mardi 23 janvier 2018

Rêver pour soi et pour les autres (2)

Mardi 23 janvier 2018

Suite de l'article précédent...




La consultation des experts
 
Lorsqu'un rêve est totalement déroutant
et que le stock d'interprétations conventionnelles ne suffit pas
aux parents et amis pour le déchiffrer,
on consulte quelqu'un dont le savoir est plus étendu.
 
On pourrait évidemment relever que, dans un cas comme le précédent,
 l'expert pouvait difficilement se tromper,
 puisqu'il n'eut à préciser ni quand le bon événement surviendrait,
ni ce qu'il serait, ni, après coup, quel lien unissait
le fait de « manger de la viande de femme »  dans le rêve
et l'entrée du fils à l'université dans la vie éveillée.
 
 En fait, les Mongols que je connais ne pensent pas que cette relation soit explicable.
Ils ne manifestent guère d'intérêt quant à savoir si le rêve « suit la vie » en parallèle,
ou si, ce qui semble plus probable, il se contente d'en friser la tangente.
La seule chose qui compte est qu'en dépit de son côté arbitraire
 le rêve puisse être compris, de sorte qu'on puisse se tenir au courant
des événements mystérieux de ce monde.
 
Cela ressort clairement de l'histoire suivante, qui énonce sans ambages
 l'idée qu'un même rêve peut revêtir des significations différentes :
 
« Il y avait un "sage des rêves" (züüd-ün mergen) qui interprétait les rêves des gens.
 Un jour, un homme lui en soumit un : c'était, à la tombée de la nuit,
un cochon bien gras qui venait cogner à sa porte (targan gahai uud-i mörgösön).
Le sage lui expliqua le sens de ce rêve :
"D'ici un ou deux jours, vous recevrez des aliments très riches."
Peu après vint un autre homme, avec exactement le même rêve.
 Le sage lui dit : "Ça veut dire que vous obtiendrez des vêtements chauds
dans les jours qui suivent." Bizarrement, un autre homme encore eut le même rêve,
 et demanda lui aussi au sage ce qu'il voulait dire.
Celui-ci s'entendit répondre : "Vous allez bientôt recevoir une raclée."
 Quelqu'un lui demanda alors : "Mais puisqu'il s'agissait du même rêve,
pourquoi leur avez-vous donné des réponses différentes ?"
Le sage des rêves répondit : "Il y a de bonnes raisons.
Pourquoi le cochon cogna-t-il à la porte après avoir été nourri ?
Le premier homme s'est dit que le cochon avait encore faim,
et lui donna à manger.
Le deuxième pensa que le cochon devait avoir froid,
alors il rajouta du foin pour sa litière.
Le troisième s'est dit qu'il avait déjà nourri le cochon,
se fâcha, et le repoussa d'un coup de pied.
 Voilà pourquoi le rêve prend un sens différent dans chaque cas. »
 
La première fois que j'entendis cette histoire, je pensais que l'enjeu était ici
la différence de caractère entre ces trois hommes.
Il me sembla même que cette histoire pouvait receler
 un jugement moral relatif à la conduite à tenir envers les animaux.
Mais j'avais tort. Il s'avéra que le fil conducteur de cette histoire
était la volonté d'expliquer ce qui advient effectivement dans la vie réelle :
 c'est bien ainsi que les cochons se comportent.
La première fois qu'un cochon vient cogner la nuit,
c'est parce qu'il a encore faim ;
s'il continue après avoir été encore nourri, c'est qu'il a froid ;
mais s'il continue après tout ça, c'est par pur vice.
Donc, il ne s'agissait pas de montrer que tel ou tel de ces hommes
 se comportait plus ou moins bien dans son rêve
et allait recevoir son dû en conséquence.
En réalité, ils s'étaient tous comportés très convenablement,
mais chacun de son seul point de vue, sans perspective globale
sur cette chaîne d'événements porcins.
A la différence du sage des rêves, aucun d'entre eux
 ne pouvait en comprendre la globalité.
 
