vendredi 24 juillet 2015

La fonction prospective du rêve et ses limites

Vendredi 24 juillet 2015



Si le rêve ne joue pas pour Jung 
le rôle de gardien du sommeil que lui attribuait Freud, 
il n'en remplit pas moins une fonction compensatrice. 
Il transcrit en images "les pensées, penchants et tendances 
que la vie consciente ne met pas suffisamment en valeur", 
soit parce qu'ils ont été refoulés, 
ou parce qu'ils ne disposent pas d'une énergie, 
d'une clarté et d'une pertinence suffisantes.

Jung prenait comme exemple les rêves dérangeants 
qui "s'emparent avec évidence, et on ne peut plus mal à propos, 
des événements pénibles et des préoccupations de l'état de veille". 
Finissant souvent par provoquer le réveil, 
ils signifiaient pour Freud que la censure n'a pas réussi à codifier
 ou à réprimer leur émotion négative. 
Selon Jung, qui les comparait à la fièvre 
ou à la suppuration d'une blessure infectée, 
de tels rêves se "comportent comme des compensations 
de la situation consciente qui les a vus naître", 
ils constituent "l'expression de l'autorégulation psychologique de l'individu".

Leur aspect souvent incompréhensible oblige cependant 
à se demander quel profit le rêveur retirera de leur rôle compensateur. 
Jung faisait d'abord remarquer que 
"la compréhension n'est pas un phénomène purement intellectuel. 
Une infinité de choses incompréhensibles intellectuellement parlant, 
peuvent influencer, voire convaincre
et orienter l'homme de façon décisive". 
Ce constat le conduisait à attribuer aussi au rêve
une "fonction "prospective".


Voilà le grand retour du rêve, son véritable renouveau ! 
La pensée moderne réconciliée avec les traditions primitives et antiques 
débouchait enfin avec Jung sur une conception unitaire du psychisme.

Voyant dans la conscience et dans l'inconscient des forces 
"également susceptibles d'assumer une direction orientée vers une fin", 
Jung affirmait que la fonction prospective du rêve 
"se présente sous la forme d'une anticipation, 
surgissant dans l'inconscient, de l'activité consciente future. 
Elle évoque une ébauche préparatoire, une esquisse à grandes lignes, 
un projet de plan exécutoire. 
Son contenu symbolique renferme, à l'occasion,
la solution d'un conflit".

Parce qu'il a conservé "les traces de souvenirs inconscients, 
qui ne sont plus en état d'influencer efficacement la vie consciente, 
le rêve est donc souvent, au point de vue pronostic, 
dans une situation beaucoup plus favorable que le conscient".

Bien que le rôle quelque peu prémonitoire attribué au rêve 
ait fait de lui l'un des grands précurseurs de la pensée post-moderne 
(certains diront New Age), 
Jung ne fut pas pour autant un défenseur "allumé" de l'irrationalité.

Si le rêve ne sert pas toujours de masque aux désirs indicibles,
 il n'est pas non plus révélation divine. 
Pragmatique, la pensée de Jung lui venait 
d'abord de l'observation de ses patients, 
une attitude qu'il voulait scientifique 
et qui le conduisit à mettre en garde 
contre les dangers d'une surestimation 
de la fonction prospective du rêve. 

"On serait facilement tenté de voir dans le rêve 
une espèce de psychopompe qui, 
douée de sagesse supérieure, serait capable 
d'engager l'existence dans des voies infaillibles."
 Ce serait une erreur, 
car "bien souvent le rêve n'élargit la vie consciente 
que par la contribution de quelques fragments".
("L'homme à la découverte de son âme") 

Pour la plupart des individus, 
conscience et inconscient vivent à peu près en harmonie, 
et le rêve joue surtout son rôle compensateur. 
Il devient prospectif pour avertir
lorsque la personne adopte une attitude inadaptée,
 source de souffrance et de déséquilibre.
Avec Jung, le rêve n'est plus seulement outil thérapeutique. 
Il est lui-même thérapie.
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Sylvain Michelet-Roger Ripert-Nicolas Maillard
"Le livre des rêves"
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