jeudi 17 août 2017

Vie consciente, rêves lucides

Jeudi 17 août 2017
 
Auteur du premier livre paru en français sur les rêves lucides 
- Vivre ses rêves, en 1983 - 
Olivier Clerc explique ici son cheminement vers la lucidité en rêve.


Vers l'âge de 18 ans, en 1980, j'étais obsédé par la question de la mort. 
Y avait-il ou non une vie après la mort ? 
L'âme, la conscience, survivait-elle au corps physique ? 
Ma religion catholique d’origine promettait une vie éternelle. 
Le bouddhisme que j'avais découvert à 16 ans parlait, lui, de réincarnation. 
Mais je ne pouvais me satisfaire de croire les uns ou les autres. 
Je voulais une connaissance de première main sur ces questions essentielles. 
Comment aller de l’autre côté… s’il existait ?

Après avoir entendu parler de « voyage astral »
ou sortie hors du corps (OBE, en anglais), 
un phénomène au cours duquel la conscience se détache du corps 
et parvient à voyager dans ce monde et d'autres, 
je me suis efforcé durant des mois de sortir de mon corps. 
Les résultats furent pratiquement nuls, à part deux brèves sorties.

La première se produisit deux jours avant Noël, 
alors que je me trouvais dans un chalet, dans une station de ski du Valais. 
En plein milieu de la nuit, sans avertissement, je me suis réveillé… collé contre le plafond ! 
J’en distinguais clairement les planches de bois et, 
surpris par cette perspective inattendue, je me suis retourné… 
et me suis vu endormi dans mon lit, 2 mètres plus bas ! 
Malgré la connaissance que j’avais de cette expérience 
et l’envie qui m’animait d’enfin la vivre, je fus si surpris – choqué, presque – 
de me retrouver en pareille posture que je m’éveillai aussitôt, 
à la fois heureux et frustré.

Quelques mois plus tard, je fis une seconde brève sortie le matin, peu avant mon réveil. 
Je me réveillai dans mon double, dont je discernais clairement la couleur étrangement bleutée. 
J’étais dans une curieuse position, le corps relevé à 45° environ de la position allongée, 
avec les pieds de mon double au niveau de mes pieds physiques 
et la tête environ 1m au-dessus de ma tête physique. 
J’essayai vainement de bouger, sans crainte cette fois, 
mais finis par me réveiller dans mon corps physique.

Ces deux sorties, bien que courtes et peu actives, 
furent suffisamment marquantes pour me donner envie de poursuivre mes investigations. 
C'est alors qu'un ami m'indiqua que la meilleure manière de sortir de son corps 
consistait à devenir conscient dans ses rêves
J'ignorais qu'une telle chose était possible.
Il me parla du fameux livre d'Hervey de Saint-Denis, 
Les rêves et les moyens de les diriger, paru en 1867, 
qui demeure à ce jour l'un des ouvrages de référence sur ce sujet. 
Par chance, il avait été réédité par Tchou et je pus me le procurer. 
Je découvris aussi Creative Dreaming, de Patricia Garfield, 
premier livre moderne à reparler du rêve lucide, 
traduit ultérieurement sous le titre de La créativité onirique.

En utilisant les méthodes préconisées par Hervey de Saint-Denis et Garfield
je parvins à avoir trois à quatre rêves lucides par mois, 
résultat que je jugeais insuffisant par rapport aux efforts mis en oeuvre. 
En effet, je ne perdais pas de vue mon objectif premier - sortir de mon corps - 
qui nécessitait une grande maîtrise du rêve lucide, 
difficile à atteindre à ce rythme-là.

À force de chercher comment augmenter la fréquence de mes rêves lucides, 
j'ai eu un jour une révélation aussi simple que déterminante. 
Il m'est clairement apparu que si je voulais devenir plus conscient dans ma vie nocturne, 
il fallait tout simplement que je commence par l'être bien davantage
dans mon existence diurne. 

