samedi 27 décembre 2014

Matrice

Lundi 27 février 2012


Lorsqu'une image apparaît dans un rêve, il ne suffit pas de la décrire, il convient aussi de noter soigneusement l'émotion qui l'accompagne...Ainsi, "se trouver dans la mer" peut avoir des connotations bien différentes suivant le contexte, suivant ce que nous ressentons au moment du rêve :
nous pouvons être en vacances en train de nager ou de nous ébrouer joyeusement avec des amis, ou en train d'explorer avec curiosité les fonds sous-marins et leurs merveilles ou bien encore être dans les grandes profondeurs sous l'emprise de la tristesse ou de la mélancolie comme c'est le cas dans le rêve ci-dessous.

Le mot "mer" a toujours évoqué spontanément , par sa sonorité, le mot "mère"...
La mer, c'est l'inconscient collectif dans sa dimension maternelle...or, la "mère" peut être créatrice, régénératrice, pourvoyeuse, mais elle peut aussi être "matrice", matrice close qui à la fois sécurise... et enferme.
Car l'inconscient collectif peut aussi peser de tout son poids sur nous, nous empêchant de nous ouvrir aux autres, de vivre et d'aimer librement...Il nous plonge parfois dans le noir et la solitude. Il met alors un énorme "voile" entre nous et le monde. Nous nous sentons accablés par des forces plus grandes que nous, incapables d'agir, de réagir...de façon personnelle.

L'inconscient collectif se comporte alors comme une "grande matrice" qui enveloppe et indifférencie les individus, leur interdisant de développer un moi personnel, un moi autonome et différencié, unique. Il faudra un long travail, un long chemin en liaison avec le Soi pour s'éveiller de ce "sommeil des profondeurs" et pour développer un moi qui n'aura plus les mêmes valeurs et les mêmes comportements que la "masse", un moi qui ne sera plus seulement guidé par "ce qui s'est toujours fait", un moi qui aura trouvé son "individualité", son équilibre et son unicité...

Toute l'aventure humaine consiste, en fait, à sortir de cette "masse" indifférenciée, à sortir de la mer, à sortir de la "mère" des origines...pour apprendre à marcher sur ses deux pieds, sur la terre ferme...pour naître à soi-même...
Et là, nous retrouvons un peu l'histoire de...la petite sirène ! 
.
La Licorne
.



14 commentaires:

  1. Intéressant commentaire, La Licorne... bien qu’il fasse un peu plus de trois phrases... ;-)
    Commentaire n°1 posté par Amezeg le 27/02/2012 à 14h40

    RépondreSupprimer
    Réponses

    1. Tu as raison de le souligner, Amezeg...
      Mais seuls les imbéciles ne changent pas d'avis, n'est-ce pas ?
      En fait, ça fait quelques jours que j'ai changé la règle du jeu dans "Principes du blog"...j'ai juste laissé: "commentaires pas trop longs"...mais peut-être que je vais enlever ça aussi !
      Je tâtonne encore...
      D'un côté, je ne peux pas laisser les rêves "tels quels" sans du tout les commenter...d'un autre côté, je ne veux pas verser dans une analyse trop personnelle ni dans des choses trop théoriques, je voudrais garder une certaine simplicité afin que tout le monde, et pas seulement les spécialistes de Jung, puissent s'y retrouver...
      L'exercice est délicat...je ne dis pas que j'y réussis parfaitement.
      En fait, je compte aussi sur vous pour m'aider ! :-)

      Réponse de La Licorne le 27/02/2012 à 17h45

      Supprimer
  2. e comprends fort bien que tu aies changé les règles (que je n’avais pas relues récemment.)
    Ta première position était sans doute difficilement tenable telle quelle, à plus long terme, et tu as raison, l’exercice est sûrement délicat pour trouver la bonne mesure (celle qui te semblera telle.)

    Amicalement,

    Amezeg
    Commentaire n°2 posté par Amezeg le 27/02/2012 à 18h07

    RépondreSupprimer
    Réponses

    1. En fait, ce n'est pas tellement une question de "longueur" mais une question de "fond"...
      La bonne mesure, pour moi, dans les commentaires, serait celle qui "éclairerait" le rêve d'une lumière douce...et non d'une lumière crue...
      (pour respecter le "mystère" du rêve et sa complexité, sa polysémie)
      C'est-à-dire que j'aimerais qu'on puisse procéder de façon plus "analogique" qu'analytique...par des "c'est comme...", "cette image me rappelle...", "je connais un rêve semblable..."...et non pas immédiatement par des concepts intellectuels.
      "Faire des liens" en fait, plutôt que d'"expliquer"...par de la théorie.
      Pas facile, je sais...

