mardi 8 août 2017

L'essence des rêves (1)

Mardi 8 août 2017
Article paru dans la revue "Le Disque vert"
consacré à Carl Gustav Jung (Bruxelles) 
1955
.

La Psychologie des Profondeurs et particulièrement la psychologie analytique de C. G. Jung 
ne peut pas être transmise par la lecture seule, par une voie purement intellectuelle.
L’expérience vécue, le choc analytique, est indispensable pour la comprendre vraiment. 
Un seul rêve interprété et assimilé en apprend plus 
sur l’essence même de cette psychologie 
que tous les livres et toutes les conférences.

Les temps sont révolus où l’on souriait à la science des rêves
Les mondes scientifique et religieux, à l ‘heure actuelle,
ont fini par prendre les rêves au sérieux. 
C’est un des grands mérites de Freud d’avoir redécouvert dans le rêve 
un élément révélateur des données les plus secrètes de l’âme humaine 
et d’avoir élaboré une technique valable pour les interpréter.

Les conceptions de Jung diffèrent de celles de Freud sur des points essentiels. 
Tandis que Freud voyait avant tout dans le rêve
un accomplissement de désirs refoulés 
en mettant l’accent sur la vie sexuelle et le « drame familial », 
Jung donne des interprétations plus riches et plus complexes.

Ses « amplifications » des motifs du rêve puisent dans le symbolisme universel. 
Il exige de l’analyste une connaissance solide de la mythologie,
du folklore et de l’histoire des religions 
qui lui permettent d’ajouter au sens personnel d’un symbole rêvé 
le sens collectif plus vaste qu’il peut posséder.

Il distingue les « petits rêves » qui sont proches du seuil du conscient 
et qui traitent des problèmes personnels du rêveur, 
et les « grands rêves » avec leurs symboles archétypiques. 
Ces rêves surgissent à des moments décisifs de la vie : 
première enfance, puberté, sommet de la vie, l’heure de la mort. 
Des symboles archétypiques se font jour également à certaines étapes d’un traitement analytique. 
Les archétypes ne sont pas des données venant de l’expérience personnelle du rêveur, 
mais des éléments universels qui appartiennent à l ‘humanité toute entière. 
Nous conservons dans les couches les plus profondes 
de l’inconscient la « mémoire du monde ».
(...)

Les rêves jouent un rôle complémentaire
par rapport au contenu du conscient : 
ils apportent les matériaux psychiques nécessaires
à la compréhension d’une situation ou d’un conflit 
et qui manquent à la compréhension consciente. 
Mais, une autre action est plus importante encore. 
Le rêve apporte une sorte de compensation à l’attitude unilatérale, 
exagérée, incomplète ou erronée du conscient. 
Plus la conception éthique et morale d’un individu est étroite, 
plus l’inconscient déborde d’images sensuelles et vicieuses. 
L’inconscient aspire à rétablir l’équilibre dérangé par la névrose 
ou par une attitude unilatérale et à créer l'harmonie de la personnalité 
et les associations libres qui s’y rattachent.

La première étape d’un traitement analytique est donc
la confession (purification, catharsis).
Au cours de cette première étape,
les contenus du conscient se révèlent successivement.

Ils sont nourris par les données inconscientes qu’apportent les rêves.
Cette confession continue au cours de tout le traitement, 
car le sujet relate à chaque séance ce qu’il a fait, pensé et senti dans l’intervalle. 
Il raconte en même temps les rêves des nuits passées.
Le lien entre sa vie consciente et inconsciente 
se produit donc d’une façon toute naturelle : 
à la vie diurne, consciente, se joint une vie nouvelle, nocturne, 
qui s’avère d’une richesse inouïe, d’une force inattendue 
et d’un dynamisme bouleversant.

Ce bouleversement se traduit dans les rêves par des images typiques : 
écroulement de la maison natale, catastrophe cosmique 
comme inondation, incendie, éruption volcanique. 
Le personnage extérieur, le masque social,
que Jung appelle la « persona », s’écroule.

