mercredi 18 janvier 2017

Rêve de Jung : plongée dans le passé humain

Mercredi 18 janvier 2017

Voici un grand rêve, relaté dans "Ma vie",
que Jung confia à Freud, lors d'un voyage en Amérique.


Je me trouvais dans une maison à deux étages, inconnue de moi. 
C'était « ma » maison. J'étais à l'étage supérieur. 
Une sorte de salle de séjour avec de beaux meubles de style rococo s'y trouvait. 
Aux murs, de précieux tableaux étaient suspendus.
 J'étais surpris que ce dût être ma maison et je pensais : « pas mal ! ».

Tout à coup me vint l'idée que je ne savais pas encore quel aspect avait l'étage inférieur. 
Je descendis l'escalier et arrivai au rez-de-chaussée. 
Là tout était plus ancien : cette partie datait de XVe ou du XVIe siècle. 
L'installation était moyenâgeuse et les carrelages de tuiles rouges.
 Tout était dans la pénombre. 
J'allais d'une pièce dans une autre, me disant : 
je dois maintenant explorer la maison entière !

 J'arrivai à une lourde porte, je l'ouvris. 
Derrière je découvris un escalier de pierre conduisant à la cave. 
Je le descendis et arrivai dans une pièce très ancienne, magnifiquement voûtée. 
En examinant les murs je découvris qu'entre les pierres ordinaires du mur 
étaient des couches de briques, le mortier en contenant des débris. 
Je reconnus à cela que les murs dataient de l'époque romaine. 
Mon intérêt avait grandi au maximum.

J'examinai aussi le sol recouvert de dalles. 
Dans l'une d'elles je découvris un anneau. 
Je le tirai : la dalle se souleva, là encore se trouvait un escalier 
fait d'étroites marches de pierres, qui conduisait dans la profondeur. 
Je le descendis et parvins dans une grotte rocheuse, basse. 
Dans l'épaisse poussière qui recouvrait le sol étaient des ossements ; 
des débris de vases, sortes de vestiges d'une civilisation primitive. 
Je découvris deux crânes humains, probablement très vieux, 
à moitié désagrégés. 
– Puis je me réveillai.
.



Freud, dans le plan d'interprétation qui était le sien,
s'intéressa surtout aux deux crânes.
Freud, en effet, et tout particulièrement dans sa relation avec Jung
était très préoccupé par le fantasme du meurtre du père.
Nous avons vu, avec le mythe d'Oedipe, que la rivalité au père
constitue l'un des grands axes de la psychologie freudienne.
Dans plusieurs circonstances de leur travail commun, Freud,
qui voulait faire de Jung son héritier, fut aussi obsédé
par le problème de la rivalité du dauphin.

Freud demanda donc à Jung, au sujet de ce rêve,
ses associations concernant les deux crânes.
Qui pouvaient-ils bien représenter ?
Le reste de l'imagerie du rêve lui était au fond indifférent.
Dans ces deux crânes, il suspectait un désir de mort
et voulait comprendre de quel désir de mort
plus ou moins refoulé il pouvait s'agir.
 Jung voyant en quelque sorte ce que cherchait Freud,
 ne pouvait, quant à lui, rattacher ces deux crânes à aucun désir de mort particulier
mais il sentait bien que Freud ne pourrait pas admettre
que ces deux crânes ne cachent pas un tel désir.
Il faut préciser que le dialogue des deux hommes était arrivé
à un point de non-communication assez aigu.
Finalement, pour clore le débat, Jung répondit que cela pouvait bien représenter
sa femme et sa soeur, donnant ainsi une association qui,
bien que fausse, alimentait l'interprétation de Freud.

Comme il l'explique dans ses Mémoires,
Jung voyait le rêve de façon bien différente.
La maison , selon lui, représentait la psyché,
l'ensemble du psychisme humain.

Le premier étage figure le monde contemporain,
la partie de la conscience adaptée à la vie présente,
les facultés psychologiques d'adaptation courantes.
Au rez-de-chaussée, on se trouve déjà dans un certain passé,
celui de nos racines chrétiennes moyen-âgeuses, de notre culture,
représentant tout l'intérêt de Jung pour le monde chrétien
du Moyen-Âge et pour l'alchimie.

Mais le psychisme a des racines plus profondes :
notre mémoire, plus ou moins consciente,
plonge beaucoup plus loin dans le passé ;
Nous sommes aussi les frères des Egyptiens,
des Romains, des Grecs, des Celtes...
qui nous ont précédés,
ce qui explique que leur mythes aient en nous une telle résonance.

En descendant, on se retrouve donc dans ce monde gréco-romain.
Plus profondément encore, dort aussi l'homme préhistorique,
représenté par les deux crânes dans la grotte souterraine.
.
Marie-Claire Dolghin
"Les saisons de l'âme"
.


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