dimanche 19 septembre 2021

Rêve 62 : Le totem

 

 




Je conduis notre voiture sur un chemin très humide, boueux, très étroit par endroit. Je dois vraiment me concentrer car à gauche il y a un fleuve et je pourrais tomber dedans. Plus loin, ce chemin devient pierreux, chaotique, et je ne me vois pas continuer avec la voiture… 

Je suis apparemment près de la ville de Nantes. Je suis la voiture d’une voisine d’enfance qui elle a un 4X4 et qui peut se faufiler aisément sur n’importe quel terrain. Mais ne pouvant plus la suivre je décide de laisser ma voiture et de continuer le chemin en marchant.

Je regarde le fleuve sur la gauche et y vois une scène étrange, un engin guidé par un ouvrier essaye de récupérer dans l’eau une tête de Bouddha en terre. Il fait très attention pour ne pas la casser en la soulevant mais l’opération s’annonce périlleuse ! 

 


Un homme qui marche comme moi sur le chemin exprime tout haut son exaspération concernant la façon dont l’ouvrier procède pour sortir la tête hors de l’eau. Il risque de la casser.


Sur la droite j’aperçois une immense colonne en terre, comme un totem fait de l’accumulation en hauteur de plein de têtes stylisées, à l’africaine. C’est très beau et j’en déduis que la tête dans l’eau était le sommet de cette colonne/totem. 

A ce moment là, la colonne penche, tombe et se fracasse sur un ensemble d’immeubles très modernes avec beaucoup de structures en fer. Ils sont détruits, la scène est violente, spectaculaire. Les gens autour de moi crient, sont choqués. Moi je suis interloquée, je mets la main sur ma bouche de surprise. 

Cette scène se déroule tout près de moi et en même temps, j’ai l’impression que c’est éloigné, une impression étrange.

 



(rêveuse anonyme)

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Sur le blog : 

"Les rêves et la vie"

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jeudi 16 septembre 2021

Crise et solution

 

  
Nous souffrons par les rêves, 
nous guérissons par les rêves.
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Gaston Bachelard 
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Lorsqu'une crise psychique se déclenche, 
vous êtes mieux situé que quiconque pour la résoudre.
Vous avez des rêves et des rêves éveillés, 
donnez-vous la peine de les observer. 
 
Chaque rêve porte, à sa manière, un message : 
il ne vous dit pas seulement 
que quelque chose ne va pas dans votre être profond, 
mais il vous apporte la solution pour sortir de la crise.
 
Car l'inconscient collectif qui vous envoie ces rêves a déjà la solution : 
en effet, rien n'a été perdu de toute l'expérience immémoriale de l'humanité; 
toutes les situations imaginables et toutes les solutions possibles 
ont été conservées par l'inconscient collectif. 
 
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"C.G. Jung parle"
 
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Rêves : "La barrière", "Le boulanger" et "Le train"

 

Rêves faits pendant le premier confinement
(printemps 2020)
recueillis par Elisabeth Serin et Hervé Mazurel 
 
 
 

 
 1) La barrière
 
Je rêve que je suis sur un chemin boueux, en campagne, 
et que tout à coup, s'interpose au milieu du chemin, 
une grande barrière en bois (comme un grand mur de palettes), 
qui me semble tout à fait insurmontable. 
 
Avec le petit groupe de personnes qui sont avec moi, 
on essaie coûte que coûte de franchir la grande barrière : 
sans succès.
 
J'ai l'idée de transporter la barrière dans le champ voisin,
 pour avoir plus de recul et essayer de sauter encore plus...
sans succès non plus. 

Beaucoup, beaucoup d'inquiétude s'installe. 
Le temps presse.
Un danger indistinct arrive et on sait 
qu'il va falloir passer, coûte que coûte. 
 
Sans réaliser qu'on aurait juste pu contourner cet obstacle 
par la droite ou par la gauche,  sans s'inquiéter de le franchir.
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A écouter ICI
 
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2) Le boulanger
 
Je me rends chez mon boulanger de quartier. Je fais la queue.
Je constate que mon boulanger n'est pas mon boulanger, mais mon coiffeur.
Cela m'étonne.
 
