lundi 2 mars 2015

Renaissance spirituelle et rêves de naissance

Dimanche 3 août 2014

      Il nous faut naître deux fois pour vivre un peu, ne serait-ce qu'un peu.
Il nous faut naître par la chair et ensuite par l'âme.
Les deux naissances sont comme un arrachement.
La première jette le corps dans le monde,
la seconde balance l'âme jusqu'au ciel.
Christian Bobin
"La plus que vive"



"Naître, c'est seulement commencer à mourir", écrivait Théophile Gautier.

Archétypiquement, la naissance est associée à l'idée de mort et la mort à l'idée de naissance.
Dans les mythes et les contes folkloriques, pour indiquer qu'une naissance est de l'ordre du symbolisme psychique, il arrive que la divinité ou le héros vienne au monde de manière extra-ordinaire. 
C'est ainsi qu'Athéna sort toute armée du crâne de Zeus, que Bacchus sort de la cuisse de Jupiter, qu'Aphrodite naît de l'écume de la mer, que Mithra naît d'un rocher ou d'un arbre, que Jésus et Bouddha sont conçus de façon surnaturelle et que Gargantua sort de l'oreille gauche de Gargamelle...


Ces images figuratives soulignent qu'il existe deux catégories de naissance :
une première, d'ordre charnel, et une deuxième d'ordre psychologique,
qualifiée de "naissance spirituelle" ou "deuxième naissance".

Nous nous occuperons principalement, ici, de la naissance de l'enfant désigné sous le nom "d'enfant intérieur" ou "d'enfant spirituel", qui n'est mis au monde que "dans la douleur" après un long et pénible travail sur soi-même et, presque toujours, de manière imprévisible.


Le psychisme humain est pénétré de l'idée que ce qui est périmé, ce qui est pernicieux, ce qui est contraire à l'ordre des choses, doit mourir pour se régénérer. Et il semble bien que cette renaissance, impliquant la mort d'un passé révolu ou néfaste, concerne trois aspects principaux de la vie :

D'abord le renoncement de l'état quasi animal maintenu jusque-là par une identité primordiale inconsciente aux parents, état qui "oppose une résistance opiniâtre à toute vélléité de développement psychique et spirituel". C'est la nostalgie du "paradis perdu".

Puis les passages critiques de l'existence : de l'enfance à l'adolescence, de l'adolescence à l'âge adulte et de la première partie de la vie à la deuxième.

Enfin, le sacrifice, par la mort, d'un égocentrisme démesuré qui voudrait donner au moi la prérogative sur le Soi, alors que, en fait, c'est le moi qui est subordonné au Soi.

Le thème archétypique "mourir pour renaître" se retrouve partout et à toutes les époques dans les mythologies, religions, légendes...etc.


En voici quelques exemples :

- les déluges engloutissant un univers que l'on retrouve au début de toutes les grandes religions ;
- le baptême de l'eau que l'on retrouve dans de nombreuses religions et mystères initiatiques, et où généralement le "néophyte" reçoit un nouveau nom au bénéfice d'un deuxième couple parental, le parrain et la marraine...
- le baptême du feu (Matthieu III.11) qui semble parfaire et achever le baptême de l'eau, et qui n'est pas sans rappeler le bûcher d'Heraclès, le char de feu d'Elie et les rites d'incinération... 
- les rites d'initiation ou de consécration virile chez les primitifs, qui font de l'adolescent un quasi modo genitus, une sorte de nouveau-né...

image ici

- le meurtre après un premier épanouissement de la vie en vue d'une régénération : Rê, Osiris, Zagreus, Orphée, Balder, Adonis, Tammouz, etc...
l'ensevelissement des morts accompagné d'un symbole de renaissance tel que le fait de placer des oeufs ou des coquillages dans les tombes, de ligoter le cadavre dans la position foetale...
  - la suspension à la croix (arbre de mort) ou à l'arbre (arbre de vie), tels le Christ qui ressuscité, saint Pierre qui demande à être crucifié la tête en bas, ne voulant pas que le serviteur fût traité comme le maître ...
la délivrance d'une condamnation au supplice pour lutte contre les dieux tel Prométhée délivré par Heracles...
- les descentes aux enfers; les retraites et jeûnes purificateurs dans le désert...;


