samedi 12 novembre 2016

Qu'est-ce que le Soi ?

Samedi 12 novembre 2016



Qu'est-ce que le Soi ?

J'ouvre là un grand chantier, plein de possibles malentendus  
car le mot soi peut  - au moins - être compris et utilisé
dans trois acceptions différentes.
J'écrirai donc le mot soi de trois manières distinctes
afin d'en différencier les trois sens :

- le soi de soi-même, intériorité de la personne
- le Soi, archétype jungien de la totalité psychique, l'âme universelle
- le SOI, atman des hindous, essence au-delà de l'existence, 
l'arrière-plan sans forme au-delà du monde des formes, 
quête de la spiritualité.

"Far far far away" , dirait le petit âne bavard, ami de Schrek, 
"Au 37ème dessous", dirait Petru Dumitriu 
dans son très beau livre (Au dieu inconnu)

Le soi de la psychologie courante 
(nommé self chez Winnicot, le psychiatre anglais génial)
parle du quant-à-soi, du sentiment d'intimité avec soi-même,
de l'espace du sujet, de l'intériorité.
Se rencontrer soi-même est développer la sensation
d'être quelqu'un, une personne, 
digne d'être reconnu, aimé, respecté.

L'énergie psychique consacrée à l'élaboration de soi-même
est nommée, dans la psychanalyse freudienne, narcissisme.
les blessures narcissiques engendrent de très douloureux troubles,
dans les relations du sujet avec lui-même, avec les autres, avec la vie.

Un narcissisme heureusement construit
(grâce à des parents suffisamment et nécessairement sains)
donne à la personne une bonne estime d'elle-même,
associée à une confiance dans la vie,
et une bonne capacité à nouer avec les autres des liens satisfaisants :
bref, un bon équipement intérieur, pour vivre sa vie.


Dans la pensée jungienne, le Soi est un archétype,
c'est-à-dire la potentialité innée de devenir un être humain complet.
Le Soi est constitutif de notre psyché naturelle; 
de lui émane une énergie puissante
poussant à l'accomplissement de la personne, 
sujet de sa propre vie.

C'est lui que l'on nomme généralement psyché ou âme.
Comme tel, il fait partie du monde objectif des formes,
tout en étant une image de la totalité accomplie,
donc de Dieu lui-même.
Il est à la fois et paradoxalement, totalement unique et intime
(comme chacun d'entre nous), 
et sa fonction est d'engendrer - si tout se passe bien- la personne.
Mais, en même temps, en tant qu'archétype issu du collectif,
totalement impersonnel et universel.

La dynamique du Soi n'a ni époque, ni lieu, ni race,
elle est humaine, commune à l'humaine condition.



Enfin, dans la pensée indienne, le SOI, l'atman 
qu'on peut nommer aussi l'être, ou la nature de Bouddha, ou Yahwé-Elohim
ou la Sainte-Trinité ou le plérôme (chez les gnostiques),
est l'arrière-plan sans forme, métaphysique, le vide, le rien
ou le néant (selon les diverses métaphysiques) d'où tout émane.

Chaque fois qu'on le nomme, on le limite, on le qualifie, on l'écorne....
De Dieu, dit la théologie négative, 
on ne peut dire que "ce qu'il n'est pas". 
Il est, c'est tout.
Pour le logicien Wittgenstein, il est ce dont on ne peut parler,
ce que l'on ne peut que taire.
Pour le contemplatif, 
il ne se rencontre que dans le silence.

Le même mot, soi, désigne donc (au moins) trois niveaux radicalement différents, 
les deux premiers constituant la chaîne et la trame de notre psyché, l'existence,
et le troisième désignant l'arrière-plan d'où tout provient, l'essence.
trois niveaux différents, et pourtant reliés, co-existant, 
l'un conduisant à l'autre, puis à l'autre, et réciproquement.

Fidèle à la pensée du grand théologien Maître Eckhart,
Jung pense que le Soi (archétypique) est le point précis 
où Dieu ou le SOI touche l'âme de l'homme et, dit-il :
"Dieu touche selon lui-même."



et ainsi l'âme, en sa fine pointe, est divine.
le divin, le SOI communique en nous par le Soi.

Ainsi, l'homme a de naissance la potentialité
de prendre conscience de sa véritable nature,
mais c'est à lui que revient la tâche de parcourir le chemin
qui permettra à son âme
de réaliser son oeuvre.

Le SOI a besoin de nous pour que le Soi s'accomplisse,
c'est-à-dire advienne à la conscience.

Je souhaite, quant à moi, rester dans le paradoxe, le mystère
et la tension qu'il engendre, sachant fort bien, 
à la suite des grands logiciens du début du XXe siècle 
comme Carroll, Wittgenstein ou d'un grand mathématicien comme Gödel, 
que cette question de la rencontre avec l'être 
ne peut se résoudre par la raison et la logique, 
la chasse aux contradictions.

Le lien avec le divin commence précisément là 
où la logique abandonne la partie, 
au lieu où le savoir s'arrête et où, 
pour le meilleur et pour le pire, le sentiment prend le relais.

Depuis le début du XXe siècle, les physiciens ont démontré 
que le réel est à la fois continu et discontinu (physique quantique); 
on peut dire de même qu'il n'y a pas de séparation 
mais plutôt continuité d'un niveau à l'autre et pourtant, de l'un à l'autre,
 il y a un saut considérable, un saut quantique.

Pas de commune mesure entre le Soi et le SOI
les éveillés en témoignent. 
Et pourtant leur présence parmi nous, même inconnus et silencieux, 
nous place sur le chemin de la transformation.

Qui n'a jamais été en contact intime avec un véritable éveillé 
ne peut imaginer ou même pressentir ce qu'est ce niveau ultime d'être, 
où "tout est pareil et pourtant tout est différent". 
Et pourtant, par la communication secrète entre les humains, 
via l'inconscient, par la fine oreille qui entend malgré nous, 
un message subtil circule.

Nous sommes tous appelés, tous.
Mais tous les Moi conscients n'entendent pas.
.
Lily Jattiot
"La fine pointe de l'âme"
.





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