On a l'impression de bien pouvoir comprendre l'amusement des Mongols
face à une démonstration aussi modeste de l'art du sage des rêves.
Après tout, le sage et les villageois appartiennent tous au même monde,
dans lequel les cochons sont quelque peu étrangers
(relevant plutôt de la culture chinoise), ennuyeux à soigner,
bien que nécessaires du point de vue économique.
 
Mais qu'advient-il lorsqu'on perd cette complicité intellectuelle ?
 La situation se transforme-t-elle du tout au tout lorsqu'entre en scène
 la clef des songes de Zhou Gung ?



 

Les clefs des songes

 
Plutôt que de proposer une analyse intégrale des clefs des songes des Mongols,
 nous recentrerons la discussion ci-dessous autour de quelques points généraux.
La clef des songes de Zhou Gung est inclue dans une compilation appelée le T'ung Shu,
l'Almanach chinois, qui apparut pour la première fois vers 2000 ans avant notre ère
 et fut constamment remise à jour depuis lors.
Si les sections astronomiques et astrologiques sont modifiées chaque année,
d'autres sections de l'almanach demeurent identiques d'une édition à l'autre :
la divination, l'interprétation des rêves, les horoscopes et la physiognomonie.
La plupart des familles chinoises de Hongkong et Taïwan utilisent l'almanach,
qui sert de calendrier et d'ouvrage de référence.
Il est dénoncé par les confucéens, depuis l'époque Tang,
 en tant que ramassis de superstitions, alors que les bouddhistes et les taoïstes le défendent.
Sur le continent, le T'ung Shu ainsi que d'autres clefs des songes
furent interdits pendant la Révolution culturelle,
 mais récemment de tels ouvrages ont été remis en circulation .

La plupart des Mongols qui vivent en Chine,
même s'ils ne le parlent pas tous couramment, connaissent le chinois
et ont donc accès à l'almanach aussi bien qu'à un certain nombre
d'autres livres de divination publiés en langue mongole.
 Toutefois, de telles brochures ne sont pas diffusées très largement,
 car la plupart des gens les trouvent difficiles à comprendre.
Ces ouvrages sont principalement détenus par des experts, devins et astrologues,
souvent aussi des lamas bouddhistes, qu'on vient consulter.
 
La clef des songes de Zhou Gung représente, aux yeux de bien des Mongols,
le prototype de ce genre d'ouvrages.
Cependant, à l'examen, celui rédigé en langue mongole
par Hambo Lama Galzandobdenjalsan en 1886 nous a semblé fort différent.
 Car si les deux commencent bien par les rêves relatifs aux phénomènes météorologiques,
pour lesquels ils donnent des interprétations similaires,
en revanche, le livre mongol n'est pas divisé en sections comme celui de Zhou Gung
et les thèmes oniriques qu'il répertorie exhalent un parfum
 plus évocateur de la vie mongole que de la chinoise.
Les rêves de seuils de maison où fleurissent les bambous
sont par exemple omis ici, bien que présents chez Zhou Gung,
 tandis qu'à l'inverse des thèmes qui n'y figurent pas abondent dans le livre mongol,
en particulier s'agissant d'activités liées à la chasse, à l'élevage et l'agriculture.
 
Le livre mongol se présente sous la forme d'une liste
répertoriant des centaines de sujets de rêve, chacun suivi de son « résultat ».
Il n'est fourni aucune explication relative à la connexion entre les rêves et leur résultat,
et la liste présente même, à cet égard, quelques incohérences.
Ainsi : « Si le ciel se remplit de nuages, la santé s'en ressentira »
et : « S'il l'on voit surgir un nuage noir, il y aura du bonheur en hiver. »
 
Deux aspects de ce livre cadrent particulièrement bien avec le sujet de cet article.
En premier lieu, l'absence presque totale de définition des agents et des sujets.
Comme il ressort des exemples ci-dessus, il n'est jamais précisé qui rêve
ni, sinon rarement, qui sera affecté par les événements à venir.
Cela conforte le caractère mystérieux des rêves mongols,
que nous nous efforçons d'élucider ici :
c'est peut-être vous qui rêvez d'un ciel couvert de nuages,
mais c'est la santé d'un autre qui en sera affectée.