- le héros qui, tel Jonas dans la baleine, est englouti à l'ouest par un monstre marin (mort) et en sort régénéré à l'est (renaissance); l'ensevelissement dans du miel, symbole du Soi, comme le fut Glaucos, fils de Minos et Pasiphaé, qui, tout enfant, tombe dans une cuve de miel, meurt étouffé, mais est ressuscité par Esculape...
- les enlacements, les dispersements, les démembrements, les morcellements et tous les thèmes symbolisant la rentrée dans la mère, etc...


L'humanité tout entière est comme possédée- parfois jusqu'à l'obsession - par une pulsion instinctive qui veut qu'un passé jugé néfaste ou périmé doit disparaître (mort) pour faire place à une existence régénérée (renaissance). 

Peut-être même certains suicides relèvent d'une pulsion inconsciente à mourir afin de renaître.

Dans l'Evangile, Jésus dit à Nicodème : "En vérité, en vérité, je te le dis, à moins de naître d'en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu." Nicodème dit : "Comment un homme peut-il naître quand il est vieux ? Peut-il une seconde fois entrer dans le sein de sa mère et naître ?"

En langage psychologique, nous dirons que, pour se réaliser, l'homme doit se "dépouiller" de l'hégémonie d'un ego aveugle qui s'illusionne sur lui-même en croyant dominer l'ensemble psychique alors qu'il ne règne que sur la seule zone consciente.

Cette "mort à soi-même" constitue la condition sine qua non pour assurer cette renaissance permettant d'atteindre la totalité de l'être, appelée "Christ" par Saint-Paul, "moi supérieur" par les hindous et "Soi" par Jung.

Dans les rêves :

(-) Tout songe présentant l'image d'une naissance désastreuse, telle que réduite à une hémorragie, à une fausse couche ou à la mise au monde d'un enfant anormal, avertit le rêveur que, jusqu'ici, ses facultés créatrices n'ont abouti qu'à des résultats funestes pour lui et, éventuellement, pour son entourage. Un tel rêve, très anxiogène, est grave et demande que l'analyse en détermine les causes et aide ce rêveur à rectifier sa vision des choses.

(+) Exceptionnellement, la fausse couche ou l'enfant mort-né témoigne de l'expulsion libératrice d'un élément improductif (à déterminer) qui contrariait l'activité créatrice du rêveur. L'affect ressenti dans un tel rêve décidera si le symbole est salutaire.

    

Cependant, le plus souvent, l'apparition dans les songes d'un bébé vigoureux et sain est l'indication, extrêmement positive, qu'un élément (à déterminer) totalement régénéré va désormais croître et se fortifier dans le psychisme du rêveur pour son plus grand bénéfice.

Mais, surtout, si l'enfant qui vient au monde est du même sexe que le rêveur, il est l'image même de cette deuxième naissance archétypique qui apparaît dans tous les mythes, religions, légendes et sociétés secrètes.

Bien entendu, une telle renaissance implique la mort des anciennes adaptations. A ce niveau, une telle naissance est l'expression du développement de la métamorphose psychique qui conduit vers l'individuation.

La naissance, dans les rêves, indique que la "connaissance de soi" a porté son fruit (l'enfant), gage d'une possibilité de réalisation de sa propre totalité psychique.

Mais on peut affirmer, de façon plus générale, qu'une évolution se déroulant de manière satisfaisante implique une succession de morts et de naissances, des masses entières d'attitudes périmées laissant la place, par une sorte de régénération, aux attitudes salutaires.

Jacques de la Rocheterie
"La symbologie des rêves" 

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