Le boulanger est vêtu d'une combinaison jaune,
comme celles que portent les spécialistes en protection chimique ou nucléaire.
Sa tête est surmontée d'une sorte de cloche en plastique souple et translucide,
comme celles que portent les malades italiens atteints de Covid19
et que l'on peut voir à la télévision.
Ses mains portent des gants en plastique blanc, 
ses doigts sont boudinés,
ils ont la consistance de la saucisse. 
 
Il sert les baguettes avec peine.
Dans la queue, tous les clients sont masqués.
je suis le seul à ne pas porter de masque.
 
Arrive mon tour.
Le boulanger refuse de me servir,
car je n'ai pas de masque.
Je sors du magasin, 
honteux.
 
Et je me réveille.
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A écouter ICI
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3) Le train
 
Je rêve que je suis heureuse 
car un train a été affrété et je peux rentrer chez moi.
J'y monte, je suis seule, tous les sièges sont vides.
Soulagée, je n'ai plus peur.
 
Un message vocal ne cesse de répéter 
que "ce train n'effectuera aucun arrêt jusqu'à destination".
Il roule. Je suis enfin sereine.
 
Nous traversons une première gare,
où je vois sur le quai mes parents et leurs valises.
Le train continue de rouler...
Je crie pour qu'il s'arrête !
 
A la deuxième gare, ma fille est sur le quai, en larmes,
avec ses valises également...
Elle me tend les bras...
Je devine qu'elle crie "Maman !"
 
Je hurle et je cours afin d'atteindre la tête de train 
pour qu'il s'arrête : il va vite, trop vite...
je veux casser les vitres avec mes mains,
je ne peux pas...je n'y arrive pas...
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A écouter ICI
 
(ainsi que beaucoup d'autres rêves)    
 
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mercredi 15 septembre 2021

Inconscient collectif activé

 
 
Toute société a des problèmes collectifs, 
des convictions collectives et ainsi de suite. 
Nous sommes très influencés par tout cela.

 (...) 

De fait, tant qu'un conflit personnel ne le touche pas, 
l'inconscient collectif ne pose pas de problème, il n'apparaît pas. 
Mais dès le moment où nous transcendons la sphère personnelle 
et où nous arrivons à des déterminants impersonnels, 
disons à des questions politiques ou sociales 
qui vraiment nous importent, 
nous sommes alors confrontés à un problème collectif, 
et les rêves deviennent collectifs

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C.G. Jung

"C.G. Jung parle" p 251
Rencontres et interviews

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Jung distingue deux situations où l'inconscient collectif est "activé".

La première est une crise dans la vie d'un individu,
le naufrage de ses espoirs et de ses ambitions...

Dans la seconde situation, il est activé à des périodes
de grands bouleversements sociaux, politiques, religieux.
Dans ces moments-là, les facteurs refoulés par les attitudes prédominantes
s'accumulent dans l'inconscient collectif.

Les sujets particulièrement intuitifs perçoivent cela
et essayent de le traduire en idées socialement communicables.
 
S'ils parviennent à traduire les contenus inconscients
dans un langage communicable, le résultat est bénéfique,
car les contenus de l'inconscient avaient des effets perturbants.
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Livre Rouge  p 210
 
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mardi 14 septembre 2021

Aucun homme n'est une île

 
 
Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ;
 tout homme est un fragment du continent, une partie de l’ensemble ; 
si la mer emporte une motte de terre, l’Europe en est amoindrie,
 comme si les flots avaient emporté un promontoire,
le manoir de tes amis ou le tien ; 
la mort de tout homme me diminue, 
parce que j’appartiens au genre humain ; 
aussi n’envoie jamais demander pour qui sonne le glas : 
c’est pour toi qu’il sonne. 
 

 


 

 Il n'existe pas de coupure radicale entre le psychique et le social, 
car je crois que la période de confinement 
qui accompagnait la pandémie du Covid19 
constituait précisément un poste privilégié 
de l'étroite corrélation qui existe 
entre les transformations sociales 
et les transformations psychiques.
 