En second lieu, il faut retenir que le livre mongol est l'œuvre d'un auteur,
comme d'ailleurs celui de Zhou Gung.
Par conséquent, à la différence des chartes astrologiques,
les interprétations des rêves ne sont pas présentées comme un savoir abstrait,
mais comme une série de recommandations proposées par une personne
ayant accès au savoir : l'auteur.
Cela est important, d'une part parce que la faillibilité d'un auteur donné
offre une échappatoire à la crédibilité du système
en cas d'échec d'une prédiction particulière,
d'autre part parce que cela révèle clairement que la structure
de l'interprétation des rêves est toujours de nature sociale.

Même lorsque votre rêve concerne ce qui vous arrivera personnellement,
la médiation de l'esprit d'autrui est nécessaire pour vous l'expliquer.
Voilà pourquoi les Mongols prétendent qu'on peut se tromper,
même sur les implications des rêves apparemment les plus évidents,
et pourquoi ils tendent à consulter un expert chaque fois qu'un de leurs rêves sujigtei
coïncide avec un moment décisif de leur existence.
 
« Lorsque j'étais enceinte, et que je vivais en ville,
j'ai rêvé que j'étais de retour au village.
J'étais dans notre vieille maison à regarder par la fenêtre
et il y avait un énorme, un gigantesque dragon qui volait juste au-dessus de moi.
J'en voyais le dessous. Il faisait tant de vent qu'il aplatissait l'herbe en dessous d'où il passait
et faisait gicler du gravier qui m'éclaboussait les joues.
Tout le monde s'est enfui, sauf moi, qui suis restée.
Il y avait une porte qui, d'une manière ou d'une autre, était la gueule d'un dragon.
Un tout petit garçon se tenait devant,
mais dès que la porte devint une gueule de dragon, il disparut.
Lorsque j'eus ce rêve, j'étais sûre que j'accoucherais d'un garçon.
Mais pour m'en assurer, j'ai été voir le grand lama Ulaan-Gegeen.
Il me fit cadeau d'une étoffe bénie, provenant d'un vêtement de Panchen Lama,
et me dit : "Ceci serait bon pour faire un chapeau de fille."
Je me mis alors à penser que j'aurais une fille.
[Et tel fut en effet le cas, CH & AH.]
Aujourd'hui, je pense que ce qui s'est passé, c'est que je devais avoir un garçon,
mais que le dragon l'a pris et l'a remplacé par un fœtus de fille. »



 

Rêver pour soi-même et les autres

 
Le concept du « rêve pour autrui » a quelquefois joué un rôle essentiel
dans l'histoire et l'historiographie mongoles.

Chacun rêve pour les gens de son entourage,
et lorsqu'il s'agit de personnages importants, le cercle en est d'autant plus large.
Les rêves des empereurs ou des grands lamas ont parfois été considérés
comme le présage d'événements concernant l'ensemble de la population,
à l'échelle nationale
(Sarkösi 1992).

Un article aussi court que celui-ci ne permet évidemment pas d'aborder
toutes les subtilités politiques liées au rêve dans l'histoire de l'Etat mongol ;
qu'il nous suffise de souligner à quel point les circonstances sociales de tels rêves,
du moins ces derniers temps, diffèrent de celles entourant les rêves des personnes ordinaires : l'empereur-lama, n'ayant aucune autorité supérieure qui puisse légitimer le savoir issu de ses rêves,
 le communique directement sous forme d'ordres ou d'épîtres.
 
Les chamanes, gurtam lamas et autres praticiens de l'occulte posent un autre cas de figure.
 Chez eux, le savoir acquis par le biais du rêve est accumulé, mémorisé et intériorisé
afin d'augmenter le pouvoir dont ils disposent pour œuvrer
au cœur même des forces et énergies régissant l'univers.

On en a un exemple avec Batu, de la ville de Tong Liao,
maître chi gong dès l'âge de vingt et un ans, réputé capable
de maîtriser l'électricité et de prédire l'avenir.
Batu passe sans conteste pour quelqu'un qui sait soigner
grâce aux pouvoirs des cieux, de la terre et des ancêtres,
 et ses séances de cure attirent la foule.

