jeudi 13 juillet 2017

Recouvrer son âme

Jeudi 13 juillet 2017


Dans le chamanisme, tout n’est finalement qu’une histoire d’âme :
lorsque celle-ci est bien ancrée dans le corps,
qu’elle est unifiée et présente dans la réalité matérielle,
 l’individu est en pleine possession de ses moyens
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Il est alors protégé de la maladie, de la souffrance et de la peur,
 et ressent la connexion intime qui le relie au sens de l’existence
 et lui permet d’exprimer librement sa créativité et son enthousiasme.
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 Il est dans « l’état de grâce »,
 pour reprendre l’expression de la psychologue américaine
Sandra Ingerman, spécialiste du recouvrement d’âme
et auteur de Soul Retrieval (Recouvrer son âme),
l’ouvrage de référence sur cette pratique.
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Il arrive cependant que l’âme ne soit pas complètement présente dans le corps
et que l’être souffre de son absence
il lui manque ou il a perdu « quelque chose
et ce sera au chamane, « l’appeleur d’âmes
de partir à la recherche de ce supplément d’âme qui lui fait défaut,
et de le lui restituer.
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Alors que dans les cultures traditionnelles,
 la perte de l’âme a dans la plupart des cas des causes surnaturelles
 (esprits possessifs, sorcellerie, etc.),
Sandra Ingerman explique que
« de nos jours, [elle] est souvent due à des traumatismes
 comme l’inceste, les abus sexuels, la perte d’un être aimé,
la chirurgie, un accident, une maladie, une fausse couche,
 un avortement, le stress du combat
ou encore les toxicodépendances. »
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 Confrontée à la douleur ou à un choc, l’âme se morcelle
et certains de ses « fragments » retournent dans la réalité non ordinaire,
 -du temps, de l’espace, de la souffrance et de la douleur.
Autrement dit, des parties de l’âme s’échappent du corps
et vont se ressourcer dans leur berceau spirituel
loin des aléas de l’existence matérielle.
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Cependant, la perte de l’âme n’est pas uniquement
par des événements traumatisants,
et le seul fait de venir prendre forme dans un corps humain
peut suffire à provoquer un morcellement de l’âme
Elle peut avoir des difficultés à assumer d’avoir pris forme dans la matière,
acte courageux s’il en est.
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Initiation et incarnation

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Dans la plupart des cultures traditionnelles, les rites de passage et les initiations
sont autant de manières de renforcer le lien à l’âme,
 ou d’en récupérer des morceaux qui seraient partis en vagabondage.
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 Pour prendre un exemple classique,
lorsque l’individu ritualise son passage à l’âge adulte,
 il intègre son âme d’adulte, qui vient en quelque sorte compléter son âme d’enfant.
 Inutile de préciser que dans ces cultures, les rites de passage sont
les moments les plus importants de la vie de l’individu,
parce que c’est par leur intermédiaire que ce dernier se définit
en tant qu’être incarné dans un corps,
qu’il prend sa place dans le groupe social.
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 Comme l’a si bien dit l’anthropologue Pierre-Yves Albrecht lors d’une conférence
à laquelle j’ai eu le plaisir d’assister au forum du GRETT,
 « nous vivons pour être initiés ».
Cela signifie qu’au-delà de nos préoccupations triviales et « terrestres »,
 nous vivons avant tout pour intégrer notre âme, pour l’incarner pleinement.
 Dans la société moderne, il semblerait que nous ayons cruellement besoin de retrouver nos âmes,
 ne serait-ce que parce que nous les avons délaissées en cessant de croire en elles.
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Il est d’autant plus intéressant d’observer que dans les symptômes classiques de la perte de l’âme,
 il y a le fait d’être sans cesse en quête de quelque chose, d’être insatisfait,
de consommer aveuglément pour chercher à remplir un vide.
 Selon cette grille de lecture chamanique, la société de consommation
 serait la résultante d’un manque d’âme généralisé.
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Un travail d’orfèvre

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Pour accomplir un recouvrement d’âme,
le chamane va entreprendre un voyage chamanique
 durant lequel ses esprits alliés le conduiront là où se trouve
 le bout d’âme qui s’est réfugié dans l’autre monde .
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 Dans certains cas, il se rendra dans le passé de son client
 et percevra les circonstances qui ont provoqué la fuite de son âme,
 alors que dans d’autres cas, il voyagera dans des mondes très éloignés de la réalité tangible
 qui ne lui seront perceptibles que par pure abstraction.
Dans tous les cas, le chamane fera en sorte de retrouver l’âme de son client,
 qu’il pourra ensuite ramener dans la réalité ordinaire
et ancrer dans le corps de celui-ci, par exemple en l’insufflant dans son coeur.
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Cette approche du recouvrement d’âme est largement pratiquée aujourd’hui
 dans le cadre du chamanisme moderne.
Décrite ainsi sommairement, cette technique peut sembler
relativement simple à mettre en oeuvre,
mais elle demande cependant une certaine expérience de la part du chamane praticien,
car le travail sur l’âme est un travail d’orfèvre.
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 On ne « joue » pas avec le recouvrement d’âme,
parce qu’il met le praticien en contact avec l’intimité la plus profonde
de la personne pour laquelle il travaille.
Une fois que l’âme a été récupérée par le chamane,
c’est ensuite au tour du client d’entreprendre un travail d’intégration – ou d’incarnation –,
qui peut prendre des semaines, des mois, voire des années à mûrir.
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 Car l’âme qui est de retour a soif de nature, de beauté et de joie de vivre,
et elle demande que l’on s’occupe d’elle.
Cela peut parfois signifier entreprendre de grands changements dans sa manière de vivre
 – autrement dit, mettre plus d’âme dans sa vie.
Mais avant tout, il s’agit d’apprendre à être soi-même,
car être soi-même est l’expression la plus simple et directe de l’âme.
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