jeudi 21 septembre 2017

Les dimensions du rêve

Jeudi 21 septembre 2017

Le film d’Etienne Lalou et Igor Barrère donne à voir, à partir du corps
 — en particulier de la mobilité des yeux et du jeu expressif des mains —,
 combien était vivante et convaincante la façon d’écouter,
 de réfléchir, de penser d’Elie Humbert :
c’est l’être entier que la parole anime, corps, esprit, sentiment.

Et combien sa conception du rêve est originale, même s’il convient,
pour s’en rendre réellement compte, de compléter le peu qui est dit ici
 par ses conférences et ses articles postérieurs.

 Le film est passé à télévision en 1976.
Ses principaux articles sur le rêve datent de 78 (« L’expérience onirique ») ;
de 82 (« Le ‘discours’ du rêve ») ;
de 83 (« L’interprétation des rêves et leur contenu »
 et le chapitre qui leur est consacré dans son Jung) ;
et de 85 (« Les temps du rêve »).
Les premiers articles ont été regroupés par Viviane Thibaudier,
dans Ecrits sur Jung.

Le dernier fait partie des conférences publiées dans La dimension d’aimer.
Je vais revenir sur chacun de ces textes. 


Dans l’émission de Barrère et Lalou, qui s’adresse à un vaste public,
Elie Humbert oppose le rêve à la vie éveillée et à ses contraintes.
C’est l’« autre côté » qui apparaît dans le rêve.

Nous ne connaissons pas cet autre côté, remarque-t-il, mais il s’exprime,
 et ce n’est pas le même pour tous.
 Ce qui implique que l’interprétation se fasse à partir des « images privilégiées »
 et du vocabulaire onirique propres à chacun ;
elle doit être singulière « pour que, dit-il, chacun s’y reconnaisse ».

Car le but de l’interprétation, sa raison d’être dans la thérapie,
est essentiellement, d’ « amener le rêveur à entrer en rapport avec lui-même ».
 On est loin donc de cette interprétation-vérité que nous assénons à nos patients
pour tromper notre angoisse ou mieux asseoir notre pouvoir.

La position d’Elie Humbert, telle qu’elle ressort de cette interview,
est une position humble, infiniment respectueuse du patient
 et qui sait reconnaître  les limites et la suffisance
d’un moi qui adhère sans recul à son savoir
 et croit naïvement en son unité.

« Nous sommes plusieurs », répond-il à Etienne Lalou,
et si nous voulons faire croire que nous ne sommes qu'un
et nous fabriquer nous-mêmes avec une pseudo unité,
nous sommes désaccordés. »
 Il conclut, plus loin :« Notre psychisme dans son ensemble,
 en sait beaucoup plus que nous. »

Je suis frappé, en revoyant cette interview,
par la simplicité du vocabulaire qu’utilise Elie Humbert.
Bien sûr, le type de l’émission (son souci pédagogique,
les questions posées qui ne sont jamais pédantes), le pousse vers cette simplicité,
 mais elle est aussi un trait constant dans sa manière de parler des rêves.
  Cela tient au fait que le rêve, pour lui, n’est pas un objet.

S’il en était un, les concepts psychanalytiques
seraient opérants pour en rendre compte.
 Mais, comme il l’écrit, dans l’article intitulé « L’expérience onirique »,
 « Le rêve n’est pas seulement un matériau psychique perçu et mémorisé.
Rêver n’est pas seulement percevoir un rêve. »
Trop souvent, remarque-t-il, celui-ci est
 « confondu avec le statut qu’il prend dans le conscient au réveil ».
Or, le rêve est d’abord une expérience, il « est d’abord un vécu ».

 Nous sommes, dedans nos rêves, qui nous font vivre une vraie vie,
même si c’est une vie de l’« autre côté ».
(...)


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