En effet, nos moments de pleine conscience, dans la journée, sont peu nombreux. 
Nous sommes continuellement absorbés par des activités 
dans lesquelles la conscience que nous avons de nous-mêmes, de notre environnement, 
des choix à notre disposition, de notre libre arbitre, est finalement très réduite. 
Nous avons rarement conscience d'être conscients, 
bien que la soi-conscience soit précisément ce qui distingue l'homme des animaux. 
A défaut de faire un effort délibéré dans ce sens, 
notre conscience opère le plus souvent en pilote automatique.

J'ai donc pris la décision de mettre tout en oeuvre 
pour augmenter mon niveau de conscience dans la journée, 
partant du principe que plus ma vie éveillée serait consciente, 
plus il y avait de chance que mes rêves soient lucides. 
L'idée qui m'est venue pour favoriser une telle augmentation de conscience 
était d'une simplicité déconcertante, 
mais elle s'est néanmoins révélée d'une efficacité plus que probante, 
apportant des résultats qui dépassèrent largement mes espérances.

Je me suis simplement écrit en gros la lettre « C », comme conscient, 
sur le dos de la main gauche, en prenant la résolution 
de marquer une pause de conscience chaque fois que je la verrais… 
c’est-à-dire très souvent dans la journée. 
Ces multiples pauses de conscience consistaient pour moi à prendre acte 
du lieu où j’étais, du fait que j’étais vivant, conscient, 
libre de choisir où aller, que faire, quoi penser. 
J’extrayais momentanément ma conscience de l’activité qui l’accaparaît 
pour la dilater dans le temps (conscience du passé, du présent, du futur)
et dans l’espace (conscience du lieu, de la ville, du pays).

Tout cela ne durait que quelques secondes, chaque fois.
Mais la répétition de ces bouffées de conscience a fini par développer en moi 
une sorte de « rythme de conscience », 
alternant des moments d’investissement et de concentration dans une activité 
avec de moments de détachement et d’ouverture, de dilatation de la conscience.

Il ne m’a pas fallu une semaine avant que, spontanément, 
je me mette à faire des pauses de conscience… au beau milieu de mes rêves ! 
Sitôt que ma conscience se dilatait, je me rendais compte que je rêvais 
et je pouvais alors orienter mon rêve lucide comme bon me semblait. 
Ma fréquence de rêves lucides est ainsi passée de 3-4 par mois 
à 3-4 par semaine, voire davantage.

Cette multiplication de mes rêves lucides m’a ainsi permis d’apprendre 
à les faire durer plus longtemps, à éviter leurs pièges (notamment le faux réveil), 
à multiplier les expériences…
 sans pour autant arriver à sortir plus souvent de mon corps, 
ce qui était ma motivation première. 
Le rêve lucide s’est rapidement avéré suffisamment passionnant en soi 
pour que je me désintéresse des sorties hors du corps, 
visiblement beaucoup plus difficiles à réussir (pour moi, du moins).
Mais surtout, la méthode toute simple que j’avais inventée 
a changé ma qualité de vie à tous les niveaux. 
J’ai pris l’habitude d’insuffler de la conscience dans tout ce que je faisais, 
pratiquement partout et tout le temps. 
De même que l’apparition de la conscience en rêve se double 
d’une intensification spectaculaire des couleurs, des sons, des sensations, 
le fait d’instiller de la conscience dans les moindres faits et gestes de la vie éveillée 
lui fait acquérir une qualité insoupçonnée, 
comme j’en trouvai par la suite des descriptions dans divers ouvrages consacrés à ce sujet. 
Le rêve lucide se révélait finalement un bénéfice secondaire 
d’une méthode qui avait avant tout pour avantage de donner 
plus de relief et d’intensité à toute mon existence.

