jeudi 31 décembre 2015

Le premier rêve de l'année

Jeudi 31 décembre 2015

Que rêver pour les 12 mois à venir ? Gagner à la loterie, trouver sa moitié, voyager au Japon…
On a tous son petit souhait que l’on aimerait voir se réaliser dans l’année.
Les Japonais eux, jamais avares de traditions porte-bonheur, ont carrément le rêve idéal qui, s’il est fait durant la première nuit de l’An Nouveau, porterait chance toute l’année ! On appelle ce rêve... Hatsuyume.

Hatsuyume, qui signifie littéralement “premier rêve”, désigne donc ce rêve particulier dont le contenu serait annonciateur de bonne augure pour le rêveur.
Celui-ci doit être traditionnellement fait la nuit du 1er au 2 Janvier.
En effet, par le passé, la nuit du 31 Décembre était souvent passée sans dormir, donc le hatsuyume était le rêve vu durant la nuit du 1er Janvier.

Mais quel est donc ce rêve au contenu quasi-magique ?! Et bien il est de bonne augure de rêver
-1- du Mont Fuji,
-2- d’un faucon,
-3- et… d’aubergine !



Cette croyance remonterait au début de la période Edo (1600-1868), mais il existe plusieurs théories concernant les origines pour lesquelles cette combinaison “originale” fut considérée comme particulièrement de bon augure.

La première suggère que ce drôle de tiercé serait porteur de chance de par la symbolique positive de ses trois éléments : le Mont Fuji est la plus haute montagne du Japon, le faucon est un oiseau intelligent et fort, et le mot pour aubergine (nasu ?? ou nasubi ???) évoque la réalisation de quelque chose de grand .

D’autres prétendent que le Fuji, les faucons et les premières aubergines de l’année étaient des plus appréciés par le shôgun Tokugawa Ieyasu…

Comme beaucoup d’autre traditions anciennes, ses origines se perdent donc dans le fil de l’Histoire.
Mais le hatsuyume reste bien connu des Japonais, dont ils mémorisent le contenu sous la forme “Ichi-Fuji, Ni-Taka, San-Nasubi” (Fuji, faucon, aubergine).

Il existerait même une suite à cette liste, Yon-Sen, Go-Tabako, Roku-Zatô (éventail, tabac, masseur aveugle) bien que ses origines soient inconnues et qu’il soit de fait difficile de savoir si elles ont été ajoutées après les trois éléments d’origine ou si la liste étaient de six éléments dès le départ.

Article trouvé ici



Je vous souhaite une très belle année 2016
et de beaux rêves au cours de la nuit qui vient... ;-)

La Licorne



mercredi 30 décembre 2015

La répression du rêve au cours des siècles

Mercredi 30 décembre 2015


Toute époque de la pensée humaine 
pourrait se définir, 
de façon suffisamment profonde, 
par les relations qu'elle établit 
entre le rêve et la vie éveillée."
Albert Béguin



Le rêve policier de la Rome impériale

Rome fut la seule civilisation antique qui ne produisit aucune clé des songes. 
Les historiens Tacite et Suétone racontent plusieurs anecdotes 
où le récit d'un rêve servit à des accusations pour crime de lèse-majesté. 
Au 1er siècle, l'empereur Tibère obligeait les interprètes de rêves 
à se faire seconder par un observateur, 
dont la mission était en fait de dénoncer aux autorités les rêveurs séditieux
Dans le même but, des indicateurs de police spéciaux 
furent plus tard chargés d'inciter les citoyens à raconter leurs rêves.



Le rêve condamné

Influencée peut-être par l'héritage romain, l'autorité religieuse 
adopta très vite une position bien plus sévère 
que les théologiens (au départ simplement hésitants). 
Il s'agissait d'abord de lutter contre les hérétiques 
qui proclamaient possible l'accès direct de l'humain au divin. 
Ils furent traités de "jeteurs de rêves", 
accusation qui servit longtemps puisqu'on la retrouve prononcée 
contre les Cathares ou dans les dossiers de l'Inquisition.

Profitant ensuite du vide créé par les invasions barbares, 
le pouvoir spirituel devint temporel, puis absolu.
Le combat contre le paganisme servit de prétexte à la répression du rêve
Le premier concile d'Ancyre (314) avait condamné 
les interprètes de songes à cinq ans de pénitence.
Le pape Grégoire les punit de mort au début du VIIème siècle.

On détruisit les temples d'Asclépios et d'Esculape
Trop ancrée dans les moeurs, la pratique de l'incubation 
persista quelque temps. 
Elle fut peu à peu remplacée par le culte des saints, 
le rêve guérisseur par la prière, la guérison onirique par le miracle.

Le mot cauchemar, à l'étymologie incertaine,
apparut au Moyen-Âge. 
Dans les régions scandinaves et celtes,
on combattit les croyances chamaniques 
pour lesquelles l'onirisme compte tant.

On transforma en visites des anges 
les rêves initiatiques des légendes populaires.


