mercredi 11 février 2015

Le songe de Descartes (1) : aspects personnels

Samedi 8 juin 2013

Il est assez difficile, quatre siècles plus tard, de se faire une idée juste et nuancée de la personnalité de René Descartes...j'ai bien trouvé quelques détails de sa biographie mais cela me semblait insuffisant... alors j'ai eu l'idée d'aller me pencher sur...son thème astrologique !
(consultable ici)


Descartes est né le 31 mars 1596 à 2h00.
La première chose qui frappe dans ce thème, c'est que 7 planètes sur 10 sont regroupées sur une toute petite portion du zodiaque, en Bélier et Taureau, dans une seule "maison"...le fait est peu courant, les dix planètes étant, en général réparties sur tout le cercle avec éventuellement, quelques associations de deux ou trois planètes.
Astrologiquement parlant, un tel "amas" de sept planètes est rarissime : c'est vraiment exceptionnel et cela indique à la fois un "génie" particulier et un certain "déséquilibre"...
C'est de toute évidence le signe d'une personnalité très "concentrée", très "focalisée", qui va privilégier à outrance un secteur de la vie...   en l'occurence, si l'heure de naissance est exacte,   celui de la maison 3.
Or, il se trouve que cette maison est celle... du mental, de la communication des idées et de l'intellect s'appliquant aux choses concrètes ...c'est le domaine de la Pensée ! (*)

S'y ajoute encore deux autres planètes dans des signes "intellectuels" et "analytiques" (Mars en Gémeaux en VI, maître des planètes en Bélier et Saturne en Vierge, en trigone avec les planètes en Taureau)...
Remarquons aussi que le Soleil est en Bélier, signe du "JE"...

Voilà qui confirme donc de façon assez éclatante ce que nous savons du personnage historique et aussi ce que ses contemporains en ont dit...


La reine Christine de Suède, par exemple, avec laquelle il correspondit longuement...le décrivait comme un homme "très cérébral, indifférent aux biens matériels comme à la pensée des autres et masquant tous ses mouvements affectifs sous l'abstrait théorique"...(texte entier ici).

Excellent élève dès son plus jeune âge, il semble bien avoir été quelqu'un de surdoué dans le domaine de l'analyse intellectuelle...Il fut sans nul doute l'homme "idéal" pour une époque assoiffée de clarté et de raison...un théoricien brillant capable de "donner forme" aux aspirations sous-jacentes de son époque...

Percevant son rêve comme un "signe du destin", il se sentit naturellement "désigné" pour accomplir cette tâche de clarification et de théorisation scientifique et il s'y consacra de toutes ses forces, compensant, il faut bien le dire, une certaine maladresse ou indifférence dans d'autres domaines, et notamment le domaine affectif.

Il avait perdu sa mère à l'âge d'un an...et il semble que ce vide précoce, ce manque maternel se soit traduit par une grande angoisse intérieure et  une grande difficulté à intégrer le féminin dans sa vie.
Tout au long de sa vie, il évita au maximum ce "côté-là", ainsi que tout ce qui a trait aux émotions et aux sentiments. Il garda toujours une certaine appréhension face aux relations avec les femmes...il ne se maria pas et de fait, on ne lui connaît que peu d'aventures amoureuses : une vague amourette de jeunesse et à 38 ans, une liaison avec une jeune servante hollandaise...Cette dernière lui donna une fille, Francine, décédée très jeune (à cinq ans).
Très peu de femmes, donc, dans son existence...et sans doute peu d'amour.

Pour employer des termes modernes, on pourrait dire qu'absorbé par sa recherche des lois qui régissent le monde visible,  il fut un "pur cerveau gauche" ...mal à l'aise avec le Principe féminin, maternel, relationnel, émotionnel, instinctif...et illogique (cerveau droit).
(on retrouve ici l'antagonisme entre les "deux côtés du corps" signalé dans le rêve et la difficulté à parvenir à une "totalité" harmonieuse).


Si l'on veut employer des termes jungiens, on peut dire qu'il resta étranger au domaine de l'anima...qu'il ne l'intégra pas.

Peu de "vie instinctive"... beaucoup de "rationalité"... de l'intuition et de l'imagination, mais cantonnées au niveau de la recherche scientifique...du "sens pratique" mais peu de "chaleur" affective et peu de contact avec sa sensibilité et ses émotions... de l'idéalisme mais une foi restée "conventionnelle" et impersonnelle... tout cela peut expliquer sa difficulté à convaincre quand il traitera de questions demorale et de questions spirituelles...questions dans lesquelles il est nécessaire de faire appel, en priorité, au "sentiment"...

On peut aussi y voir une des raisons pour lesquelles René Descartes restreindra  la définition de l'âme à la pensée consciente et la considérera  comme une réalité "à part", "indépendante" du corps.
(Pour lui, âme = esprit = "res cogitans", une chose qui pense... et matière = "res extensa", une chose qui s'étend dans l'espace)...
Que fera-t-il en proposant cette conception "dualiste"(**) si ce n'est généraliser la "séparation" qu'il ressentait effectivement en lui ?

La Licorne

Article à suivre : les deux autres songes


(*) Il est d'ailleurs amusant de constater que l'ancienne  orthographe de son nom de famille était "Des Quartes" ou "De Quartis" (titres latins du 14 ème siècle) et qu'elle correspond parfaitement à son destin qui fut de mettre en avant et de privilégier, dans l'approche du réel, une des "quatre" fonctions : la Pensée.



(**) Le dualisme est caractérisé par les traits suivants : le corps est localisé dans l'espace et le temps ; il peut être connu par les sens, et il peut être l'objet des sciences qui en recherchent les mécanismes causaux ;
l'esprit (ou l'âme), en revanche, est localisé dans une intériorité qui n'est ni visible, ni, en conséquence, reconnaissable par autrui : l'esprit ne peut dès lors être l'objet d'une science, car il échappe au mode d'existence causal de la matière.
(Wikipédia : Le problème corps-esprit)



Le dualisme cartésien, qui sépare esprit et matière et met l'accent sur l'étude de la face visible, extérieure et mesurable du monde, est, aujourd'hui encore, un des sous-bassements principaux de notre mentalité occidentale
De même, l'approche mathématique du réel, qui met de côté la subjectivité et l'émotion, ainsi que le ressenti de l'observateur, pour se concentrer uniquement sur la logique et le quantitatif, est couramment considérée comme la plus fiable, voire comme la seule valable.

Critique très intéressante (et très complète) de cette approche "cartésienne" : là
(intitulée "Descartes, la prison analytique de la pensée française")      


Biographie de Descartes en vidéo :  ICI

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