "merveille des merveilles", le fait "extraordinaire", c'est que ce savoir incommensurable est accessible "par l'intérieur" ... et c'est d'ailleurs ce que nous prédisait déjà clairement la maxime de Delphes :



La Licorne 




(*) Etant donné la polysémie du mot, il est très difficile de donner une définition de la conscience sur laquelle tout le monde s'accorde...chacun a plus ou moins la sienne...
Voilà la définition "officielle" :  "relation intériorisée immédiate ou médiate qu'un être est capable d’établir avec le monde où il vit ou avec lui-même".

(**) Vidéo de Jérémy Narby  à visionner (sous le lien) : "Plantes et chamanisme"
Si vous ne la connaissez pas encore...et si vous n'avez pas peur de remettre en question vos certitudes ...je vous la recommande vivement !  :-)


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