samedi 21 octobre 2017

Le rêve lucide dans l'histoire

 
 
 
Le rêve lucide dans la culture occidentale
De l'Antiquité à l'époque moderne

Durant l'Antiquité grecque, le rêve lucide apparaît comme un phénomène
 doté d'une certaine assise culturelle, du moins dans l'imaginaire :
Homère met en scène des rêveurs qui se savent en train de dormir.
Aristote fait la première mention explicite du phénomène du rêve lucide
en stipulant qu'un rêveur peut être conscient de rêver .
 
Il faut attendre le Moyen Âge pour obtenir,
grâce à une lettre de saint Augustin d'Hippone en 415,
le premier récit d'un rêve lucide, un rêve du médecin Gennadius.
Au XIIIe siècle, saint Thomas d'Aquin
propose une explication au rêve lucide.
Il remarque que le phénomène est plus courant vers la fin du sommeil .
 
Du XIVe siècle au XVIe siècle, les témoignages semblent manquer.
Toutefois on est en droit de se demander avec Christian Bouchet
si certains rêves singuliers des benandanti du Frioul vers la fin du XVIe siècle
(et des kresniki en Istrie, Slovénie et Croatie au XVIIe siècle)
 ne sont pas des rêves lucides.
Ces rêves comportent des caractéristiques
fréquemment retrouvées à la proximité de la lucidité,
comme les faux-éveils, le sentiment de quitter son corps,
de se métamorphoser ou de voler dans l'espace .
 
Le troisième des trois fameux songes que fit René Descartes
 dans la nuit du 10 au 11 novembre 1619 est un rêve lucide .
 Le philosophe anglais Thomas Reid mentionne dans une lettre datant de 1779
 le fait d'avoir induit volontairement un rêve lucide à l'âge de quatorze ans .
 
 
L'époque contemporaine
 
Au XIXe siècle siècle, l'écrivain romantique Jean Paul
et le philosophe Friedrich Nietzsche signalèrent dans leurs écrits
 qu'ils se savaient parfois rêver.
Toutefois, les allusions au rêve lucide restent jusqu'alors succinctes.
 
La première recherche sérieuse sur les rêves lucides
est publiée de manière anonyme en 1867
par le sinologue Léon d'Hervey de Saint-Denys.
Dans Les Rêves et les moyens de les diriger,
ouvrage qui résume plus de vingt années de ses recherches sur les rêves,
il est la première personne à soutenir qu'il est possible d'apprendre à rêver consciemment.

Frederik van Eeden et Léon d'Hervey de Saint-Denys,
deux pionniers du rêve lucide.
Un chapitre du livre s'intitule « Les rêves lucides ».
Hervey de Saint-Denys n'utilise pas l'expression dans l'acception actuelle.
 Ce chapitre regroupe en effet indifféremment des rêves
 où apparaît la conscience de rêver, des rêves vifs et des rêves programmés.
 
C'est en 1913 que le psychiatre et poète néerlandais Frederik van Eeden
introduit l'expression « rêve lucide » dans le sens que nous connaissons.
Son article A Study of Dreams,
 publié dans les Proceedings of the Society for Psychical Research,
récapitule les constatations ssues de rêves consignés durant de nombreuses années,
parmi lesquels trois-cent cinquante deux rêves lucides.

Ces publications attirent l'attention des chercheurs.
Sigmund Freud accepte la possibilité d'une conscience  et d'un libre-arbitre dans le rêve
et mentionne brièvement le travail d'Hervey de Saint-Denys
dans la seconde édition de L'Interprétation des rêves.
 
Sándor Ferenczi consacre à ce sujet le bref article Rêves orientables.
Tous deux admettent que l'on peut modifier volontairement le contenu du rêve
et ils estiment que le rêve lucide permet de prouver
que l'objectif du rêve est la satisfaction des désirs .

Néanmoins le concept de « rêve conscient » demeure un paradoxe
aux yeux de la majeure partie de la communauté scientifique.
 
De la même façon qu'Alfred Maury rejeta au siècle précédent
les observations du marquis d'Hervey en affirmant que « ces rêves ne sont pas des rêves »,
l'influent Havelock Ellis exclut la possibilité d'être conscient dans le sommeil.
Pour le philosophe Norman Malcolm, « le fait d'avoir une expérience consciente,
 de quelque nature qu'elle soit, n'est pas ce qu'on appelle dormir » .

Ainsi, malgré de nombreuses publications
comme celles du biologiste Yves Delage en 1920,
 de Mary Arnold-Forster en 1921, du philosophe russe Ouspensky en 1931,
 de Celia Green en 1968, de Charles Tart en 1969
qui réédite l'article de van Eeden dans Altered States of Consciousness,
de Patricia Garfield en 1974,
 l'attitude de la communauté scientifique vis-à-vis du rêve lucide reste sceptique.
En 1973, Schwartz et Lefebvre suggèrent que ce phénomène survient
non durant le sommeil, mais lors de micro-éveils.
(...)
 
(Il faudra attendre les années 1970-1980
pour obtenir des preuves scientifiques
de l'existence des rêves lucides)
 
Article complet ICI