On rapporte que Batu acquit ses talents à l'âge de neuf ans, au cours d'un songe.
Il avait rêvé qu'il recevait un choc électrique.
La mère de son grand-père vint alors pour le mener le long du « bon chemin ».
 Le lendemain, il reçut en effet un choc bien réel :
« A l'époque, j'étais un petit garçon très calme, très faible.
Le lendemain, alors que je marchais le long de la route,
je me suis baissé pour toucher un fil qui pendait du haut d'un poteau.
On était au début du printemps, et il pleuvotait donc. Le fil était vivant,
et le choc que j'ai reçu m'a laissé assommé une demi-heure.
J'étais encore accroché au fil.
Quelqu'un est venu et l'a dégagé de moi avec un morceau de bois.
Depuis lors, je fais souvent d'étranges rencontres.
 La semaine dernière, je marchais de nuit et j'ai vu un trait de lumière rouge
qui longeait le tronc et les branches d'un arbre.
Parfois, je vois des images dans l'air, et des lumières,
des visions de dragons et de loups.
Parfois j'entends l'eau faire des bruits dans un bol,
et les gens normaux qui m'entourent peuvent alors l'entendre eux aussi. »
 
Selon Batu, c'est le rêve lui-même qui lui aurait directement procuré son pouvoir,
 ce qu'il explique par le fait qu'il était « prêt » :
il appartenait au clan impérial des Borjigin
et comptait bon nombre de guérisseurs parmi ses ancêtres des deux côtés,
dont le grand-père de sa mère.
Mais assez sur la question de tels rêves d'adeptes.

Notre ambition dans cet article était simplement d'élucider
la compréhension au quotidien de l'ontologie du rêve,
en tant que base sur laquelle reposent les constructions plus grandioses et ésotériques
des dirigeants et des adeptes.
 
Pour conclure, revenons-en à la nature de l'expérience onirique pour les gens ordinaires
et à l'entremise du rêveur.
 Contestant l'idée que le rêve doive être considéré comme un événement factice,
une perception illusoire, utilisable au mieux dans un contexte thérapeutique privé,
Foucault voyait en lui « une forme spécifique d'expérience ».

 Le rêve en tant que forme d'existence relève d'une théorie de la connaissance
qui le situe comme une manière d'être au monde,
 ce qui, pour Foucault, s'inscrit, de manière plus générale,
dans la structure préconceptuelle de l'intentionnalité humaine et la présence au monde.

 « Le rêve, comme toute expérience imaginaire, est un indice anthropologique de transcendance ;
et dans cette transcendance, il annonce à l'homme le monde en se faisant lui-même monde,
 et prenant lui-même les espèces de la lumière et du feu, de l'eau et de l'obscurité » .

Les brèves citations, détachées de l'explicitation des significations heideggeriennes
de termes tels que « transcendance »,
trahissent sans doute la pensée philosophique de Foucault.
Peut-être suffisent-elles, cependant, pour suggérer les affinités
 entre sa principale intuition et la manière dont les Mongols comprennent l'activité onirique :

 « Rêver n'est pas une autre façon de faire l'expérience d'un autre monde,
c'est pour le sujet qui rêve la manière radicale de faire l'expérience de son monde... » .
Bien que Foucault ne soit pas du tout sensible à la construction sociale du « monde »,
 telle qu'elle ressort des liens de proximité émotionnelle et d'identification
qui sous-tendent le « rêve pour autrui »,
on voit combien son idée est éclairante pour notre sujet.
 
Foucault écrit :
« Le monde onirique est un monde propre,
non pas en ce sens que l'expérience subjective y défie les normes de l'objectivité,
mais en ce sens qu'il se constitue sur le mode originaire du monde qui m'appartient
tout en m'annonçant ma propre solitude...
 
Le rêve dans sa transcendance, et par sa transcendance,
dévoile le mouvement originaire par lequel l'existence,
dans son irréductible solitude, se projette vers un monde
qui se constitue comme le lieu de son histoire... » .
 
