vendredi 30 janvier 2015

Yin Yang Jung ou la conjonction amoureuse des contraires

Samedi 23 février 2013

Comme je l'ai déjà dit, je n'analyserai pas dans le détail les deux derniers rêves...20 et 21.
Mais je m'attarderai juste un peu sur un symbole 
qui apparaît dans le deuxième :
celui du Yin-Yang.
Magnifique image que celle de ces deux chiens, rencontrés au bord du chemin, 
blottis l'un contre l'autre dans une position rappelant celle du célèbre "Taijitu".


Remarquons , au passage,
que le mot "chien" est l'exact anagramme 
du mot "Chine"...est-ce un hasard ?
Peut-être...peut-être pas...
(La Chine apparaissait déjà à la fin du premier rêve.)

Les animaux, l'un noir, l'autre blanc, sont blottis l'un contre l'autre, 
dans une attitude sans doute tendre et confiante...
Peut-on trouver plus belle illustration de cette notion centrale 
qu'est l'union des contraires ?


Les opposés, ici, ne se combattent pas...aucun des deux ne cherchent à dominer l'autre...
ils sont "ensemble" et ne forment qu'UN.
La sempiternelle dualité se résout en une belle Unité.

Dans cette marche "initiatique" qu'est l'ascension de la montagne, 
croiser ces deux chiens n'est pas étonnant car le chemin d'individuation est toujours dirigé vers cela même : vers l'union des opposés, vers la réconciliation du rêveur avec lui-même et avec le monde qui l'entoure, 
vers l'intégration de tous les aspects de lui-même, de toutes ses "facettes", 
y compris celles qui semblent contradictoires.
La psychologie de Jung tourne d'ailleurs toute entière autour de ce concept 
qui rejoint le symbole "Yin et Yang" des Orientaux.(*)

Il ne s'agit pas de faire "disparaître" les côtés antagonistes en nous mais, 
après les avoir reconnus, de les harmoniser, de les "unir", de les "marier" en quelque sorte...
il s'agit, par la conjonction, de les "transfigurer" afin de donner naissance
 à une conscience personnelle toujours plus "différenciée", toujours nouvelle...
fruit de l'union du conscient et de l'inconscient.

Il s'agit de dépasser la dualité, le conflit, le "choc des contraires" 
pour aller vers une réunification harmonieuse qui amène 
la paix et la fécondité dans notre vie psychique.

Union du Roi et de la Reine
(Alchimie)

Et pour ce faire, le Soi nous envoie généreusement, au travers des rêves, 
de nombreux symboles, symboles qui sont toujours parfaitement adaptés 
à notre situation actuelle...
Les symboles sont très précieux car ils sont riches, complexes 
et capables d'exprimer une "totalité", 
ils ont la capacité  de "faire l'union" entre le conscient et l'inconscient
de "faire l'union" entre les opposés. C'est là leur fonction et leur rôle.

(voir article écrit précédemment : ICI)

Le problème est que, très souvent, au lieu d'aborder les rêves par la pensée symbolique, 
on a tendance à les aborder par une pensée "conceptuelle"...
réduisant ainsi l'infinie richesse de leur contenu à du "déjà connu"...du "répertorié"...
Chaque fois que l'on agit ainsi, c'est la "vie" du rêve qui s'échappe...

Ce qui venait du Soi est alors accaparé par le moi conscient, 
qui, soutenu par l'intellect,  ramène tout à ses vues personnelles et étroites 
et s'empresse de "cataloguer", de "ficher" ce qu'il rencontre, 

En refusant de se laisser interpeller et déranger dans ce qu'il croit, 
dans ce qu'il sait, le Moi "rate" ainsi l'apport de l'inconscient...
il passe à côté de la partie "invisible", "ombragée"
 et "encore incomprise" du message onirique et ce faisant,  
il rate l'accès à l'unité possible,
 à l'union "féconde" du conscient et de l'inconscient.