Le développement de la conscience est d’ailleurs 
devenu le fil rouge de ma vie, depuis 27 ans.
 Tous les ouvrages que j’ai écrits traitent en effet de cela : 
Vivre ses rêves (Hélios, 1983) de la conscience en rêve ; 
L’océan intérieur (Soleil, 1985) de la conscience libérée du corps, 
grâce aux caissons d’isolation sensorielle ; 
Médecine, religion et peur (Jouvence, 1998)1 rend conscient le champ religieux 
qui influence à son insu la médecine moderne ; 
Le tigre et l’araignée, les deux visages de la violence (Jouvence, 2004)2 
fait prendre conscience de la face cachée de la violence (l’araignée) 
qui interagit étroitement avec la violence visible (le tigre) ; 
quant à La grenouille qui ne savait pas qu’elle était cuite (JC Lattès, 2005), 
il présente de nombreuses métaphores favorisant la prise de conscience 
des lents changements qui échappent à une conscience insuffisamment exercée, 
ou des phénomènes subtils et invisibles 
qui ont un impact pourtant déterminant sur notre vie concrète.

L’entraînement et le développement de la conscience 
sont l’un des points communs 
de toutes les pratiques spirituelles : 
conscience de soi, conscience du corps, 
conscience du langage, conscience de ses pensées,
de ses émotions, d’autrui, etc.

Au-delà de tout dogme, toute doctrine, toute idéologie, 
l’élargissement et l’accroissement de la conscience doivent donc être considérés 
comme un comportement fondateur de notre statut d’humain 
et comme un moteur indispensable à notre évolution.

La pratique du rêve lucide peut tout à fait s’inscrire dans cette démarche plus globale 
du développement de la conscience, comme l’enseignaient 
les Tibétains, les Toltèques et bien d’autres !
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mercredi 16 août 2017

Rêves et lucidité

Mercredi 16 août 2017

Un rêve lucide est un rêve durant lequel le rêveur 
a conscience d’être en train de rêver.
Cette extraordinaire capacité lui permet d’interagir avec le rêve 
en toute conscience, de l’explorer, le modeler, 
et d’y vivre les aventures les plus folles.
Ce phénomène a été prouvé scientifiquement,
notamment par Stephen Laberge.
 En interagissant en toute conscience avec ses rêves, 
le rêveur peut déverrouiller 
toute la puissance et la créativité de son inconscient. 
Sa seule limite devient son imagination !


Stephen Laberge étudia les rêves lucides 
pour sa thèse de doctorat en psychophysiologie 
à l’Université de Stanford, en 1980.

Voici un bref résumé de ces expériences.
En état de sommeil paradoxal, celui où se produit la majorité des rêves, 
les muscles sont paralysés sauf ceux des yeux, de la respiration et de la circulation. 
On note de rapides mouvements des yeux (MOR pour mouvement oculaire rapide). 
Ces mouvements des yeux reflètent les mouvements des yeux oniriques du corps de rêve.

Partant de cette base, Stephen Laberge a suivi en laboratoire pendant leur sommeil 
des rêveurs lucides expérimentés. 
Il leur a demandé d’effectuer des mouvements des yeux prédéterminés 
lorsqu’ils avaient un rêve lucide. 
Ces mouvements enregistrés à l’aide d’un polysomnographe 
ont définitivement prouvé l’existence des rêves lucides.

Diverses études additionnelles ont également prouvé que le rêveur lucide 
pouvait modifier son rythme respiratoire 
en modifiant le rythme respiratoire de son corps onirique. 
De plus, lors de ces études, l’estimation de l’écoulement temporel dans le monde onirique 
ressemblait étroitement à celui de la réalité. 

Le rêveur lucide semble aussi avoir un léger contrôle sur ses muscles squelettiques. 
Bien que les muscles du squelette soient paralysés durant le sommeil paradoxal, 
d’infimes contractions musculaires ont été relevées 
correspondant à des mouvements de contraction prédéterminés des extrémités du corps onirique.
Stephen Laberge publia le premier article scientifique démontrant l’existence du rêve lucide, 
sortant ainsi le rêve lucide du monde ésotérique du paranormal.