Des récits de "songes importants" furent largement colportés
dans l'Europe moyen-âgeuse.
Peuplés de créatures perverses, monstrueuses ou apocalyptiques, 
ils servaient tantôt à persuader les fidèles que le diable inspire les rêves, 
tantôt à faire le portrait des rêveurs hérétiques
L'Inquisition en fit ensuite ses pièces à conviction dans les procès de sorcellerie, 
souvent en accentuant leurs contenus sexuels. 

L'histoire du rêve en Occident est une chronique des temps obscurs.
.
Sylvain Michelet - Roger Ripert - Nicolas Maillard
"Le livre des rêves"


mardi 29 décembre 2015

Les rêves dans la Bible (2) : le Nouveau Testament

Mardi 29 décembre 2015


Surprenante rareté

Jésus eut des visions mais jamais aucun rêve, à en croire l'Evangile. 
Le contraste avec l'Ancien Testament est saisissant.
Matthieu est le seul évangéliste à mentionner des rêves, six exactement, 
faits par des personnages secondaires de l'aventure christique,
 Joseph, les Rois mages et la femme de Ponce Pilate. (*)

Les quatre rêves cités dans les Actes des apôtres 
concernent tous Paul, qui n'a jamais connu le Christ. 
Ils sont loin d'avoir l'impact de la vision qui le convertit sur la route de Damas.

Outre leur rareté, les rêves du Nouveau Testament, 
s'ils ne s'écartent pas de la tradition biblique des rêves annonciateurs, 
sont brefs, jamais décrits, et apportent plus des messages ponctuels 
que de véritables prophéties. 

Et Jude, dans la dernière Epître, 
met en garde les chrétiens contre les impies, 
"entraînés par leurs rêveries". Ultime avertissement 
contre l'onirisme, prélude à sa condamnation ?
.

(*) Voici le passage d'Evangile dans lequel Matthieu fait allusion 
à la femme de Ponce Pilate :
 « Or, tandis qu'il siégeait au tribunal, son épouse lui fit dire : 
“ Ne te mêle point de l'affaire de ce juste ;
car aujourd'hui j'ai été très affectée dans un songe à cause de lui ”. »
Chapitre 27, v19.



Rêve de Joseph


De tolérants débuts

Dès son origine, le christianisme sembla donc éprouver
 de l'indifférence, voire du mépris envers le rêve. 
Il serait pourtant hâtif de croire cette attitude inhérente à sa pensée. 
Oubli et répression viendront plus tard, et dans des circonstances 
qui tiennent plus à l'histoire qu'au débat d'idées. 

Les premiers chrétiens, loin de le condamner, 
professaient sur l'onirisme les opinions de leur époque. 
Ils réaffirmèrent son rôle de messager divin,
 dans lequel Xantipe, par exemple,
voyait une preuve de l'existence de Dieu.

Toujours considéré comme grand théologien par l'Eglise orthodoxe, 
saint Jean Chrysostome ("bouche d'or" en grec) 
étudia en détail chaque rêve biblique 
et conclut que l'onirisme peut conduire tout  humain à la spiritualité.

Justin, martyr du IIème siècle, pensait qu'en apportant à l'âme 
une connaissance située hors du monde sensible,
 les rêves prouvent son immortalité.

Sylénius de Cyrène proclamait vers 400 : 
"L'un apprend réveillé, l'autre dans ses rêves."

Clément les comparait à la lumière divine et écrivit : 
"Ne fermons pas la porte, nous qui sommes fils de la lumière,
à la lumière des rêves, mais tournons-la vers nous-mêmes.
Le rêve, moyen d'introspection et de cheminement spirituel ! 

Voilà qui détonne avec l'image d'un rejet viscéral, 
que contredisent aussi les classifications de Macrobe 
et l'intérêt porté aux aspects profanes du rêve par Tertullien.


Rêve de Constantin

Plus encore, en 312 l'empereur Constantin
adopta à la suite d'un rêve 
le monogramme du Christ comme étendard, 
à la veille de la victoire décisive qui conforta son pouvoir 
et l'incita à cesser la persécution des chrétiens. 
Et un autre rêve le conduisit à fonder Constantinople
future capitale de l'Empire chrétien d'Orient.

Le paradoxe est total, le rêve servait d'assise
à l'institution qui allait le réprimer.
.
Sylvain Michelet -Roger Ripert- Nicolas Maillard
"Le livre des rêves"
.


lundi 28 décembre 2015

Les rêves dans la Bible (1) : l'Ancien Testament

Lundi 28 décembre 2015


DES REVES PROPHETIQUES

Dieu parle en rêve aux humains, aux Elus, aux prophètes. 
Tous les rêves mentionnés dans l'Ancien Testament viennent de lui. 
Tous annoncent sa volonté ou les événements qui en découleront.
Le rêveur sert d'intermédiaire à des messages
souvent transmis par des anges 
et destinés en grande majorité au peuple tout entier.

