dimanche 22 janvier 2017

Individuation (4) : Dimension mythique

Dimanche 22 janvier 2017


La psychanalyse qualifie généralement de fantasmes 
les images surgissant de l'inconscient et dépassant le cadre du réel ; 
dragons, sorcières ou divinités seraient des produits de notre imagination fantasmatique 
qui nourrit ainsi de produits de remplacement illusoires les instincts frustrés du sujet. 
Ainsi l'analyse cherche-telle à détruire le fantasme qui, semble-t-il, 
fait obstacle à la fonction du réel.


C'est sur ce point que Jung se sépare tout à fait du point de vue freudien, 
en proposant la notion d'archétype 
pour étudier le sens et la fonction des images "fantasmatiques".

Qu'une personne qui a eu une mauvaise mère et le sait 
vienne à créer inconsciemment l'image d'une mère idéale, 
d'une personnalité secourable, sorte de fée-marraine protectrice -, 
elle reçoit ainsi de son inconscient l'énergie maternelle secourable 
qu'elle ne peut attendre de sa mère. 
Que cette image s'élargisse jusqu' à une symbolique divine de la Mère céleste 
ou de la déesse-mère initiatrice des mystères, elle peut alors, grâce à cet archétype, 
mobiliser l'énergie correspondante qu'elle n'a pas reçue 
de l'être humain limité qu'était sa mère. 
Est-ce une illusion, un fantasme ou une fonction psychique réparatrice 
qui tend à restaurer l'individualité ?


Ce passage dans la dimension mythique n'est pas toujours accepté intellectuellement; 
il se trouve alors rejeté comme illusoire 
et les dynamismes qui auraient pu être examinés restent lettre morte. 
Quand un individu peut faire confiance à cette réalité mythique qui relève d'un autre domaine, 
d'une autre dimension que l'univers factuel et rationnel jusque-là exploré, 
le travail psychologique se trouve réalimenté d'une nouvelle énergie.

Accueillir cette dimension ne dispense cependant pas d'une analyse critique 
qui vise à comprendre et à intégrer les images mythologiques qui se proposent, 
afin de les faire passer du "ciel", où elles résident  hors d'atteinte sur la "terre" 
-c'est-à-dire dans la vie pratique de la personne.


Cette démarche consiste en particulier à accueillir les rêves et les produits imaginatifs 
en les reliant par amplification aux différents motifs mythiques qu'ils évoquent.
Cela permet d'abord à l'individu de découvrir qu'il n'est pas irrémédiablement isolé 
dans son aventure familiale et affective, mais qu'il a des liens avec l'humanité; 
il pourra ensuite élargir son univers psychique en transférant 
sur des figures mythiques ou cosmologiques ses relations parentales 
et devenir ainsi fils du ciel-père et de la terre-mère et frère des hommes. 

C'est à cette découverte et à cette rupture avec le noyau familial 
que visaient aussi les initiations de l'adolescence dans les diverses civilisations. 
Ce qui résulte du travail sur ce plan peut avoir pour certains 
une formulation religieuse ou mystique, 
pour d'autres une formulation philosophique, peu importe...

Grâce à ce travail, l'individu est entré dans un univers plus vaste
a quitté définitivement le noyau familial et ses critères d'enfance 
et découvert son appartenance à l'univers et à l'humanité.
.

Marie-Claire Dolghin
"Les saisons de l'âme"
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2 commentaires:

  1. Une pensée claire, logique et convaincante ; clairement exprimée par...Marie-Claire. J’en lirais volontiers davantage.

    Merci pour cette présentation de l’ouvrage et de l’auteure.

    Amezeg

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    Réponses
    1. C'est un excellent livre, en effet...que j'aime tout particulièrement. La symbolique des saisons me parle beaucoup.

      Mais je vais m'arrêter là (j'ai déjà recopié une bonne partie du chapitre...et je ne veux pas en divulguer trop...)

      Le sous-titre, c'est "Des labours aux moissons -l'analyse jungienne des contes de fée)

      Très belle journée à toi ! :-)

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