En 1987 il fonda le lucidity institute 
pour promouvoir le rêve lucide auprès du grand public.
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Article du site Attrape-songes
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mardi 15 août 2017

Visions

  Mardi 15 août 2017

Avez-vous déjà été éveillé mystérieusement à 3h du matin
par un rêve tellement prenant qu'il vous fait pleurer,
 ou qui vous laisse dans un état de stupeur ?
Dans ce cas, vous avez probablement eu une vision.
(...)
Les visions diffèrent des rêves ordinaires
 parce qu'elles donnent une vue d'ensemble sur votre vie
 ou vous montrent quelle est votre place
dans le système plus vaste de la planète.
Les visions peuvent révéler  des images du monde futur
pour vous permettre de vivre plus consciemment aujourd'hui
 ou vous préparer à aborder une nouvelle partie du but de votre vie,
 qui peut être de servir les autres.

Certaines visions vous poussent à voir plus grand,
 à vous sentir éternel et unifié avec le reste de la vie

 Les visions vous font dépasser vos préoccupations
-pour vous intéresser à l'humanité ou à la planète.
 Par exemple, Guillaume fait ce rêve :
On me montre un réseau qui encercle la terre
et j'apprends que c'est un moyen par lequel nous
- tout le monde sur terre- pouvons accéder à n'importe quelle information
 relative à notre bien-être collectif.
C'est comme une aura d'énergie qui n'est pas affectée par le temps linéaire,
 et qui, de ce fait, inclut toutes les connaissances passées, présentes et futures.

Certaines visions vous poussent à avoir la foi.
Marina rêve :
Je m'éveille brusquement et je vois mes frère et sœur jumeaux,
 qui sont morts à l'âge de neuf ans, debout au pied de mon lit.
 Ils sourient et me semblent resplendissants.
 Ils disent que je peux venir jouer avec eux,
et je sais qu'ils veulent dire que je peux le faire par la méditation.
Ma sœur lève rapidement la main juste à la hauteur de sa tête,
indiquant le niveau de quelque chose, et je sais maintenant
 que je peux les voir parce que mon niveau d'énergie vibre à la même fréquence,
et que je peux refaire la même chose à tout moment.

Quand Marina sort de son état second, hypnagogique,
les images se dissolvent, mais il lui reste une sensation très forte
 de la réalité de l'autre monde et du maintien de sa connexion
avec ses frère et sœur.

Certaines visions sèment des graines dans votre subconscient
qui y demeurent toutes les années à venir,
vous rappelant une vérité importante.
Certaines de ces visions se produisent tôt dans la vie- même dans l'enfance.
 Pierre avait dix an quand il fit ce qu'il pensait être un cauchemar :
Je suis loin dans l'espace, observant une "pièce" avec des murs invisibles
 et un sol couvert de grands carreaux blancs et noirs comme un damier.
 Je sais qu'il y a des gens dans la pièce mais je ne peux pas les voir.
Il y a des "portes" dans le murs invisibles
 et des bouteilles de lait ont été livrées et placées à l'extérieur par un laitier.
 Tandis que j'observe, la "pièce" commence à s'éloigner de moi,
je suis de plus en plus loin dans l'espace,
 jusqu'à ce que j'aie tellement peur
 que je m'éveille en pleurant.
Pierre a fait ce même rêve à diverses reprises pendant un an ou deux
sans comprendre ce qu'il voulait dire.
Cependant, il a eu de moins en mois peur de cette sensation d'éloignement.
 Quand nous en avons parlé, je lui ai suggéré qu'il déplaçait a conscience
de la zone mentale inférieure (les structures et les croyances mentales
 -la pièce carrée, le sol noir et blanc représentant la dualité)
vers la zone mentale supérieure, plus abstraite et superconsciente
 (la sensation d'éloignement et d'expansion),
qui ont pu l'effrayer parce qu'il n'était encore qu'un enfant.
Le symbole du lait (le réconfort) visait à l'assurer
qu'il pourrait toujours revenir à la zone émotionnelle, où il se sent plus à l'aise.
Pierre a étudié le bouddhisme, le yoga, et d'autres disciplines spirituelles.
 Peut-être se préparait-il, très tôt dans sa vie, à étendre son esprit ?