Pour le dire plus poétiquement,
 pour observer la coïncidence 
des constellations sociales et psychiques, 
comme le dirait Abram Kardiner, 
un psychanalyste qu'il faut redécouvrir :
américain, ancien patient de Freud, 
féru de dialogue avec l'anthropologie.
 
Il était parfaitement conscient lui-même, en tant qu'analyste, 
que la société n'est jamais une toile de fond, 
que le sujet n'est jamais une île...
 
Il était convaincu de l'indissociabilité foncière 
du psychique, du social et du culturel.
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Hervé Mazurel

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lundi 13 septembre 2021

Série "En thérapie" : thème Covid

 

Il n'y a pas que les chercheurs qui se penchent actuellement

sur les rapports entre la situation générale et l'activité psychique des gens : 

les scénaristes s'y mettent aussi !

 


 

Ce fut le phénomène télévisuel que l’on attendait pas en 2021. “En Thérapie, piloté par Olivier Nakache et Eric Toledano, a secoué le petit écran avec ses trente-cinq épisodes de trente minutes chacun. Un format court et plutôt rare au milieu du règne des maxi séries, mais qui a su séduire le public. 

Pour rappel, le programme explorait le traumatisme des attentats du 13 novembre 2015 au travers de divers patients du psychanalyste Philippe Dayan, joué par Frédéric Pierrot. 

Sur son divan Clémence Poésy, Pio Marmaï ou encore Reda Kateb ont chacun raconté leurs histoires de vie. (...)

Adapté de la version israëlienne BeTipul,En Thérapie ne pouvait pas s’arrêtait là. Si la presse et les fans doutaient de l’arrivée d’une saison 2, qu'ils se rassurent, il y aura bel et bien une suite. 


Une saison axée sur la Covid-19

Pas facile de trouver un traumatisme plus impactant que celui des attentats du 13 novembre. Six ans après les faits, les Français sont toujours secoués par les événements de cette violente nuit. Mais entre temps, bien d’autres cataclysmes ont bouleversé notre société. Depuis début 2020, le monde entier subit l'épidémie de Covid-19

Pour certains, elle a permis de faire le point, pour d’autres, ce fut un bouleversement duquel ils ne sont toujours pas sortis. Dans le bureau du psychanalyste Philippe Dayan, les patients se confronteront à leurs maux et leurs états d’âmes, suite aux confinements, à la perte et à la menace d’un virus toujours mystérieux pour beaucoup.

 

Article ICI

 

 

dimanche 12 septembre 2021

Une pandémie de rêves

 

 


 

Une pandémie de rêves : 

anthropologie de la vie onirique 

en période de crise sanitaire

 
Sophie Gleizes (masterante en anthropologie à l’EHESS) 
et Amélie Barbier (doctorante en anthropologie à l’EPHE) 
ont également enquêté sur l’activité onirique des français 
pendant les deux premiers confinements. 
 
 
Il s’agit d’un projet de recherche dirigé par Charles Stépanoff (EPHE)
 au Laboratoire d’anthropologie sociale.
 
 
Le podcast  ci-dessous est un enregistrement d'une conférence 
tenue lors du séminaire Territoires Affectés à l'EHESS.
 

 

   
 
 
     
Depuis le mois de mars 2020, la situation sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 
a entraîné une crise économique et sociale à l’échelle mondiale. 
Au cours du premier confinement en France, 
nous avons observé un intérêt collectif inhabituel pour les rêves, 
dans les conversations informelles, sur les réseaux sociaux et dans les médias. 
 
L’arrêt des activités professionnelles et l’immobilisation à domicile 
semblent avoir aménagé un espace de réflexion et de partage autour de l’activité onirique ; 
de plus, de nouveaux acteurs, objets et thèmes du quotidien (masques, virus, contamination…) 
ont fait leur apparition dans les récits de rêves.
 