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Voici un texte qui résume bien cela...
Il est tiré du livre "Le sel des rêves" de Pierre Trigano et Agnès Vincent :

" Le chemin d'individuation est une expérience de vie qui ne peut être inféodée à un a priori doctrinal. Lorsque l'unitéralité du concept prétend le connaître, le posséder, le conduire, il s'évanouit.

Le pouvoir de maîtrise du concept peut certes renforcer de manière défensive le moi conscient, 
mais en le privant de l'intégration vivifiante de l'inconscient.


Jung écrit dans un texte extrait de son livre "Psychologie du Transfert", 
que les théories intellectualistes qui prétendent fonder une connaissance scientifique de la psyché
 ne voient pas en réalité la vraie nature de l'inconscient, 
car "elles se servent d'un langage conceptuel qui n'a pas la moindre affinité
 avec le symbolisme dense et fort de l'inconscient."

Pour Jung, la pensée qui seule peut être en mesure d'approcher vraiment l'inconscient 
doit elle-même être imagée et symbolique.
Elle doit prendre, nous dit-il, dans un langage alchimique, "la forme ignée de l'eau véritable",
 c'est-à-dire "procéder de l'expérience vécue des contenus inconscients", 
loin du domaine de l'abstraction et de l'intellect.


      ... le parti de Jung n'est en rien un dénigrement de la pensée. 
Il met simplement en garde contre une pensée qui prétend réduire le symbole au concept,
 c'est-à-dire assécher l'eau de l'inconscient, 
se faisant ainsi l'expression du désir de toute-puissance du moi 
au lieu d'intérioriser le point de vue qui vient du coeur de la psyché 
et qui est "l'eau ignée", la conjonction du feu et de l'eau, du masculin et du féminin, 
l'alliance vivifiante du conscient et de l'inconscient.

C'est ce coeur que Jung appelle le "Soi", qui cherche à s'exprimer au travers du rêve.

Ce point de vue est  l'union, la conjonction des contraires 
qui vise à faire de la vie psychique une unité vivante 
transcendant l'unilatéralité dans laquelle le moi conscient risque toujours de s'enfermer.

La pensée conceptuelle ne peut faire que renforcer l'abstraction de cette unilatéralité 
et risque toujours de manquer le contact avec ce "feu" (humide !) 
de la conjonction amoureuse des contraires 
qui recherchent leur alliance dans notre être."



Alors quels sont les "amoureux contraires" évoqués par ces deux chiens noirs et blancs, 
qui dorment paisiblement l'un contre l'autre et que la rêveuse croise 
juste avant de pénétrer dans une magnifique forêt, une forêt "magique" ?
Je la laisserai se pencher sur la (longue) "liste" des possibles 
et répondre elle-même à cette question...
et  je me contenterai de lui dire "merci" pour cette splendide image symbolique, 
qui, j'en suis sûre, parlera à beaucoup !

La Licorne


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(*) Pour ceux et celles qui ne seraient pas familiers avec la pensée chinoise,
 voici un petit rappel concernant le Yin et le Yang :
Tout peut être classé selon la théorie du Yin et du Yang.

Par exemple, le féminin est yin et le masculin est yang; 
la nuit est yin, le jour est yang; 
la faiblesse est yin, la force est yang.
Le concept du Yin et du Yang symbolise les deux forces opposées
 présentes en chaque être vivant.

C'est l'interaction de la totalité du Yin et Yang 
qui a donné la vie et lui a permis de se développer.

Le modèle du Yin et du Yang permet de rendre compte de la naissance, 
du développement, du déclin et de la renaissance de toute chose créée.
Le Yin et le Yang sont deux expressions d'une même réalité, ils sont inséparables tant que dure la manifestation ; s'ils se séparent, c'est la fin de cette manifestation.

La représentation du Yin et du Yang est un cercle et une ligne courbe séparant le Yin et le Yang, 
suggérant qu'ils sont tous deux produits et contenus dans la rondeur.

La ligne harmonieuse qui les sépare indique 
qu'ils interagissent sans heurts et efficacement.



Rappelons aussi que l'équilibre entre le Yin et le Yang 
n'est pas un équilibre statique
mais un équilibre dynamique, vivant...
les contraires y effectuent la "danse de la vie"...








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