Certaines visions révèlent des aspects du travail de votre vie.
Vers l'âge de 25 ans, alors que je commençais à prendre au sérieux mon cheminement spirituel,
 j'ai eu cette première vision :
Je flotte au-dessus du toit d'une maison, regardant dans le jardin,
qui est entouré de tous côtés d'une forêt interminable.
Je vois des rangées de petites personnes, comme des bébés emmaillotés,
collées sur un bac de goudron, et serrées comme des sardines.
 Ces "bébés sur le goudron" remuent les lèvres
 et appellent silencieusement "au secours, au secours".
Je pense  que je dois descendre et les sortir du goudron.
 Puis je regarde vers la droite et j'aperçois une mer de points lumineux
qui viennent de la sombre forêt et se dirigent vers le bac de goudron.
En regardant de plus près, je vois que c'est une armée de "porteurs de lumière"
apportant du secours.
Puis en regardant devant, je vois une autre armée de "porteurs de lumière"
apporter son aide; Je regarde derrière moi
et il y a une autre mer de lumières qui vient vers moi.
Je me dis : "Il y a tant d'aide pour si peu de personnes".
A mon réveil, une étrange émotion m'étreint le cœur,
peut-être le début d'une sorte d'idéalisme, ou le désir de rendre service,
 d'être l'une de ces personnes innombrables qui aident si peu de gens.
Depuis la première apparition de la vision, de nombreuses nuances
 me sont apparues, me montrant qu'elle ne concernait pas seulement le travail de ma vie,
 mais aussi le processus de l'évolution humaine en général,
me faisant comprendre que la vie physique est comme le sommet de l'iceberg,
 tandis que la réalité spirituelle et énergétique est infiniment vaste.


Certaines visions vous emmènent seulement dans la lumière.

Beaucoup de gens, indépendamment de leurs croyances religieuses,
rapportent le fait qu'ils ont été saturés par un champ de "lumière vivante"
qui leur a fait éprouver un amour extatique d'eux-mêmes , des autres, et de Dieu.
Personne ne sait ce qui provoque ces rêves mystiques, lumineux,
mais on ne peut les ignorer. I
ls peuvent vous convaincre pour toujours de la réalité de Dieu,
 de la même façon que les expériences de mort dont on revient
 effacent la crainte de la mort
et aide les gens à vivre une vie plus complète, meilleure.
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Penney Pierce
"Les rêves"


lundi 14 août 2017

La dimension inconnue

 

Comparables aux couleurs des plantes sous-marines,
qui s'intensifient au fur et à mesure
que l'explorateur descend dans les profondeurs,
des mondes toujours plus éblouissants se dévoilent au psychologue,
quand il ose plonger dans les fins fonds de l'âme.
Et comme l'esprit humain invente des scaphandres
 pour mieux fouiller les abîmes des océans,
l'âme aussi crée de nouveaux organes, des yeux et des oreilles subtils,
mieux adaptés à ces recherches.
C'est le même enthousiasme qui anime psychologue et
-l'attraction irrésistible de l'Inconnu,
dont on sent, on sait, qu'il doit exister.
Et comme l'obscurité vaincue des océans
livre des mondes plus immenses encore qu'on ne le soupçonnait,
ainsi s'élargissent les limites de l'âme humaine.