Pour beaucoup de personnes, le rêve a été pendant les confinements et le couvre-feu
 le seul moment d’évasion hors d’un univers cantonné à l’espace domestique ; 
il a pu constituer un moyen de renouer des liens coupés par la distanciation sociale obligée,
 ou de reparcourir des lieux et des espaces interdits. 
Comment les contraintes spatiales et sociales affectent-elles nos territoires oniriques ? 
Au-delà des espaces diurnes, les mesures sanitaires transforment-elles 
nos espaces mentaux nocturnes ? 
 
Notre enquête explore les lieux rêvés de différents informateurs 
afin d’esquisser un portrait onirique collectif de la société française, 
reflet des préoccupations contemporaines d’une population 
bouleversée dans son rapport aux mondes visibles et invisibles.

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samedi 11 septembre 2021

Rêver à l'heure du capitalisme et de la pandémie

 
 
A ma grande surprise, je dois dire, 
l’une des questions que je considère comme fondamentale
 a été peu discutée, 
à savoir la manière dont les rêves, comme les plaisanteries, 
donnent des éléments de compréhension 
sur ce qui est réprimé ou refoulé de la conscience 
à une époque donnée.
 
 Il est certain que des découvertes peuvent encore être faites 
en s’intéressant aux rêves d’un point de vue social, culturel ou socio-culturel.

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Peter Burke

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 Rêver à l'heure du capitalisme et de la pandémie

 

Concentrés sur les niveaux individuel et universel
de signification des rêves, 
les fondateurs de la psychanalyse n’ont pas toujours vu 
l’existence d’un niveau intermédiaire : 
celui des significations socio-historiques.
 
Aujourd'hui, certains chercheurs
posent l'hypothèse que la vie de nos rêves
n'est pas une production subjective et désordonnée,
détachée de tous les filaments 
qui organisent notre vie dans la société...

Ces chercheurs commencent 
à "pousser les murs"
et à envisager nos rêves 
depuis l'histoire ou la sociologie.
 
Ils cherchent de plus en plus à comprendre 
quelle peut être l'interaction 
entre les événements historiques, sociaux 
et notre vie nocturne...
 
 

Jusqu'à poser cette question très actuelle :
Comment rêve-t-on à l'heure du capitalisme et de la pandémie ? 
 

 

Table ronde enregistrée en mars 2021, dans le cadre du cycle "S’inspirer, respirer".

Bernard Lahire, sociologue; André Loez, historien ; Jean-Marie Durand, journaliste.

 

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vendredi 10 septembre 2021

Chroniques (oniriques) du confinement

 

La collecte des rêves devient "populaire"...

 

Pendant le confinement, RFI a proposé , 

pendant plusieurs semaines, un espace d’échange 

sur le ressenti face à cette situation exceptionnelle. 

Petits moments de la vie quotidienne.

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Rêves récoltés par Anne Soetemondt

montage réalisé par Hélène Avril.

 


30 mars 2020  : Rêves de confinés 1


À quoi rêvent les personnes confinées ? 

31 mars 2020 Rêves de confinés 2

 

Un pangolin qui se déplace de branche en branche. 

1er avril 2020 : Rêves de confinés 3

 


2 avril 2020 : Rêves de confinés 4

 

 

10 avril 2020 : Rêves de confinés 5

 

Une manucure fantaisie. 

16 avril 2020 : Rêves de confinés 6

 

Les tapis volants peuvent transporter vers des rêves bleus... 

17 avril 2020 : Rêves de confinés 7

 

Des ours en peluche géants portent des masques, assis sur une chaise, dans une rue de Paris, le 23 avril 2020.

 22 avril 2020 : Rêves de confinés 8

 

Justin Bieber en concert.

1er mai 2020 : Rêves de confinés 9

 


8 mai 2020 Rêves de confinés 10

 

 

 15 mai 2020 : Rêves de confinés 11

 

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mercredi 8 septembre 2021

Inconscient sous confinement


"On ne rêve pas des mêmes choses, ni de la même manière 
selon les cultures et les milieux sociaux, 
ni selon les générations et les époques", 
explique Hervé Mazurel
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Que peut avoir à nous dire notre vie onirique 
pendant l’événement consacré sous le nom de coronavirus ? 
Quelle influence le présent immédiat a-t-il sur notre psychisme, 
quels effets sur notre inconscient ?
  
