jeudi 26 février 2015

Laisser advenir...

Mercredi 9 avril 2014

 


Les problèmes vitaux les plus graves et les plus importants
sont tous, au fond, insolubles.
(…)
Ils ne peuvent jamais être résolus,
mais seulement dépassés.
(…)
En observant le processus d’évolution
de ceux qui se dépassaient eux-mêmes
en silence et comme inconsciemment,
je vis que leur destin avait un trait commun :
la nouveauté venait à eux de possibilités obscures,
ils l’acceptaient et se dépassaient grâce à elle.

Et que faisaient ces gens pour réaliser le progrès libérateur ?
Autant que j’aie pu voir, ils ne faisaient rien (wou-wei)
mais laissaient advenir :
ainsi que le maître Lu Tsou l’indique dans notre texte,
la lumière tourne suivant sa propre loi
(…)
Le « laisser advenir », l’action non agissante,
l’abandon de Maïtre Eckhart est devenu pour moi la clé
permettant d’ouvrir les portes qui mènent à la voie :
dans le domaine psychique, il faut pouvoir laisser advenir.
.

      C-G Jung
"Commentaire sur le Mystère de la fleur d’or"
.

Si j'ai eu envie de vous partager ce texte de Jung vantant le "non-agir"...c'est parce qu'il me semble bien qu'il a un lien avec le rêve que je viens de vous confier...

En effet, pour Jung, l'attitude qui permet de régler les problèmes "existentiels", les problèmes les plus profonds...n'est pas une attitude volontariste, une attitude de maîtrise...ce n'est pas une question de "technique" à appliquer ou d'effort à fournir...c'est bien au contraire une attitude d'acceptation, une attitude réceptive et respectueuse de ce qui "advient" , de ce que la vie nous présente et nous propose.
"Laisser advenir" est une notion-clé de la psychologie des profondeurs. 


D'après Jung, la volonté, l'action (le "yang") , dans une situation critique et vitale, gagne souvent à laisser la place à une attitude "yin", c'est-à-dire à une attitude plus accueillante, plus passive, plus "féminine", qui va "laisser se dérouler", tout en les accompagnant, les processus naturels de la vie.
Or, qu'y a-t-il de plus  "passif" (en apparence  ) qu'une femme qui se prépare à accueillir  un enfant ?
Que fait-elle pendant neuf mois ? Rien.
Une fois "fécondée", elle se contente de "laisser" la grossesse suivre son cours, de "laisser" l'embryon caché se développer tranquillement à son rythme, à "l'intérieur" d'elle-même...elle sait que ce qui grandit là n'a pas besoin d'intervention directe de sa part, que la "nature" fait bien les choses, et qu'il lui suffit d'être attentive et sereine pour que tout se passe bien, que l'enfant parvienne à terme...et naisse au bon moment et ainsi qu'il est prévu.
Elle est dans une "attente confiante"...elle veille à mener une vie saine et équilibrée - et c'est tout.

Or, ce qui est vrai "physiquement" pourrait bien être également  vrai "psychiquement" : il semblerait que le développement psychique de l'être soit également un processus "naturel"...dirigé par la vie (et non par notre volonté).

Ce qui nous est demandé pour parvenir à la "totalité" de nous-mêmes, à l'union de nos différentes facettes en un Tout harmonieux et complet , en un "mandala vivant"...c'est peut-être simplement de "laisser les choses se faire", l'évolution naturelle s'accomplir, sans que le Moi ne se mette "en travers" et n'intervienne pour imposer ses vues (en général rationnelles et étroites ).

Ce qui est demandé, c'est que le Moi perçoive et accepte l'existence d'un "ordre" autre que le sien, qu'il accepte de reconnaître l'ordre qui vient du fonds de l'Etre...l'ordre du Soi.

Devant le mystère du Soi qui le "dépasse" infiniment, le Moi doit accepter de ne pas pouvoir tout diriger consciemment... il doit adopter l'attitude de la mère qui sait que son utérus est l'athanor de toutes les transformations et qui sait qu'à l'intérieur, au-delà des peurs et des doutes, le processus d'évolution se déroule - dans le silence et l'obscurité - comme il se doit...
Il doit faire entière confiance à la croissance silencieuse qui s'opère sous la surface, dans l'invisible...et sans lui. 

Ainsi pourra naître l'enfant intérieur, porteur d'avenir et de tous les renouvellements.

Ainsi le "Je du Moi" pourra laisser peu à peu la place au "jeu du Soi" et le laisser ordonner, de façon harmonieuse...ou inattendue, le déroulement du quotidien...et du destin.

La Licorne


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