jeudi 12 février 2015

Force du symbole

Mercredi 8 janvier 2014
Il n’y a pas un grand nombre de vérités, seulement quelques-unes.
Leur signification est trop profonde
pour qu’on les saisisse autrement que sous forme de symboles...
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C.G. Jung
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Il devient maintenant courant en psychologie de considérer que langage et contenu des grands rêvespossèdent une analogie extrême avec le langage et le contenu des mythes et des légendes;
ceux-ci d'ailleurs ne sont pas autre chose qu'une expérience humaine formée et transmise par les siècles.La seule différence avec le rêve, c’est que celui-ci ne possède pas un semblant de coordination qui le rend immédiatement accessible comme les histoires d’Hercule, les mythes de Loki et de Balder, le conte du nain qui ne voulait pas dire son nom ou celui de la Belle au Bois dormant.

C'est la même force créatrice qui est à l'oeuvre dans le rêve et dans le mythe.


Le langage par lequel ils s’expriment est identique bien que la causalité de ces phénomènes apparaisse différente. On comprendra d’ailleurs mieux le langage étonnant et inactuel des grands rêves lorsqu’on connaît les mythologies des peuples, comme par exemple les sagas grecques et germaniques, les contes européens et asiatiques et lorsqu’on pénètre un peu le monde magique dans lequel vivent les peuples primitifs.

Il convient aussi de ne pas omettre la lecture de la vie des Saints, qu’ils appartiennent à l’hémisphère psychique occidental ou oriental. De même le langage du rêve sera rendu compréhensible à celui qui connaît bien les oeuvres des grands poètes. Car celles-ci ne représentent pas autre chose que le destin humain dont la figure individuelle du héros est une incarnation. La poésie raconte ce qui peut nous arriver entre la naissance et la mort.

On n’estimera jamais assez haut la signification et l’importance du monde des archétypes ; cette immense collection renferme toutes les situations essentielles de notre existence. Car cette mémoire humaine vivante qui oriente et dispense de l’énergie est un organe intégrant du psychisme. On ne peut par aucun moyen se défaire de ce fond de l’âme ; et même si on le pouvait, on n’en tirerait aucun avantage.

Car il resterait un moi réduit à sa petite réserve de souvenirs personnels. Chaque être ne serait plus qu’une minuscule unité, un îlot définitivement séparé de ses semblables. Nous vivrions détachés du passé et désarmés devant un avenir hostile. Il resterait une petite créature qui a répudié l’héritage des ancêtres et qui s’est exclue de la grande communauté vivante.



La nature du symbole

C'est le mythologue J.J. Bachofen qui, dans un traité sur le symbolisme sépulcral, a si remarquablement étudié la nature des symboles, nature difficilement accessible à la raison :

"Le symbole fait naître le pressentiment ; le langage, lui, ne peut qu'expliquer.
          Le symbole fait vibrer à la fois toutes les cordes de l'esprit humain, tandis que 
          le langage se trouve obligé de ne s'adresser à la fois qu'à une seule pensée. 
          Le symbole a des ramifications jusque dans les profondeurs les plus intimes 
          de l'âme; le langage ne fait qu'effleurer la surface de l'entendement. 
          L'un est orienté vers l'intérieur, l'autre vers l'extérieur.
  Seul le symbole réussit  à coordonner un amas d'impressions hétéroclites;
  le langage aligne des faits isolés et n'apporte à la conscience que des parcelles
  qui, pour être exprimées dans leur ensemble, nécessiteraient
  le concours d'un organe plus complexe.      Les mots limitent l'infini ;
  les symboles conduisent l'esprit par-delà les frontières du fini et du devenu
 dans le monde de l'infini et de l'existant." 

[...] Par le fait même que c'est l'expérience archaïque qui a donné naissance au symbole - d'une manière inconsciente bien sûr-, toute l'énergie, toute la puissance propre à cette expérience a passé dans le symbole. [...]

le Roi Midas

Fusion des symboles

Chaque symbole est l'expression particulière d'un contenu du psychisme qui sans lui resterait insaisissable.
Dans son fond le plus secret, la vie ne pourra être vécue et ne pourra s'exprimer qu'au moyen d'un symbole, d'une allégorie.
Jamais elle ne consentira à se mettre entièrement sous la coupe de l'intellect; bien que la partie puisse concevoir le tout, jamais elle ne sera elle-même le tout.

Mais le symbole a aussi ses limites; il peut embrasser un contenu substantiel et multiple, mais non figurer toute la gamme des possibles; c'est pour cela que dans les rêves, les symboles se fondent les uns dans les autres.
Le premier des symboles qui apparaît en rêve ne suffit souvent bientôt plus à exprimer un autre aspect du psychisme. Il est tour à tour remplacé selon les besoins. [...]
Bien qu'il en soit la meilleure expression possible, le symbole se situe au-dessous du niveau dumystère signifié.

Ernst AEPPLI (1892-1954) : Les rêves et leur interprétation

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