mardi 3 octobre 2017

A l'ombre de nos rêves...

Mercredi 4 octobre 2017


Le texte de Camille Melinand, ci-dessous, bien qu'il date de 1898, 
pose déjà de façon très claire le problème du rapport entre le réel et l'illusion 
et je suis complètement  en'accord avec la conclusion de l'auteure: 

il s'agit moins de conclure que "tout est illusion
( la Maya des Orientaux), 
ce qui pourrait nous mener à un certain fatalisme , 
voire à une déresponsabilisation...
que de comprendre que "tout est réel", 
qu'il n'y a au final, dans ce que nous vivons, que des "réalités", 
mais des réalités non permanentes...
et vécues sur différents plans ...

Ainsi, le rêve, dans bien des cas, n'est pas 
une fantasmagorie, une imagination futile et sans conséquence
ni même un "film" qu'on se passe devant les yeux pour en tirer du sens...
Le rêve est expérience, expérience réelle
et nous avons à le prendre au sérieux...
tout comme nous prenons au sérieux les actes 
et les événements de la vie courante.

Cela va à l'encontre du sens commun, 
mais il est peut-être temps de revoir
toutes nos notions concernant les oppositions 
entre le réel ou l'illusoire, 
l'imaginaire ou le concret,
le durable et le transitoire,
le vrai ou le faux...

Les figures que nous rencontrons dans nos aventures nocturnes 
revendiquent d'ailleurs parfois 
ce droit de ne pas être "réduits" à des fantômes sans consistance,
à des ombres sans contours...


Ceci apparaît très clairement dans un des rêves étudiés sur ce blog :
le "rêve du Persan" de Wolfgang Pauli.

Dans ce rêve, le rêveur, à un moment,
demande au Persan du rêve:
"- Êtes-vous mon ombre ?"
Et le Persan rétorque alors avec fermeté :
"- Je suis entre vous et la Lumière, 
donc VOUS êtes mon ombre 
et non l'inverse."

"Plus proche de la Lumière" signifie bien sûr 
"plus proche de ce qui est essentiel,
plus proche de la Source de toute chose."
Ainsi, la figure du Persan, 
présumée "ombre de Pauli", 
serait "plus proche de la Source" 
que la personnalité nommée " Wolfgang Pauli".
Notre réalité matérielle serait-elle , 
à bien y penser, plus éloignée de la Lumière, 
que notre réalité onirique ?
Le monde du rêve que nous jugeons futile 
siègerait-il "au-dessus" de notre réalité 
et non "en-dessous" 
comme nous avons tendance à le croire?
Serait-il "premier" ?

Pouvons-nous considérer une seconde que, quand nous rêvons, 
nous atteignons parfois à un monde
plus vrai, plus lumineux, plus "spirituel" 
que celui dans lequel nous vivons le jour ?

Le rêve est, comme le disait Jung, 
une "porte" qui ouvre vers notre nature véritable
et non pas un "résidu", un "sous-produit"
de notre activité consciente.

C'est le visible qui est "l'ombre" de l'invisible,
qui est secondaire par rapport à lui.
Le visible est créé par l'invisible, et non l'inverse.

Pauli est "second" par rapport au Persan.
Le physicien ne "crée" pas le personnage de son rêve, 
le Persan existe par lui-même et il le lui rappelle vertement :
"C'est VOUS qui êtes mon ombre".
Ce qui sous-entend, qu'étant plus proche du soleil,
il "projette" l'ombre "Pauli".
C'est bien le côté inconscient qui initie les choses,
et qui "dirige" plus ou moins la personne humaine,
qui, elle, ne fait que "suivre le mouvement", 
tout comme une ombre ordinaire
ne fait  que suivre les mouvements 
de celui qui "bouge" au soleil...

C'est là un renversement total de perspective (*) 
qui peut donner le vertige,
mais à bien y réfléchir,
nous sommes déjà familiarisés avec cette idée,
 car quelqu'un nous a déjà ouvert les yeux sur ce point :
Il s'agit du philosophe Platon
quand il nous conte le célèbre mythe de la caverne :

Ce que nous prenons pour "réel" , 
ce sont les ombres qui s'agitent devant nos yeux.
La "réalité première" est derrière nous, mais nous ne la percevons pas, 
car nous sommes enchaînés, prisonniers, et incapables de nous "retourner"
pour apercevoir l'origine véritable de ce que nous voyons.
Tout ce qui concerne la nature du réel
a été décrit, en son temps, dans cette simple allégorie...
Rien de nouveau sous le soleil... ;-)


Le rêve serait-il alors un moment de liberté...
où, pour un instant, nous nous libérons de nos chaînes
et, où, quittant nos oeillères du jour, 
nous retournons notre regard vers les "choses premières" ?

.
La Licorne
.

(*) Le même genre de "renversement de perspective"
peut être examiné tout à loisir
dans deux des rêves de Jung : "Les OVNI" et "Le yogi",
rêves qu'on peut lire ICI


Extrait de "Ma vie" de C.G. Jung :

Les deux rêves tendent au renversement total des rapports
entre la conscience du moi et l'inconscient,
pour faire de l'inconscient le créateur de la personne empirique.

Le renversement indique que, de l'avis de "l'autre côté en nous ",
notre existence inconsciente est l'existence réelle
et que notre monde conscient est une espèce d'illusion ou de réalité apparente
fabriquée en vue d'un certain but, un peu comme un rêve
qui, lui aussi, semble être la réalité tant qu'on s'y trouve plongé.
.


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