dimanche 30 septembre 2018

Les maisons de Jung




Grand voyageur et explorateur passionné de cultures lointaines,
très tôt reconnu et célébré à l’étranger, Carl Gustav Jung est resté toute sa vie
fermement enraciné dans sa «terre» natale.

Itinéraire







Au bord du lac de Constance, dans le canton de Thurgovie,
 c’est la maison natale de Carl Gustav Jung.
Très vite, la famille déménage au presbytère du château de Laufen,
avec vue plongeante sur les chutes du Rhin.
Au gré des engagements de son père pasteur,
Jung passe son enfance dans des demeures de fonction cossues,
 même si le train de vie familial est étriqué.
Son père est un modeste ministre à la foi chancelante,
animé surtout par le sens du devoir.
Sa résignation provoque chez l’adolescent une indignation durable et féconde.
A 12 ans, il a la vision de Dieu déféquant sur la cathédrale de Bâle.
Toute sa vie, Jung cherchera la voie d’une spiritualité authentique,
 hors des manifestations religieuses de façade.



Le Burghölzli

Jung est admis comme stagiaire
à la Clinique psychiatrique universitaire de Zurich en 1900.
Il a 25 ans et ne restera pas longtemps un inconnu.
Son patron, Eugen Bleuler, défend une approche humaine du patient
et l’incite à lire Freud.
Il encourage Jung dans ses recherches sur les tests d’association (de mots).
En 1903, jeune marié, ce dernier emménage au Burghölzli avec sa femme Emma.
 En 1905, il est déjà chef de clinique et chargé, à l’université,
d’un cours qui connaît vite un succès considérable.
Particulièrement sensibles au charisme du jeune médecin,
 les femmes sont nombreuses dans l’auditoire et volontiers Russes ou Allemandes:
 l’Université de Zurich admet depuis peu les étudiantes
et les Suissesses seront plus lentes à se décider.


 

La maison familiale de Küsnacht

Dignité, sécurité, tradition. Surtout rien qui ressemble à ces styles à la mode du moment
appelés Art déco ou Art nouveau: c’est l’esprit dans lequel, en 1909,
 Jung fait construire, au bord du lac de ­Zurich, la vaste demeure
dans laquelle, ayant quitté le Burghölzli, il élève ses cinq enfants
et reçoit sa clientèle privée.
La maison est financée par Emma.
C’est là que, dès 1913, après sa rupture avec Freud
et tourmenté par ses pulsions extraconjugales,
Jung vit ce qu’il appellera son «auto-analyse» et d’où sortira Le Livre rouge.
Devenue propriété d’une fondation gérée par la famille, la maison,
 dont la valeur a explosé avec les années, est actuellement habitée par ­Andreas Jung,
petit-fils de Carl Gustav.



La tour de Bollingen

Jung entretient depuis l’enfance un rapport fort et physique avec la nature.
Depuis Küsnacht, il met volontiers, en voilier, le cap
sur le lac supérieur de Zurich et ses rives sauvages
où il initie ses enfants à la vie de Robinson.
En 1922, il achète un terrain et, de ses propres mains (aidé notamment par son fils),
 il y construit une tour, qui s’agrandit ensuite en une sorte de château tout en rondeurs.
En 1923, sa mère meurt et la tour devient, symboliquement,
«un lieu de maturation, un sein maternel» où il opère un retour à l’essentiel.
A ce jour, il n’y a toujours ni électricité ni eau courante dans ce lieu singulier,
que les descendants de Jung se partagent pour les vacances.
«En été, c’est magnifique. En hiver, c’est plus dur,
 raconte son arrière-petit-fils Daniel Baumann:
ce lieu est avant tout un manifeste.»



L’Institut C. G. Jung à Küsnacht

La fondation en 1948 de l’Institut C.G. Jung marque une étape importante:
 c’est le premier lieu de formation à la psychologie analytique,
selon des règles et un cursus formalisés. Jusque-là, c’est Jung lui-même
qui donnait l’autorisation d’exercer à d’anciens patients devenus collaborateurs,
 dans une confusion entre vie privée et pratique professionnelle typique du temps
des pionniers mais impensable aujourd’hui:
 parmi les premiers analystes adoubés par Jung, il y a sa femme Emma
 et plusieurs de ses patientes/collaboratrices/maîtresses.
Actuellement, l’Institut C. G. Jung de Zurich forme environ 130 analystes par an
 (dont 30 pour la Suisse) selon un cursus rigoureux, et même jugé plus «scolaire»
que d’autres formations analytiques.
Le peuple des jungiens comporte par ailleurs de nombreux embranchements,
 notamment celui de l’Association internationale de psychologie analytique.



La Casa Eranos à Ascona

On est à un jet de pierre du Monte Verità et dans la sphère d’influence du genius loci
qui fait de ce coin du Tessin, dès 1901, le point de ralliement
d’une foule bigarrée de «réformateurs de vie».
C’est en contrebas de ce haut lieu, sur la rive luxuriante du lac Majeur,
que la riche Hollandaise Olga Froebe-Kapteyn institue, en 1933,
les Rencontres d’Eranos.
Leur propos frappe par sa modernité: interdisciplinarité,
exploration des rapports entre Orient et Occident et de la dimension spirituelle du monde.
C. G. Jung devient vite un personnage central de ces rencontres,
fréquentées par des chercheurs du monde entier.
Aujourd’hui, les Junghiane tentent de perpétuer l’esprit des rencontres
 et on peut louer des chambres dans la Casa Eranos rénovée.


Chantal Delacotte
"Les demeures de Jung"


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