lundi 2 mars 2015

Rêver d'enfant(s)

Lundi 25 août 2014
Ania Teillard

Voici une série de trois rêves ,
tirée du livre
"Le symbolisme du rêve" d'Ania Teillard.
.

      Ce sont les rêves d'une jeune femme, prénommée Claudine ; 
cette jeune femme est aux prises avec l'archétype de la Mère
et ceci, doublement, puisqu'elle-même mère d'une fillette de huit ans,
elle réside provisoirement chez sa mère,
mère qu'elle trouve "étroite et bornée"
et avec laquelle l'entente est difficile.
A plusieurs reprises, 
l'image de l'enfant apparaît dans ses rêves...




1) Rêve des signes du zodiaque

1ère partie : Exposition
Dans un hôtel modeste, je viens chercher le fils d'une amie, le petit Henri. 
La mère, qui voulait à tout prix avoir un enfant, 
l'a mis au monde après quatre fausses couches.
L'enfant me regarde avec de grands yeux bleus.
Je me dirige vers la forêt, le petit marche à côté de moi d'un air décidé. 
Sans aucune fatigue, il escalade la montagne. 
Je lui explique tout ce que nous voyons en cours de route 
et je prends à conter des histoires un plaisir que j'ignorais.


L'enfant est un symbole du Soi, du Moi supérieur, récemment créé en elle.
Le motif de la mère ayant mis au monde un enfant après quatre fausses couches successives
indique la détermination de Claudine d'être "elle-même" malgré tous ses précédents insuccès. 
Les yeux bleus de l'enfant reflètent le caractère immatériel de l'enfant intérieur
le bleu étant la couleur de l'esprit -en réalité le petit Henri a les yeux marrons.

A propos de l'hôtel et de la forêt, Claudine fait le rapprochement suivant : 
"De l'hôtel, où il y a des étrangers, où je ne suis pas chez moi, 
je vais vers la liberté, dans la forêt."
La situation intérieure se modifie. 
La montagne que l'enfant escalade sans fatigue, 
indique l'élévation intérieure.
Du plaisir de conter, Claudine dit : 
"Mon ancien manque d'imagination est comblé par mille images."
Le conscient se rapproche de l'inconscient, il s'élargit et s'enrichit.



2ème partie : Péripéties
Au crépuscule, nous arrivons dans un sentier qui domine un petit lac.
Ce lac est recouvert d'une mince couche de glace, qui reflète vers nous sa clarté. 
Au-dessus du lac, dans le ciel, plus lumineux que toutes les étoiles, 
luisent les signes du zodiaque.
Je les montre à l'enfant et, stupéfaits, nous les voyons soudain 
se détacher et se rassembler sur la surface blanche du lac, 
chacun prenant la forme humaine ou animale qui lui correspond 
et tous ensemble faisant une ronde.




Comme toutes les eaux dormantes, le lac est une image de l'inconscient. 
Dans ce rêve il est recouvert d'une mince couche de glace
symbolisant la couche qui sépare le conscient de l'inconscient.
Les signes du Zodiaque descendent du ciel et se montrent tels qu'ils sont réellement, 
des images archétypiques des saisons et de la vie humaine, 
qui elle aussi, est comprise dans l'ordre cosmique.

La danse, comme la musique, en tant que donnée rythmique, 
est le symbole classique de l'acte de création. 
Que l'on pense à la danse du Dieu Shiva dans la mythologie hindoue, 
c'est en dansant que Shiva a créé le monde.

Ce rêve est une vision cosmique
La relation intense avec l'enfant, son Soi, 
remet la rêveuse dans l'ordre éternel des choses. 
Ainsi elle pénètre jusqu'au plus secret de la nature.

3ème partie : Dénouement
Entre-temps, tout s'assombrissait peu à peu et les formes zodiacales, 
telles des ombres, disparaissaient dans le lac. 
Le petit garçon aurait aimé savoir où elles étaient allées. 
Je lui racontai qu'elles étaient fatiguées et voulaient aller dormir dans leur lit, le lac.
L'enfant, lui aussi, avait sommeil : 
il se laissa volontiers mettre dans sa voiture 
et il dormait à poings fermés quand je le ramenai à la maison.



Ce rêve est une illustration, 
simple et belle de l'apaisement de l'âme, 
du dénouement du conflit. 
Et, en fait, il laissa à la rêveuse 
un sentiment heureux de délivrance.

L'évolution de Claudine se poursuit. 
Le rêve suivant reprend le motif de la couche de glace 
que nous venons de voir dans le rêve précédent.

2) Rêve du jardin enneigé
   
Je longe à nouveau un sentier dans un jardin.
 Loin derrière moi, marchent d'autres personnes. 
Le jardin est enfoui sous la neige. 
Subitement, je me retrouve prise sous une avalanche. 
Je m'étonne de pouvoir respirer quand même 
et je me demande si la chaleur de mon corps fera fondre la neige.


Au sujet de ce rêve, Claudine a elle-même constaté :
"Le jardin blanc est mon Moi conscient, froid et cérébral, 
dans lequel je serais engourdie si ma propre chaleur ne remportait la victoire 
et ne faisait fondre le froid."
Le jardin est, nous le savons, une image de la vie.
La promenade solitaire dans le sentier du jardin, 
montre une fois de plus l'isolement de la rêveuse.
Etant un type introverti, repliée sur elle-même, 
elle a de la peine à trouver un contact avec ceux qui l'entourent.