A ce moment critique, une Hollandaise rêve 
que la Reine Wilhelmine est conduite au bûcher et brûlée solennellement. 
C’est la projection du personnage extérieur de la rêveuse même
sur la reine qui est détruite par le feu,
image archétypique de la connaissance.
Ce personnage extérieur était extrêmement rigide,
tout en cachant un tempérament passionné. 
Le rêve montre par l’image collective de la reine
la force et l’importance de cette « persona ».

Très souvent, au début d’une analyse, l’analysé se sert de véhicules
auto, bateau, carrosse, train, tramway, pour se mettre en route. 
La décision de quitter l’état actuel et de chercher une nouvelle voie est ainsi représentée.

Un autre symbole typique pour ce stade d’évolution est la traversée d’un fleuve, l
le passage par des porches, des portes, des tunnels. 
C’est l’illustration de la transition d’un état psychique à un autre.

La descente dans des caves, des grottes et des cavernes ou dans le métro 
exprime la descente dans l’inconscient. 
Ce sont également des images caractéristiques de cette étape.
Beaucoup de personnes se voient en chemise, sans souliers, 
dans des situations pénibles et honteuses
qui expriment ainsi leur incertitude à ce moment d’évolution.

Nous voyons que le rêve dramatise d’une façon imagée et mouvementée 
les sentiments et les pensées du rêveur ; souvent il y ajoute des éléments 
qui dépassent d’une façon étonnante tout ce que le rêveur a pu concevoir.

Jung a tenu compte plus que tout autre
de la différence structurale des psychismes masculin et féminin
Cette différence se montre clairement dans le processus évolutif.
Au début, l’évolution chez les deux sexes a une certaine ressemblance.

Le sujet est submergé par des rêves pénibles, par des images de son ombre
Toutes les expériences désagréables de la vie,
tout ce qui est refoulé et non admis par le conscient 
est condensé dans les rêves dans des personnages particuliers : 
mendiants, prisonniers, geôliers, etc., 
chez les hommes, prostituées ou méchantes femmes de chambre, 
maîtresses d’écoles détestées, etc., chez les femmes.

L’ombre de la personne qui rêve est du même sexe que le rêveur.
Ces apparitions de l’ombre continuent dans les suites de rêves 
parfois pendant des mois et des années, 
même quand de grands symboles archétypiques ont surgi. 
Ces apparitions prouvent que des restes psychiques infantiles 
ne sont pas transformés et assimilés ou conscient. 
Car c’est une lourde tâche d’accepter de n’être pas seulement 
une personne consciente et civilisée, mais aussi un être primitif et destructeur.

Cette expérience faite, des images d’un autre ordre apparaissent.
A ce moment, la différence structurale
 entre les psychismes masculin et féminin devient évidente. 
Il s’agit alors du grand problème « Anima – Animus »
de la féminité inconsciente dans l’homme et de la masculinité inconsciente chez la femme. 
Je n’ai jamais suivi une évolution où l’expérience de l’image de l’âme, 
Anima – Animus, n’ait pas été de la plus grande importance.

Jung a spécialement développé ses notions sur l’image de l’âme, 
dans son livre Le Moi et l’Inconscient. (*)
Ses conceptions sont le fruit d’une longue expérience dans sa pratique analytique. 
Car la projection de l’image de l’âme sur l’analyste joue également un grand rôle
 entre analyste et analysé et fait partie du stade évolutif 
qui suit la confession, la « mise en lumière ».

La dissolution de ce « transfert affectif » sur l’analyste 
et la réintégration de l’image de l’âme dans le psychisme du sujet 
est une des tâches essentielles de cette étape. 

Enfin, l’analysé passe à la réalisation de ses expériences
et à la « métamorphose », 
dernier échelon sur ce long chemin évolutif.
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(*) Livre renommé plus tard
"Dialectique du Moi et de l'inconscient"
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