 
Le nageur sous-marin découvre des paysages inconnus,
des récifs de corail, des plantes rouge feu, bleu ciel, jaunes et rousses,
des poissons géants ou minuscules
-au psychologue se révèle un monde ignoré,
un monde qu'il ne contient pas, mais dont il est le contenu.
Il avait évolué jusque-là dans un aquarium,
mais un jour, la paroi de verre qui le séparait de la vie se brise,
et, enfin, heureux, libéré, il plonge dans les eaux infinies.
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Ania Teillard
"La dimension inconnue"
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samedi 12 août 2017

L'art de rêver

Samedi 12 août 2017



L'analyse du rêve pourrait faire l'objet d'une encyclopédie complète.
Le meilleur interprète d'un rêve demeure la personne qui l'a fait.
Elle connaît tous les facteurs probables pouvant susciter le rêve en question.
Une autre personne peut lui suggérer des pistes d'analyse 
ou lui faire prendre conscience de certaines dominantes,
mais seul le rêveur peut valider une interprétation 
correspondant à des réalisations personnelles.

Donnez-vous le temps de pratiquer, soyez fidèle à votre journal de rêves
gardez une écoute attentive et faites-vous confiance.
Le temps et la discipline sont vos meilleurs alliés.

Fiez-vous à votre intuition et n'oubliez jamais que l'âme sait 
et ne demande pas mieux que de vous transmettre 
toutes ses connaissances par l'intermédiaire de sa grande messagère, 
la petite voix intérieure.

Rappelez-vous aussi qu'il n'est pas nécessaire d'analyser tous les rêves.
Certains ne représentent qu'un déversement de résidus subconscients
et le seul fait de les écrire permet 
un nettoyage bénéfique de l'inconscient parfois trop plein.
C'est d'ailleurs un phénomène fréquent qui découle de l'intérêt nouveau porté à vos rêves. 
Cette curiosité soudaine pour le langage de la nuit provoque
un flot abondant d'images et d'informations en provenance du subconscient 
qui s'exprime enfin ouvertement.
Prendre note de ce foisonnement onirique dégage peu à peu le surplus accumulé.

De plus, si un rêve important n'a pas été saisi, 
il reviendra en force frapper à la porte de votre conscience. 
Cette manifestation donne lieu aux rêves récalcitrants, ceux qui reviennent sans cesse. 
Ces rêves répétitifs signalent une information non comprise 
et méritent une considération spéciale. 
Et tant que le message n'a pas été saisi, le rêve réapparaît, 
pour le bénéfice du rêveur. 
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vendredi 11 août 2017

Le rêve est une seconde vie

Vendredi 11 août 2017


Le Rêve est une seconde vie. 
Je n'ai pu percer sans frémir ces portes d'ivoire ou de corne 
qui nous séparent du monde invisible. 
Les premiers instants du sommeil sont l'image de la mort ; 
un engourdissement nébuleux saisit notre pensée, 
et nous ne pouvons déterminer l'instant précis où le moi, 
sous une autre forme, continue l'oeuvre de l'existence. 
C'est un souterrain vague qui s'éclaire peu à peu, 
et où se dégagent de l'ombre et de la nuit 
les pâles figures gravement immobiles qui habitent le séjour des limbes. 
Puis le tableau se forme, 
une clarté nouvelle illumine et fait jouer ces apparitions bizarres : 
- le monde des Esprits s'ouvre pour nous.

Gérard de Nerval
« Aurélia »
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jeudi 10 août 2017

L'essence des rêves (3)

Jeudi 10 août 2017


En résumé, nous pouvons dire :

Le rêve a la faculté autonome de produire des symboles.
Les rêves jouent un rôle complémentaire et compensatoire
en rapport au contenu du conscient. 
Leur compréhension conduit à une centralisation
et à un élargissement de la personnalité.

Le sens des symboles du rêve est souvent ignoré du rêveur, 
souvent opposé à ses intentions conscientes. 
Les rêves sont indépendants du conscient, mais pas inaccessibles à celui-ci. 
Il se produit par leur compréhension une nouvelle fonction, 
appelé par Jung la fonction transcendentale.