Tel que nous l'entendons, cela signifie que le rêveur est transcendantalement
 ramené vers le monde, qu'il crée une nouvelle vision de soi dans l'espace ouvert par le rêve,
mais que cette arène est toujours un espace occupé (le monde),
même si le rêve semble ne concerner que lui.




Dans les récits des Mongols, l'acte même de rêver
ne constitue pas une expérience solitaire ;
on a pu relever que le rêveur se trouvait souvent accompagné d'un ami ou voisin
dont le sort pouvait être comparé avec le sien.
 Cela sert à définir le moment crucial du rêve, mais, en même temps,
cela crée un monde onirique habité, prélude au monde social,
y compris pour la plus solitaire des expériences, la mort.

Soit par exemple le rêve suivant, d'un homme de soixante-dix ans,
gravement malade, tel qu'il m'a été raconté par son fils :
 
« Père fit ce rêve au début de ce nouvel an.
Il était assis dans un chariot à bœufs
et menait un âne par la bride à travers les dunes de sable.
Il lui était très difficile de se déplacer.
Il y avait de hautes dunes de sable, ainsi que des vallées encaissées.
 Il peina beaucoup pour arriver au sommet d'une très haute dune.
Son ami Bököjilt apparut. Il y avait une rivière.
Bököjilt montait un cheval et il traversa la rivière.
Père essaya pendant un bon moment, d'abord sur le bœuf, puis sur l'âne.
Mais en fin de compte il n'a pas pu traverser la rivière. Il n'y avait pas moyen.
Il dut faire demi-tour, pataugeant péniblement dans les dunes instables.
A nouveau, il arriva au sommet.
Mais soudain il tomba – c'était terrible –, il hurla et se réveilla.
Une fois réveillé, il raconta le rêve à sa fille, et dit :
"Mon âme [süns] a quitté mon corps.
Il ne me reste au mieux que huit mois avant de mourir."
 Tu vois, les Mongols pensent qu'une personne peut survivre huit mois sans âme.
Père ne me raconta pas ce rêve, mais il en parla à ma mère,
qui l'a dit à ma femme, qui me l'a dit à moi.
J'ai envoyé de l'argent à mon neveu en lui demandant
d'emmener père voir le grand lama, Ulaan-Gegeen.
Après avoir entendu ce rêve,
Ulaan-Gegeen donna à mon père sept grosses pilules noires,
à prendre chaque soir. Cela a énormément aidé.
Mais quand même, mon père y pense toujours et continue à y croire. »
 
On voit ici dans quelle mesure un rêve,
dont tout le monde s'accorde pour dire
qu'il concerne principalement le destin du père,
affecte en même temps, avec force, l'ensemble de son entourage.
Cela ne s'explique pas seulement par des liens émotionnels,
ni encore par le fait qu'au sein d'une famille tous, même les ennemis,
dépendent à l'occasion les uns des autres ;
cela découle plutôt de la nature même de la conception mongole du rêve.

 On aurait tort de considérer l'image qui apparaît dans le rêve
 comme le filtre d'une chose donnée, de laquelle il ne serait qu'un substitut.

 L'existence de clefs des songes et d'interprétations conventionnelles
 ne doivent pas, à cet égard, nous induire en erreur.
 Nous avons vu que de telles clefs ne sont que des indicateurs évanescents et peu fiables
de ce qui se passe réellement derrière la scène onirique où ils apparaissent.

 L'image onirique se donne plutôt
 « comme la plénitude d'une présence » (Foucault ),
un événement au sein d'une série d'événements.

Récoltées, pourrait-on dire, par une « âme »,
les images oniriques semblent s'adresser à quelqu'un.
Le rêveur n'imagine pas automatiquement
en être soi-même le destinataire,
mais considère plutôt cette présence fatidique dans son esprit
comme un objet-événement indépendant,
en attendant que d'autres déterminent
quelle sera sa place dans le cours du monde.
.

Caroline Humphrey et A. Hürelbaatar



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