      Réponse de La Licorne le 27/02/2012 à 19h31

      Supprimer
  3. Il convient sans doute de bien réfléchir et de déterminer ce qui est théorie et concept intellectuels, car employer « c’est comme... » ou « je connais un rêve semblable...» ne préserve pas à coup sûr de tomber dans la théorie ou dans le concept intellectuel.

    D’autre part, les généralités sur le symbolisme, peuvent, elles aussi, s’éloigner de la pratique, tomber dans la théorie « abstraite », et il me semble que cela se produit assez fréquemment.

    Ce qui est plus affirmatif projette sans doute une lumière plus crue, et l’on peut la vouloir plus douce, mais l’affirmation plus ou moins forte n’est pas le signe certain que l’on tombe dans la théorie. Elle peut être, au contraire le fruit d’une fréquentation très pragmatique et très concrète des symboles et des rêves.

    J’entends bien, toutefois, que tu ne veux pas proposer ici des interprétations de rêve précises et détaillées.
    Commentaire n°3 posté par Amezeg le 27/02/2012 à 21h02

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Disons que je préférerais à la "dissection"...l'amplification...
      Mais rassure-toi, la censure des commentaires devrait rester "douce", elle aussi...
      Alors, je t'en prie, ne nous prive surtout pas de tes "lumières", ce serait vraiment dommage !
      Réponse de La Licorne le 27/02/2012 à 22h03

      Supprimer
  4. Je dirais plutôt que l'aventure humaine consiste à éliminer certaines projections. Le moi s'est affranchi de l'inconscient (moi héroique) mais jusqu'à s'en dissocier.( d'où les projections) Et Jung ( et peut-être d'autres ) proposa le retour à la "mère" (sacrifice du héros). Alors ensuite il y a le cas par cas. Il existe des individus avec un moi faible, qu'il faut alors renforcer.
    Commentaire n°4 posté par fox le 27/02/2012 à 21h14

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. tu dis: "Le moi s'est affranchi de l'inconscient jusqu'à s'en dissocier". Oui, c'est vrai...
      La subtilité du processus consiste peut-être à "se différencier" sans "se dissocier"...car la dissociation entraîne l'individu à fonctionner comme un "électron libre" coupé de ses racines...ce qui est un des problèmes de l'individu moderne.
      Il ne faut pas couper le contact avec l'inconscient, avec la "mer-Mère", avec les racines collectives, mais ne pas se laisser engloutir non plus...
      Bref, arriver à vivre sur la plage, les pieds dans l'eau, mais pas sous l'eau...(sous l'emprise de l'inconscient collectif ou familial ou groupal).
      Vivre en adulte qui a gardé des contacts avec sa "Mère psychique"...mais qui ne vit pas "chez elle"...qui a une vie indépendante...et personnelle.
      Enfin, c'est comme ça que je le vois.
      La dissolution des projections est aussi, bien sûr, une grande tâche...

      Réponse de La Licorne le 27/02/2012 à 22h49

      Supprimer
  5. Si lumière il y a, elle n’est jamais autre que celle des rêves eux-mêmes. On a parfois la chance de la discerner tant bien que mal, peut-être lorsqu’on a appris, bon gré mal gré, à distinguer cette lumière véritable de la bien faible lueur vacillante de son propre petit lumignon...

    L’excès nuit en toutes choses. S’il faut parfois user avec modération de la dissection, il ne faut sans doute pas abuser en tout temps de l’amplification... mais je comprends l’orientation que tu souhaites donner aux commentaires.

    Comment résister au charme d’une douce censure... ? :-)

    Amezeg
    Commentaire n°5 posté par Amezeg le 27/02/2012 à 22h41

    RépondreSupprimer
  6. Les adultes ont un moi, s'identifient à lui et ne savent pas qu'ils ont un inconscient( nié par notre culture) d'où la dissociation.

    "Il ne faut pas couper le contact avec l'inconscient, avec la "mer-Mère", avec les racines collectives, mais ne pas se laisser engloutir non plus..."