Lorsqu’on étudie une suite de rêves, 
on constate qu’il s’en dégage petit à petit une intention.

Les « rêves initiaux », c’est-à-dire les rêves qui apparaissent au début d’une analyse, 
ont souvent un sens prospectif. Ils devancent l’évolution qui va suivre.

Les rêves répondent à certaines questions, 
quand le rêveur est en contact étroit avec sa vie onirique. 

Ces réponses ne sont pas obscures comme des oracles, 
mais d’une clarté étonnante.

Les rêves ont une fonction d’autocritique et ont un sens éducatif.
Ils ne servent pas seulement à établir l’équilibre d’un individu, 
mais essayent également de l’intégrer dans la collectivité.

Si les rêves ont une tendance destructrice, 
ils visent à détruire pour ensuite reconstruire.

On peut retrouver la trame du drame classique 
dans un rêve bien construit.

Les rêves sont créateurs. 
Ils constituent la matière brute d’une œuvre d’art, 
des rites d’initiation, des dogmes religieux. 

On peut retrouver la trame du drame classique 
dans un rêve bien construit.

Les rêves visent à la plénitude de la personnalité, 
ils incitent le rêveur à atteindre son maximum. 

Les éléments psychiques épars et souvent contradictoires 
se groupent et se regroupent autour d’un nouveau centre impersonnel,
le Soi, 
à qui le Moi personnel cède sa place.

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mercredi 9 août 2017

L'essence des rêves (2)

Mercredi 9 août 2017 

Article paru dans la revue « Le Disque vert » 
consacré à Carl Gustav Jung. (Bruxelles)
1955


Je ne peux que donner ici un seul exemple de la transformation de l’image de l’âme, 
exprimée dans un grand rêve qui fut décisif pour la rêveuse.

Il s’agit d’une jeune fille de 29 ans, professeur de philosophie et de langues. 
Depuis sa première jeunesse, elle est fascinée par des hommes âgés, 
successivement par son directeur de lycée et ses professeurs à l’Université. 
Elle est incapable de s’intéresser à des hommes de sa génération, elle ne les remarque même pas. 
De plus en plus, elle se déssèche psychiquement et souffre de sa solitude.

Il est évident que l’image de l’âme chez elle est uniquement formée par l’homme âgé, 
son père qui est lui-même directeur d’école. 
Comme elle n’a pas de frère, cette image n’est pas modifiée par cette expérience
 et elle n’a pas constellé en elle l’image d’un Animus jeune.

Au cours de l’analyse, elle se débat désespérément avec l’image du père 
qui apparaît dans ses rêves sous des formes diverses, entre autres incarné 
par Staline, le tyran. et par d’autres images collectives.
Le père personnel, c’est-à-dire la représentation qu’elle se fait de lui, 
est transformée par des images archétypiques qui lui confèrent des qualités démoniaques et divines. 
Ce mélange d’éléments hétérogènes explique l’attirance magique 
que les hommes âgés exercent sur elle : elle projette sur eux l’image de l’âme 
avec toute sa puissance surhumaine.

Enfin, après quelques mois d’analyse, elle m’apporte le rêve suivant.

Elle descend une pente à bicyclette, 
attirée irrésistiblement par la profondeur (son inconscient).
Elle arrive dans une caverne sombre 
où se trouve un vieillard et un jeune homme assis sur un banc.

Tout à coup elle se dissout en trois personnes, 
trois hommes, tous jeunes.
Le premier est spectateur du drame qui va se dérouler. 
Il lit dans un livre ancien tout ce qui va se passer.
Le deuxième lève un bâton qui porte quelques feuilles vertes 
et frappe le jeune homme en conversation avec le vieillard.
Le jeune homme tombe sous le coup et perd connaissance, 
mais il ne meurt pas.
Alors, le troisième lève une hache et tue le vieillard. 
Au moment où le vieil homme tombe mort, la caverne devient rouge.
Toute l’ambiance est comme enflammée par la couleur rouge sang 
(couleur· de la vie, du sentiment, de la passion).