Le rêve suivant avait ému Claudine au plus haut point 
et la poursuivait des journées entières :
  
3) Rêve de l'enfant qui meurt de faim 

J'ai un petit enfant, un garçon. 
Un jour, je pense soudain à lui avec une profonde frayeur. 
Je l'avais mis dans son berceau, dans une pièce voisine, 
où se trouvent beaucoup d'objets mis au rebut, 
et je l(avais complètement oublié.
Je le cherche longtemps, sans le trouver, 
jusqu'à ce qu'une petite voix plaintive me mène au bon endroit.
Dans le berceau se trouve un être amaigri, semblable à un embryon.
Saisie d'une grande honte et d'un profond repentir
 d'avoir laissé mon enfant mourir de faim,
 je pousse le berceau dans le salon.


Ma mère me fait remarquer ce que j'ai pu constater par moi-même, 
que l'enfant est à l'agonie. 
J'essaie désespérément de me souvenir avec quoi je l'ai nourri, 
mais en vain. l'enfant meurt.
Avant que je puisse parler de l'endroit où nous allons l'enterrer, 
ma mère l'a enveloppé dans un papier et le tient à la main , 
comme une coquille d'oeuf écrasée. 
Je commence à crier, à m'accuser d'avoir laissé mon fils mourir de faim.
En même temps, je vais dans une autre pièce et cherche à me souvenir de la réalité, 
souhaitant me rappeler que je n'ai pas porté cet enfant pendant neuf mois, 
et pense à ma fille, Gabrielle, que j'aime plus que tout au monde.
Plus j'extériorise ma douleur, plus ma mère s'agite. 
Elle se met devant moi, me pousse, défigurée par des grimaces, 
tout en exécutant une danse de sorcière et en gesticulant sauvagement.


Le petit garçon est devenu maintenant le propre enfant de Claudine , 
ce n'est plus l'enfant d'une amie. Elle l'a oublié, c'est-à-dire refoulé.
 La pièce voisine, les objets mis au rebut, prouvent l'abandon; 
elle a écarté le développement intérieur, 
en même temps que d'autres contenus psychiques.
Claudine reconnaît aussi dans cet enfant son enfant spirituel, son "Soi", 
qu'elle a laissé sans nourriture, et, par moments, complètement oublié.

Dans les rêves l'enfant est un symbole qui se répète souvent,
fruit du travail sur soi-même de l'humain en évolution intérieure.

Un enfant mourant de faim ou abandonné est une expression classique, 
qui montre que l'on a négligé son propre développement intérieur. 

L'enfant de ce rêve est représenté comme un être embryonnaire.
Claudine a négligé son enfant spirituel, avant que celui-ci fût formé complètement.


Le berceau est un symbole du sein maternel et encore de l'âme. le sens de cette image est : 
tel l'enfant dans le berceau, le Soi repose dans notre âme. 
Claudine ne peut plus se rappeler la nourriture spirituelle qu'elle a donnée à son enfant : 
elle n'est plus en contact avec le travail analytique.
Claudine porte le deuil ardent de sa personnalité spirituelle perdue.

Mais que fait sa mère dans ce rêve ? 
Elle réagit à la mort de l'enfant en triomphant, avec un dédain brutal, 
et en exécutant une danse de sorcière.
D'abord elle enveloppe l'enfant dans un papier et le tient à la main, 
comme une coquille d'oeuf brisée; 
l'oeuf cosmique est une image universelle de ce qui est en évolution, 
de la vie en germe, du microcosme.
Des mythes sur l'Oeuf cosmique sont répandus aux Indes, en Grèce, en Finlande, 
en Amérique du Sud, ainsi que parmi les tribus africaines et en Polynésie.
L'Oeuf cosmique est souvent identifié avec le Soleil et la Lune.


Le comportement bizarre de la mère de Claudine nous amène à notre problème principal : 
l'Archétype de la Mère.
Considérons ce motif de rêve sous l'angle objectif et sur le plan subjectif.

Sur le plan objectif, le comportement de la mère de Claudine 
signifie qu'elle s'oppose à l'évolution psychique de  sa fille, 
évolution sentie inconsciemment, 
et qui met en danger sa position dominatrice vis-à-vis de sa fille. 
C'est pourquoi elle est contente lorsque l'enfant, 
symbole de sa croissance spirituelle, meurt.

Vu sur le plan subjectif, ce motif onirique 
a un sens psychologique plus profond encore. 
Il signifie que ce qui ressort de la Mère, dans l'âme de Claudine, 
est heureux de la mort de l'enfant spirituel.

Nous voyons ici une dissociation dans la psyché de Claudine, 
une séparation en deux tendances opposées : 
d'un côté elle tend à devenir une individualité indépendante (symbolisée par l'enfant), 
et d'un autre, elle est ensorcelée par le monde magique de sa propre enfance 
(représenté par la mère-sorcière).

Plus Claudine tend vers une évolution intérieure, 
plus elle est en deuil de son Moi supérieur négligé - 
plus le monde élémentaire des tendances affectives, symbolisé par la Mère, 
s'exprime d'une manière sauvage.

 

Claudine note à propos de ce rêve : 
"Longtemps, je fus torturée par l'idée que quelque chose de mort 
ne peut être à nouveau rendu à la vie. 
Je pensais qu'avec la mort de l'enfant spirituel, tout était fini, 
jusqu'à ce que mon mari me consolât en me disant 
que d'autres enfants pourraient naître.

Mais le rêve avait-il voulu m'indiquer 
que le début de mon évolution n'avait pas de valeur 
et que quelque chose de tout à fait nouveau devait être créé ? 
Probablement tout n'était pas encore mûr et état par là même apte à vivre.
J'avais compris une bonne partie des enseignements reçus au cours de l'analyse 
et ceux fournis par les rêves : je les avais reconnus valables 
et je les avais ensuite relégués dans un coin où ils sombrèrent dans l'oubli. (...)"
.
Ania Teillard
"Le symbolisme du rêve"






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