samedi 26 mars 2016

Le serpent et l'oiseau

Samedi 26 mars 2016

Un serpent se dorait au soleil près de l’anfractuosité du rocher où il nichait.
Sur le rocher, un Oiseau lissait ses plumes dorées.


– Oh, dit le Serpent à l’Oiseau, s’il te plait, 
prête moi l’une de tes plumes pour écrire un mot !
– Que veux-tu écrire ?répond l’Oiseau.
– Un mot qui me fait rêver : « voler » ! 
Voler au-dessus des nuages, voler par delà les plus hautes montagnes 
pour voir ce qu’il y a derrière, sentir le souffle du vent sur mes écailles, 
entendre siffler tous les oiseaux du ciel, 
sentir s’écouler dans mon gosier les gouttelettes d’eau absorbées en plein vol, 
brûler au feu du soleil qui a doré tes plumes…
– « Voler », c’est juste un mot, dit l’Oiseau. 
Ma plume ne te permettra pas de voler !
– Il me suffit de l’imaginer répond le Serpent. 
Je prendrai ta plume dans ma bouche 
et écrirai laborieusement mon mot dans la poussière du sol.
 Je créerai l’image et je sais que, dans un retournement renversant, 
l’en-dedans deviendra l’en-dehors. 
« Serpent » sera « penser » et « image », « magie ». 
Je passerai de l’autre côté du miroir, 
deviendrai un Serpent à Plumes et je libèrerai l’Oeuf du Monde (1)…



– D’accord, dit l’Oiseau. 
Voici l’une de mes plus belles plumes pour écrire ton mot… 
En échange, peux-tu me fournir l’une de tes écailles pour creuser la terre ? 
Mon bec n’est pas assez puissant.
– Pourquoi veux-tu creuser la terre demande le Serpent ?
– Je veux savoir ce que l’ombre recèle,  
retrouver les ossements des Anciens et respirer leur Sagesse, 
connaître le goût des vers des profondeurs. 
Je veux ressentir le poids de la terre sur mes plumes légères. 
Je veux percevoir le grondement grouillant de la vie du monde d’en bas. 
Je veux vibrer au feu intérieur de la terre…
– Comment pourrais-tu avoir une telle expérience
 avec ma seule écaille, petit oiseau fragile ?
– Il me suffira de l’imaginer, répond l’Oiseau.
 Je tiendrai ton écaille en mon bec et fournirai l’effort nécessaire pour creuser. 
Je créerai l’image et, dans un retournement renversant, 
l’en-dehors deviendra l’en-dedans. 
Mon « S en Ciel » s’élevant de « oiSeau » se fera serpent. 
Je visiterai l’intérieur de la terre et ferai les transformations nécessaires 
pour trouver la pierre cachée (2). 
 Je passerai de l’autre côté du miroir et deviendrai un Oiseau à Écailles !
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Patricia Buigné-Verron
"Dialogue du serpent et de l'oiseau"
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 (1) Allusion au Quetzlcoatl, divinité aztèque 
formée d’un oiseau (quetzal) et d’un serpent (coatl), 
symbolisant l’union du Ciel et de la Terre. 
Dans certaines traditions, l’Oeuf du Monde, 
symbolisant le Verbe, sort de sa bouche…

(2) Allusion à la célèbre formule des alchimistes qui condense leur doctrine:
 « Visita Interiorem Terrae Rectificando Invenies Operae Lapidem » (V.I.T.R.I.O.L.), 
soit, « explore l’intérieur de la terre. En rectifiant, tu découvriras la pierre cachée ».
.

La vouivre et son escarboucle
qui, dit-on, possède le pouvoir de soigner...
.

Mélusine, 
à la fois serpentine et ailée...
.

Dame des Philosophes, je suis pour eux
le Mercure libre, subtil et immatériel,
le principe volatil de la matière.
Mais tout me pousse à "fixer le  volatil" de mon Mercure
pour permettre au Soufre, principe masculin fixe,
de volatiliser le fixe de son état et qu'il ne reste que le blanc dépôt  du Sel
après la longue épure de bains en bains dans le vase alchimique,
cette cuve où je me baigne...

De la célébration des "noces mystiques du Roi et de la Reine"
jaillit le feu de la "Salamandre" grâce à l'action de ma queue de serpent.
C'est alors que je deviens "Dragon Ailé" ou "Mercure Double"
ou encore "l'androgyne".

Je suis, en fait, la Mère-Cure,
celle qui guérit par l'équilibre et l'harmonie,
et mon double pouvoir de Mort et de Vie,
de séparation et de réunion, "Solve et Coagula",
me permet,  à certains moments de l'année,
de trouver l'accord entre le sec et l'humide, le feu et l'eau,
en  les maintenant conjointement dans une tension créatrice
où l'eau ne mouille pas et le feu ne brûle pas
mais, au contraire, se nourrissent l'un de l'autre.
.
Patricia Buigné-Verron
"Mélusine et le feu dans l'eau"
.

figure alchimique 
du 18ème siècle

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