    Tout à fait. Se couper de l'inconscient, et c'est la névrose. Le problème, c'est que l'inconscient fait peur. Jung relativise:
    "La résistance du conscient contre l'inconscient et la dépréciation de celui-ci étaient des nécessités historiques du développement de la psyché humaine, sans lesquelles le conscient n'aurait jamais pu se différencier de l'inconscient." (Pyschologie et alchimie).
    Commentaire n°6 posté par fox le 27/02/2012 à 23h27

    RépondreSupprimer
  7. "Bref, arriver à vivre sur la plage, les pieds dans l'eau, mais pas sous l'eau...(sous l'emprise de l'inconscient collectif ou familial ou groupal)."

    Les pieds dans l'eau, c'est pas suffisant : il faut nager et même aller sous l'eau ( avec une combinaison de plongée) . Se laisser engloutir, c'est synonyme de psychose, donc pour tenter l'expérience de l'inconscient, il faut un moi fort.
    Concernant mon expérience de l'inconscient, je ne sais pas si j'ai encore véritablement plongé. Peut-être n'en suis-je qu'aux pieds dans l'eau. J'ai une vision positive de l'inconscient collectif, mais je préfère parler d'âme. Je crois que j'ai une bonne relation avec elle. Ce qui n'exclut pas les tensions.
    Commentaire n°7 posté par fox le 27/02/2012 à 23h51

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Dans l'article "Pêcheurs de l'inconscient", Jung est assez clair : il conseille de "s'arrimer" solidement à la Terre ...pour pouvoir ramener les contenus inconscients et les intégrer au conscient...
      Entre l'inconscient et le Moi, tout est question...d'équilibre...sans excès, ni d'un côté ni de l'autre...
      Le rêve nous dit où nous en sommes et quel "excès" il convient de corriger: ce n'est pas le même pour tout le monde !
      Certains auront besoin d'un contact plus prolongé avec leur inconscient, avec leurs profondeurs qu'ils ont perdus de vue...d'autres auront besoin de quitter un peu ces profondeurs et de revenir à la terre ferme...

      Réponse de La Licorne le 28/02/2012 à 11h18

      Supprimer
  8. Oui,tout à fait, il ne faut pas basculer dans la folie et l'expérience avec l'inconscient, c'est du cas par cas.

    Deux cas m'intriguent ( je ne sais pas si c'est pertinent de les comparer): celui, mythique, de Jonas qui se fait avaler par un grand poisson et celui de Marie-Louise von Franz : elle a évoqué son grand rêve initiatique sur l'Alchimie. Il commence comme ça:

    "Devant l'université, j'allume une sorte de feu de la Saint-Jean et saute par dessus. Je me trouve alors soudain au bord de la mer et un poisson cherche à m'avaler. J'échappe à sa voracité et je me dirige du côté de la terre"
    A chacun son destin.
    Commentaire n°8 posté par fox le 28/02/2012 à 12h54

    RépondreSupprimer
  9. Tiens, j'ai trouvé un texte qui explique bien cela : http://www.jung.asso.fr/articles/Origines.html

    Extrait :

    "Détachement de la mère et retour à la mère sont deux mouvements complémentaires. Par conséquent, les frontières entre conscient et inconscient doivent être franchissables dans les deux sens. Ainsi est affirmée la nécessité d’un constant renouvellement à travers un processus réitéré d’intégration du conscient et de l’inconscient. S’il est vrai que le Moi, lorsqu’il émerge, doit se dégager de l’étreinte dangereuse de l’inconscient, il est tout aussi vrai que, bien souvent, au fur et à mesure que passent les années, le moi s’éloigne trop de ses racines inconscientes et en vient à se raidir et à se stériliser. Une conscience trop civilisée souffre d’ubris et n’a plus la patience d’écouter l’autre partie en cause. Ceci vaut pour les individus, mais aussi pour les civilisations. Jung a plusieurs fois insisté sur le danger de l’inflation psychique conjuguée à la surévaluation de la raison et de la technique. Il faut alors, pour rééquilibrer la situation, s’exposer de nouveau à l’influence de l’inconscient, faire une sorte de retour dans le sein maternel pour renaître renouvelé, c’est-à-dire avec une conscience plus large. Le retour à la mère représente un accès à l’autre versant de nous-mêmes, au monde des images et des potentialités intérieures. Tel est l’aspect potentiellement positif de la régression. Ainsi que l’écrit Jung, la plongée de la libido dans l’inconscient " d’une part provoque des réactions infantiles…, d’autre part active aussi des images auxquelles est lié un sens thérapeutique et compensateur. La mère qui engloutit et retient est donc aussi celle-là même qui peut alimenter la conscience sans l’étouffer."
    Commentaire n°9 posté par La Licorne le 23/03/2012 à 11h20

    RépondreSupprimer