lundi 5 décembre 2016

W. Pauli et la synchronicité (2)

Lundi 5 décembre 2016



Pauli était réceptif aux idées de Jung sur les "coïncidences significatives"
principalement pour deux raisons :
d’abord, il était bien préparé philosophiquement parlant.

L’essai de Schopenhauer Le sens du destin :
spéculation transcendante sur l’intentionnalité apparente dans le destin de l’individu
a eu sur Pauli "un effet fascinant et très durable et il semble avoir préparé Pauli
pour un changement futur dans les sciences physiques et naturelles" .

Dans son article important publié en 1956,
La science et la pensée occidentale,
Pauli a écrit :
 "L’ancienne question de savoir si, sous certaines conditions,
 l’état psychique de l’observateur pourrait influencer
le déroulement de la nature matérielle extérieure
n’a pas de place dans la physique d’aujourd’hui.
La réponse était évidemment affirmative pour les anciens alchimistes.

Dans le siècle dernier, un esprit critique
tel que le philosophe Arthur Schopenhauer,
excellent connaisseur et admirateur de Kant,
a considéré dans son essai Magnétisme animal et magie
que les effets dits magiques étaient largement possibles
et il les a interprétés dans sa terminologie particulière
comme des "influences directes de la volonté
qui vont au delà des limites de l’espace et du temps".

Sous cet angle on ne peut pas dire que des raisons philosophiques
a priori soient suffisantes pour refuser immédiatement de telles possibilités"

Mais l’intérêt que portait Pauli aux "coïncidences significatives"
n’était pas purement académique.
Dans sa jeunesse Pauli avait été marqué
par une mentalité rationnelle extrêmement spécialisée,
avec laquelle il a eu des sérieuses difficultés à l’âge de trente ans.
En août 1934, il a écrit à son collègue et ami Ralph Kronig :

"Après être tombé en dépression durant l’hiver 1931/32,
j’ai commencé lentement à remonter la pente.
J’ai rencontré alors des événements psychiques
que je ne connaissais pas auparavant
et que je nommerai ici simplement l’activité propre de l’âme.
 Il ne fait pour moi aucun doute qu’il y a ici des choses
qui se sont développées spontanément
et qui peuvent être désignées comme des symboles ;
 une chose à la fois psychique et objective
qui ne peut s’expliquer par des causes matérielles. "


Sa crise psychologique a conduit Pauli à prendre contact avec Jung en 1930,
 lequel l’a confié au jeune médecin Erna Rosenbaum, une débutante dans ce domaine.
Pendant cette analyse de cinq mois et durant les trois années qui suivirent,
Pauli a produit sans aucune influence directe de Jung
environ 1500 grands rêves avec des contenus archétypiques surprenants.

On peut glaner quelques informations sur cette activité propre de l’âme,
comme disait Pauli, dans la monumentale oeuvre de Jung,
"Psychologie et alchimie" .
Pauli a souvent fait l’expérience - comme toute personne ayant une activité créatrice
- de la relation mystérieuse entre son travail sur des problèmes de physique théorique
et l’activité animique inconsciente.

Ajoutons à ceci que Pauli a été hanté pendant toute sa vie par des phénomènes très étranges
- c’est ce que l’on a surnommé "L’effet Pauli".
Il s’agit ici du fait - attesté de source sûre -
que les instruments de mesure avaient de temps en temps des perturbations
ou ne fonctionnaient pas lorsque Pauli faisait irruption dans un laboratoire.

On pourrait considérer ces effets comme la manifestation
du revers de la médaille chez Pauli.
Pauli n’avait pas de bonne relation avec les sciences de l’ingénieur ;
il n’avait pas de bonnes aptitudes manuelles
et il ressentait notre monde technique comme inquiétant et menaçant.
Cet état de tension était bien perceptible pour ses collègues
et tout le monde était convaincu que des effets "mystérieux et inquiétants"
 émanaient de Pauli .

Son collègue Markus Fierz raconte :
"Même des spécialistes de la physique expérimentale,
des savants objectifs et réalistes partageaient l’opinion selon laquelle
c’était bien de Pauli qu’émanaient ces effets étranges.
On croyait par exemple que sa simple présence dans un laboratoire
 générait pas mal d’ennuis dans la conduite des expériences,
 elle réveillait pour ainsi dire la malignité des choses.
C’était cela, "l’effet Pauli".
Pour cette raison, son ami Otto Stern, l’artiste renommé des jets moléculaires,
ne l’a jamais laissé entrer dans son institut.

Ce n’est guère une légende, je connaissais très bien Stern tout comme Pauli !
Même Pauli croyait absolument en son effet.
Il m’a raconté qu’il ressentait le malheur à l’avance
sous la forme d’une tension désagréable
et que si ensuite l’ennui pressenti se produisait véritablement,
alors il se sentait bizarrement libéré et soulagé.

On peut tout à fait considérer "l’effet Pauli"
comme un phénomène synchronistique.


La suite de l'article peut être lue ICI
.

Hans Primäs
"Synchronicité et hasard"
.



La synchronicité de Jung et Pauli
avec Michel Cazenave et Etienne Klein
(émission radio)
.


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