L’historien Hervé Mazurel est en train de collecter des rêves de confinement 
avec une complice, la psychanalyste Elisabeth Serin. 
 Passionnant ! 

(...)

Promesse d'un nouvel espace de dialogue entre la psychanalyse et les sciences sociales, l'entreprise du binôme propose d’explorer les relations entre l’inconscient et l’histoire collective, d’observer comment les rêves, voies d’accès privilégiée vers les sensibilités et les imaginaires, recèlent aussi des traces du social et de l'appartenance culturelle. Loin de relever du seul domaine de l’intime, les rêves ne sont pas que la poursuite nocturne de notre réalité ou l'ombre du jour : de manière plus ou moins palpable ils (re)construisent le réel.

 

Entretien datant de mai 2020

 (...)

 


 

Le projet de recueillir les rêves du confinement poursuit-il votre numéro La société des rêves paru en 2018 dans la revue Sensibilités

(...) 

...cette collecte, bien sûr, s’inscrit dans une évidente continuité avec « La Société des rêves », ce numéro que j’ai coordonné avec le sociologue Bernard Lahire– l’auteur de cette somme indispensable qu’est L’Interprétation sociologique des rêves (La Découverte, 2018) -, numéro qui visait à montrer notamment que la société ne s’arrête pas aux portes du sommeil pour faire place, en quelque sorte, à l’intime, au plus intime, à ce qu’il y a de plus individuel chez l’individu. En vérité, tout le social, toute la culture, toute notre histoire collective aussi, s’invitent jusque dans les tréfonds du psychisme, jusque dans les profondeurs les plus secrètes de nous-mêmes. Et, par-là, travaillent souterrainement le statut, la matière et les significations de nos rêves.

(...)

Quel rapport l'historien-anthropologue que vous êtes entretient-il au monde onirique ?

Je crois qu’il faut peut-être rappeler aussi ceci : les rêves ne font pas seulement que refléter la réalité, ils la construisent aussi d’une certaine façon. Car les rêves, nous ne l’oublions que trop, sont aussi des acteurs de l’histoire. Selon les lieux, les temps et les cultures, leur performativité historique est plus ou moins palpable selon les croyances qu’on leur associe. Dans l’Occident d’aujourd’hui, nous tenons à affirmer l’existence rassurante d’une barrière étanche entre le rêve et la veille, entre le nocturne et le diurne. Comme si nous tenions à ériger un mur infranchissable entre l’imaginaire et le réel, et, par-là, à mieux nous prémunir de « l’incertitude qui vient des rêves » (Roger Caillois). Mais il n’en a pas toujours été ainsi.

Des Grecs, par exemple, Nietzsche disait que, parce qu’ils croyaient aux rêves, ils voyaient la vie éveillée s’animer d’un tout autre jour. Les anciens Grecs se faisaient donc une toute autre idée de l’entrelacement des rêves et du réel. 

Bien des ethnologues ont donné également l’exemple de groupes humains pour lesquels les rêves nocturnes s’insèrent étroitement dans la trame de l’existence quotidienne. Par exemple, les Indiens Mohaves, étudiés par l’ethnopsychiatre Georges Devereux : pour eux, rien n’arrive jamais qui n’ait été auparavant rêvé par quelqu’un. Dire ceci, c’est rappeler simplement que le rôle attribué aux songes demeure toujours fonction de la culture d’appartenance. 

Et il faudrait méditer longuement ici ce propos de son ami Roger Bastide : « Le rêve nous paraît magique parce que nous ne savons plus ce qu’est le sacré ».

Quelles grandes tendances se dessinent de ces rêves de confinement ? Il y a des schémas de rêves récurrents ?

Soyons clairs : dans les bribes de rêves qui nous sont parvenues jusqu’à présent, nous ne pouvons à ce stade que soupçonner quelques tendances de fond, quelques courants de profondeur.

