jeudi 1 mars 2018

Interprétation du rêve "Le Saint-Je" (4)

Jeudi 1er mars 2018
 
 

Vers la réconciliation avec le féminin

Ensuite le rêveur revient à la baraque en brique du début ; elle pourrait symboliser le moi dans ce qu'il a de "carré". C'est une structure extérieure qui recouvre tout ce monde qui est à l'intérieur. La barque en matériaux assez ordinaires et artificiels, c'est le moi, toutes les expériences, les savoirs qu'on a accumulés, toute la culture, les écoles qu'on a faites, tout ce que l'on a puisé à l'extérieur.

Mais une transformation s'opère : le moi qui devient représentant du Soi sur la Terre se transforme. L'humidité semble maintenant présente à l'intérieur de la baraque, ce qui n'était pas le cas au commencement du rêve. S'ensuit une discussion sur la construction de la barque, qui évoque une prise de conscience de la structure du moi tel qu'il se reconstruit au contact vivifiant du Soi.

Notamment, il apparaît que celui-ci désormais n'a plus besoin d'exhiber sa "carrure", comme on exhiberait ses biceps ! Il se laisse recouvrir de la rondeur de la terre. Vu de l'extérieur, il devient une colline, une petite montagne. ce n'st plus le tranchant du matériau artificiel qui apparaît, qui est déterminant, mais c'est la rondeur de la terre. La terre, c'est l'humus, l'humilité. Il n'y a pas plus bas que la terre, et pourtant c'est elle qui nous porte. Le bénéfice que retire le moi de ce travail des profondeurs, c'est l'arrondissement, et le fait de se pare du matériau de l'humilité intérieure.

Quand on veut toujours "prouver que", on ne peut pas être humble.

Et alors, chaque échec devient terrible. Etre humble, c'est aussi accepter les échecs qui peuvent se produire, accepter les souffrances. Non les accepter au sens d'en être écrasé, résigné, mais les intégrer dans le mouvement de la vie.

Le moi se laisse arrondir les angles par le Soi.

Il faut toutefois s'interroger sur la signification de l'humidité qui règne à l'intérieur de la baraque. Pour le rêveur, l'humide caractérise les émotions.
Le moi qui se croit obligé d'être carré, est un moi qui se coupe des affects, des émotions. Du genre "un homme, ça ne pleure pas !". Et, effectivement, le rêveur nous dit qu'il a appris très tôt à ne plus pleurer et à se durcir face aux blessures de son enfance. A force de ne pas laisser s'exprimer les émotions, à force d'être carré, dur, "d'assurer" (c'est "comme cela qu'il faut être, nous dit-on, pour prouver qu'on est un homme"), le moi vit les émotions comme quelque chose de négatif. L'humide est perçu comme un danger !
Mais pour ceux qui font l'expérience du contact avec l'Esprit, le moi se décrispe et les pleurs qui étaient contenus et refoulés jusque-là s'écoulent enfin. Les pleurs qui s'accumulent à l'intérieur sans pouvoir s'exprimer condensent une grande souffrance dans l'être et peuvent provoquer des maladies. Et que cette humidité, cette humilité de l'émotion puisse enfin s'exprimer de manière manifeste, c'est ce qui guérit. Pour que la joie puisse exister, il faut oser pleurer.
Il y a un aphorisme dans le livre du Zohar, le grand livre de  la Mystique juive, qui dit : "Nul ne pourra rire, s'il n'a pas pleuré."

Lorsque le rêveur explore ce moi arrondi, transfiguré par le Soi, il découvre ce qu'il ne voyait pas d'en bas : il y a de l'herbe comme un champ (le moi devient porteur de vie) et lorsqu'il y grimpe, cela devient une magnifique terrasse  carrelée de jaune, symbole d'assise, de solidité, avec un beau point de vue, qui est celui du moi renouvelé. L'eau de l'émotion dont nous parlions est abondante, mais elle s'écoule bien. Elle ne constitue pas une faiblesse pour l'être, bien au contraire. L'Humide est le domaine symbolique du féminin dans l'être.

Le rêve offre ainsi au rêveur la perspective d'une réconciliation qui conduit en vérité le moi à changer de plan, à s'élever au point de vue de l'Esprit symbolisé par la terrasse dont la couleur jaune du carrelage évoque précisément au rêveur l'Esprit et la lumière. Ce point de vue ouvre sur un vaste paysage et permet ainsi d'accéder à la profondeur du réel.

Le rêveur, à la fin de son périple, commence donc à faire l'expérience d'un moi nouveau, un moi qui s'enracine en profondeur dans la rencontre avec le Soi, un moi dont la solidité n'est plus synonyme de crispation . C'est vers cette réalisation que nous conduit le chemin des rêves...si nous acceptons de le parcourir.

Pierre Trigano
"Le Sel des rêves"
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2 commentaires:

  1. Un classique que j'ai plaisir à retrouver. Merci.

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    1. Oui, ce rêve est un "classique", tout comme le livre, d'ailleurs..."Le Sel des rêves", que je relis régulièrement.

      Bonne journée à toi, Ariaga !

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