A ce moment, la mère de la jeune fille, plus grande qu’elle n’est en réalité, 
d’une allure archaïque et étrange, apparaît et dit : 
« N’oublie jamais que tu dois à ton frère d’être ici. »

Sa féminité, exprimée dans l’image de la mère, 
lui rappelle qu’elle ne doit pas rejeter l’Animus d’un bloc 
avec une élimination violente du vieil homme. 
Car, en réalité, elle doit au principe masculin, esprit et action, de se trouver dans la caverne, 
c’est-à-dire dans son inconscient, et de subir une transformation qui conduit à une nouvelle vie.

Au réveil, la jeune fille se sent soulagée et sereine. 
L’action brutale de tuer le « Père », c’est-à-dire le complexe père, 
qui avait entravé son évolution de femme, montre la quantité considérable mère, 
avec son allure archétypique, exprime des possibilités d’évolution sur la voie féminine et maternelle.

Nous ne pouvons qu’effleurer les autres motifs de ce rêve,
 symboles archétypiques : 
le bâton avec ses feuilles vertes, les nombres 2 et 3, 
la bicyclette qui comportait pour la rêveuse le sens de la roue 
et qui surgissait souvent dans ses rêves, le livre ancien.

Ce rêve est d’ailleurs bien construit avec ses étapes classiques ; 
exposition, action, péripéties et dénouement.
La répercussion de cette expérience sur la rêveuse fut grande ; 
elle commença vraiment une nouvelle vie.

Quand l’Animus chez la femme et l’Anima chez l’homme sont compris et transformés 
(au moins jusqu’à un certain point), les symboles oniriques changent de nouveau. 

Des figures géométriques apparaissent, telles le triangle et le cercle,
 enfin des « Mandalas »,
 constructions qui ressemblent aux images votives répandues dans tout l’Orient. 
Ces figurations archétypiques se cachent souvent sous des images apparemment banales : 
une table ronde, une horloge, une tarte aux fruits. 
Mais le rêveur ressent une harmonie jusqu’ici inconnue 
et qui l’encourage dans son travail sur lui-même.

D’autres symboles de cette étape de transformation
 sont le cygne, la fleur, les joyaux, 
surtout la perle, la coupe ; 
des situations hors du temps qui sont de vrais mythologèmes. 
Ces symboles du Soi ou Moi Supérieur sont des archétypes bien connus, 
des images collectives qui se répètent dans les mythes,
 dans les rites des religions de tous temps, 
le Yoga, ainsi que dans 1’Alchimie médiévale.

Jung, dans « Psychologie et Alchimie » et dans sa « Psychologie du Transfert », 
a établi ces rapports d’une façon magistrale. 
Le processus évolutif qui se manifeste par les rêves est lui-même archétypique.

Mais il ne faut pas croire qu’il s'établit une paix absolue quand cette étape est atteinte. 
Les symboles de tous les stades de l’évolution réapparaissent de temps en temps, 
comme l’ombre et l’image de l’âme. 
Les stades d'évolution s'enchevêtrent constamment. 
Mais il y a quand même un nouveau rythme dans les rêves
 et une prédominance des symboles de paix et d’harmonie.

Ce processus d’évolution ne s’achève jamais. 
L’essentiel est de garder contact avec l’inconscient et de continuer patiemment 
l’analyse de ses propres rêves.
La fonction d’autocritique et de compensation est un guide incomparable, 
le plus sûr et le plus objectif qui puisse exister, 
aussi bien pour la vie intérieure que pour la vie extérieure. 
Ce qui est préformé dans l’inconscient aspire à se réaliser dans l’existence.