Je suis d’abord frappé par plusieurs témoignages d’analysants, de gens qui ont l’habitude d’être à l’écoute de leurs rêves et de les noter au petit matin. Plusieurs de ces personnes me disent être réveillées systématiquement au milieu de leur rêve, sans qu’aucun d’eux n’arrive jamais au bout. Une autre m’a témoigné être très surprise du fait que, depuis l’annonce du confinement, elle ne retient plus que des images de ses rêves sans aucun lien ni narration associée. Une chose est sûre : l’événement dans lequel nous sommes pris, si global et transgressif à la fois, renforcé par l’expérience du confinement, ont bouleversé en profondeur la vie habituelle des rêveurs.

Pour l’instant, il y a bien sûr quelques thématiques dominantes : Elizabeth Serin a noté l’importance des questions relatives aux soins, aux distributions de masques et de médicaments, aux difficultés des interventions hospitalières (quoiqu’il y ait aussi des rêves de sauvetage in extremis). Elle a souligné plus généralement l’importance des rêves de contamination et d’hospitalisation, comme de ceux portant sur la solitude des mourants et les deuils impossibles qui suivent la mort de proches privés de notre présence. Elle a repéré aussi – fait très intéressant pour l’historien – la présence, chez les représentants d’une certaine génération, de rêves de contamination sexuelle dans lesquels le Covid-19 semble comme un après-coup de l’époque où est apparu le sida.

Les premiers temps surtout, on a pu constater aussi l’importance des rêves de pénurie, de panique collective, de rixes aussi. Je ne saurais dire à ce stade s’ils perdurent. Je vois poindre en ce moment une montée de rêves d’ailleurs et de lointains. On aspire au plaisir des bains de mer, à la solitude des cimes montagnardes, aux libres promenades en forêt…Ou mieux : à s’envoler vers quelque île paradisiaque, restée miraculeusement protégée de la pandémie. 

Mais ces confins sont aussi parfois tout près de chez nous : aller librement au marché, acheter ce que l’on veut où on veut, boire un verre en terrasse, dîner au restaurant, voilà qui suffit à alimenter nos rêves de liberté retrouvée. Et puis, en matière d’échappée belle, il y a, nous disent les psychanalystes de notre entourage, une certaine recrudescence des rêves érotiques comme substituts à l’angoisse du moment – même si l’on nous envoie peu de récits de ce type pour la collecte, du fait d’une certaine inhibition, semble-t-il, à communiquer ces rêveries-là. L’époque serait-elle plus puritaine ou pudique qu’elle ne se l’avoue ? Je le crois volontiers.

 

Quelle influence ce confinement aura-t-il selon vous sur notre psyché ? Est-il seulement possible de prévoir ici ?

L’atmosphère mentale dans laquelle nous sommes depuis plus d’un mois a quelque chose de proprement surréel. Que la réalité outrepasse la fiction à ce point, c’est un fait rarissime. Nous n’aurions probablement jamais cru que trois milliards et demi de personnes puissent être confinées dans le monde en l’espace de quelques semaines… Et je ne serais pas surpris qu’un tel événement puisse en quelque sorte libérer les imaginaires des bornes qui étaient leurs il y a quelques semaines encore.

On peut penser qu’un tel événement puisse donner lieu chez beaucoup de gens à l’avenir, chez les plus angoissés notamment, à un foisonnement de rêves de chaos et de mouvements de panique, à des cauchemars de fin du monde, d’effondrements de civilisation …

Mais à ce pôle "infernal" pourrait s’adjoindre chez d’autres, voire les mêmes, un pôle qu’on pourrait dire "édénique" (lui-même en constante métamorphose), où les rêveurs auraient au contraire besoin de se rêver à l’abri, ailleurs, au loin, dans quelque paradis perdu, vierge de tout coronavirus, ou, plus simplement encore, le besoin de se réfugier dans la nostalgie de l’autrefois, dans cet « avant » d’autant plus fantasmé qu’on ne le reverra jamais comme tel…

Mais voilà : je ne suis qu’un historien ; le futur n’est pas mon métier.