dimanche 8 février 2015

Alchimie et processus d'individuation

Mardi 9 avril 2013

La rencontre de Jung avec l'alchimie date de 1928 (il a 53 ans) lorsque le sinologue Richard Wilhelm (qui a déjà étudié et traduit le Yi King) lui adresse un texte "Le Mystère de la Fleur d'Or" et lui demande d'en écrire un commentaire psychologique, ce que Jung fera.
Le Commentaire sur le Mystère de la Fleur d'Or est  aujourd'hui traduit et publié. Il s'agit d'un traité d'alchimie taoïste qui décrit les 4 étapes d'une "révolution de la lumière" ayant pour terme l'éclosion d'un germe immortel, une nouvelle naissance de l'être.

Jung retrouve dans ce texte l'écho de ses propres recherches d'alors : les mandalas qu'il dessine et ceux de ses patients lui paraissent l'exacte réponse à l'alchimie spirituelle de l'ouvrage chinois. Cette rencontre peut être interprétée comme un exemple remarquable des "synchronicités" auxquelles Jung consacrera par la suite un essai.
Elle marque en tout cas brutalement la fin définitive de sa période difficile commencée en 1913 (il met fin au Livre Rouge en 1930 au milieu d'une phrase) et ouvre la voie aux recherches systématiques sur l'alchimie qu'il ne cessera alors d'effectuer, jusqu'à sa mort.
 Il ne cessera alors de montrer l'étonnant parallèle existant entre les images des vieux traités alchimiques et les productions oniriques issues des rêves et dessins de ses malades ou de lui-même.


 (voir texte complet ici)

Qu'apporte la psychologie des profondeurs ?

La psychologie s'est construite sur une cassure, sur une béance, source de névrose pour maints individus déracinés et désorientés ; le monde s'est vidé de la présence vivante du symbolisme et l'homme a oublié "ce temps où la conscience ne pensait pas encore mais percevait (…) la pensée était ressentie comme apparition, et pour ainsi dire vue et entendue. Il était donc naturel qu'en ce temps le symbolisme alchimique parlât aux hommes de façon directe, non intellectualisée.

L'actuelle psychologie de l'inconscient ne pouvait naître que de cette rupture de l'union mystique de l'homme et de la nature.

"Depuis que les étoiles sont tombées du ciel et que nos symboles les plus sublimes ont pâli, une vie secrète règne dans l'inconscient. C'est pourquoi nous avons de nos jours une psychologie, et c'est pourquoi nous parlons de l'inconscient. Tout cela serait totalement inutile à une époque et dans une forme de civilisation qui possèdent des symboles."

 Plus encore, l'alchimie permet de comprendre le lien existant entre la Gnose chrétienne, la Kabbale juive et la psyché actuelle. Elle reconstitue la continuité du filon ésotérique, entre passé et présent, mais aussi entre Orient et Occident.



LE PROCESSUS D'INDIVIDUATION ET LES ETAPES DE L'ŒUVRE ALCHIMIQUE
  
Ainsi, l’homme éprouve un sentiment d’incomplétude, de nostalgie d’une origine, d’une Totalité vers laquelle il tend de tout son être, et à travers de multiples transformations, tout au long de son existence. Le moi, qui permet une prise de conscience de sa réalité psychique en se séparant de son lien d’origine (inconscient), doit progressivement s’ouvrir pour intégrer, par des étapes successives, les contenus de l’inconscient en élargissant le siège de la conscience.

 Ce processus est nommé par Jung INDIVIDUATION (de in-divis, celui qui n’est pas divisé, celui qui est en processus de re-conjonction des opposés séparés.) Dans ce périple, le voyageur doit d’abord rencontrer son ombre, et apprendre à vivre avec cet aspect de lui-même qui est souvent terrifiant : il n’y a pas de totalité sans reconnaissance des opposés.

 Il rencontre aussi les archétypes de l’inconscient collectif et affronte le risque de succomber à leur étrange fascination. S'il n'est ni terrifié, ni fasciné, il finit par trouver « le trésor difficile à atteindre », le corps de diamant, la Fleur d’or, le lapis, ou tout autre nom ou forme choisis pour désigner l’archétype de la totalité, le Soi.

Le Soi est le Centre / Totalité / Finalité de la vie psychique, l’être véritable.



Dans cette dialectique du Moi et de l’inconscient, la réconciliation des contraires est le principe qui va gouverner chacune des étapes du processus.
Les 4 étapes du processus d’individuation sont marquées par la rencontre du Moi avec 4 grands archétypes :
L’OMBRE
L’ARCHETYPE SEXUEL (Anima - Animus)
L’ARCHETYPE LUMIERE
LE SOI
De même, les phases classiques du travail alchimique sont au nombre de quatre. Elles sont en rapport avec le cycle archétypal « mort et résurrection » incarné par le cycle des saisons.

Sur le plan alchimique, elles se distinguent par la couleur que prend la matière au fur et à mesure des différentes phases opératives : calcination (noir), lessivage (blanc), sublimation (jaune), pour obtenir l'incandescence (rouge).


(voir le détail de ces étapes alchimiques et la description du processus complet : ici)

Une fois la personnalité-mana dissoute, c'est l'archétype de l’homme cosmique qui ré-ordonne les composantes de la psyché harmonieusement, comme le fait un cristal plongé dans une solution.
D’où le symbole du mandala comme image fondamentale du Soi. Jung appelle aussi le Soi "Dieu en nous".
C'est une manière totalement nouvelle et différente de rencontrer notre propre être :
Le moi individué se sent désormais comme l'objet d'un sujet inconnu et super ordonné, comme le langage par rapport à l'intelligence, ou comme la relation entre le soleil et la terre.
Il devient alors aussi rayonnant et incorruptible que l’Or.


L'homme individué ne s'émeut pas devant les événements. Il n'est affecté que sur des plans inférieurs de son être et peut demeurer impassible devant des incidents très agréables ou désagréables.
Il est parfois poussé vers des tâches très difficiles ; il peut les réaliser car des forces surgissant du Soi lui permettent de nager à contre courant des valeurs collectives.
Sa position dans le cosmos a changé radicalement, son nouveau centre de gravité le fait vivre en fraternité mystérieuse avec les animaux, les dieux, les cristaux, les astres, sans admiration, ni réprobation, ni orgueil.

CONCLUSION : 

Comme on a pu le voir, ce processus s’apparente à un véritable voyage initiatique et, de ce point de vue, entre en totale convergence avec les étapes décrites dans diverses traditions spirituelles d’Orient et d’Occident. La démarche philosophique conduit aussi à cette métamorphose de l’âme, par la voie de l’Eros,  « la nostalgie des Origines », de cette unité à recréer à chaque fois au plus profond  de chacun de nous.

Le Soi est ce qu’on pourrait appeler l’archétype de l’homme universel qui transcende toutes les cultures et toutes les époques et que nous devons rechercher en nous-mêmes pour répondre aux défis qui se posent aujourd’hui à l’humanité.

Texte trouvé ici
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1 commentaire:

  1. Merci, Licorne pour ce blog que je découvre avec passion.

    Commentaire n°1 posté par Elisabeth Berger le 25/02/2014 à 17h42

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