Leur origine et leur sens sont évidents 
(rêves théorèmatiques, dirait Artémidore). 
Les rêves allégoriques sont rares. 
Ils sont immédiatement clarifiés par une vision ou une apparition.
Les rêves qui échappent à cette règle et nécessitent une élucidation sont, 
à une seule exception près ("L'épée de Gédéon", voir ci-dessous), 
faits par les rois païens Pharaon et Nabuchodonosor.
Et Joseph et Daniel les proclament inspirés par Dieu, 
tout comme les interprétations qui leur valent honneurs et richesses 
(Genèse 41:16 et 25, Daniel 2 et 4).

Dans ce contexte prophétique, 
rien ne distingue vraiment les rêves des visions 
et il est difficile de définir une conception biblique spécifique à l'onirisme.
Les rêves indiqués comme tels appartiennent à trois catégories : 
ils encouragent ou désignent un élu, ordonnent ou avertissent 
et, dans quelques cas seulement, apportent une prémonition.

L'opinion quant à leur valeur évolue.
Nombreux et importants, les songes des trois premiers livres 
accompagnent la création et l'alliance. 
Dès le quatrième, Dieu fait remarquer que s'il continuera 
à parler dans leurs rêves aux prophètes, 
c'est "bouche à bouche" qu'il s'adresse à Moïse, 
le transmetteur de la loi (Nombres 12:6).

Le Deutéronome commence la longue série d'accusations 
contre les faux prophètes qui prétendent 
leurs rêves envoyés par d'autres dieux. 
L'onirisme est peu à peu déprécié.
Les espoirs vains des ennemis d'Israël 
sont comparés aux rêves frustrants de l'affamé (Isaïe 29:8). 
L'assimilation des coutumes païennes par son peuple exilé 
provoque la colère de Dieu. 
Condamnant l'incubation, il le prévient de ne pas écouter les songes, 
de ne pas chercher à les provoquer (Jérémie 29:8),
 il critique ceux qui "passent la nuit dans des cavernes" (Isaïe 65:4).

 L'Ancien Testament ne ferme cependant 
jamais définitivement la porte aux rêves. 
Même aux moments où Dieu abandonne son peuple, 
il continue à parler dans les rêves de certains. 
Les multiples rejets de la divination 
ne mentionnent jamais l'oniromancie.

L'Ecclésiaste relie vanités, tracas et multitude des songes (5:2 et 6), 
mais Job réaffirme que "Dieu parle dans le rêve
et "ouvre alors les oreilles des hommes" (33:14 et 16). 
Et Joël, semblant ignorer que la faculté de rêver diminue avec l'âge, 
affirme qu'au jour de l'accomplissement 
les "vieillards auront des songes et les jeunes gens des visions" (Joël 2:28).


L'EPEE DE GEDEON

La Bible ne contient qu'un seul rêve symbolique 
expliqué par un humain sans le secours divin. 
A la veille du combat, le libérateur Gédéon
se glisse dans le camp ennemi 
et entend un soldat raconter :

"J'ai eu un songe; et voici, un gâteau de pain d'orge 
roulait dans le camp de Madian, 
il est venu heurter jusqu'à la tente, 
et elle est tombée. Il l'a retournée sens dessus dessous, 
et elle a été renversée. 
Son camarade répondit :
 ce n'est pas autre chose que l'épée de Gédéon. 
Dieu a livré entre ses mains Madian et tout son camp."
(Juges 7:13)

Bien qu'immédiate, l'explication ne paraît pas évidente 
hors du contexte judaïque. 
Elle fait appel à un symbole simple : 
le pain d'orge représente Israël sédentarisé.
A un niveau plus élaboré elle illustre la complexité de l'hébreu, 
qui va donner sa richesse à l'interprétation juive des rêves .
Elle rassure en tout cas Gédéon, 
et lui suggère une ruse qui donnera la victoire. 
Aussi ordinaire soit-il, le rêve biblique est toujours prophétique.
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Sylvain Michelet- Roger Ripert- Nicolas Maillard
"Le livre des Rêves"
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Rêves entourant la naissance de Jésus

Dimanche 27 décembre 2015




L'Evangile de Matthieu, dans le Nouveau Testament, est l'un des deux évangiles qui relatent en détail la naissance de Jésus (l'autre étant celui de Luc).

Dans ce texte très connu, on trouve à quatre reprises des allusions à des songes ou des rêves...
Et ce sont des rêves qu'on pourrait dire "directifs", puisqu'à chaque fois, ils indiquent au(x) rêveur(s) le chemin à suivre.

Dans un premier temps, ce sont les Rois Mages qui sont ainsi "conseillés" quant à leur trajet...afin d'échapper aux intentions criminelles du roi Hérode puis c'est Joseph qui est averti trois fois de suite.

Ce dernier voit en rêve un ange. Veillant sur sa sécurité et sur celle de sa famille, cet ange l'incite d'abord à fuir en Egypte. Plus tard, il lui indique le moment propice pour revenir dans son pays, et enfin, au retour, Joseph est divinement "guidé" afin de s'installer dans le village de Nazareth, en Galilée, plutôt qu'en Judée.



"Jésus étant né à Bethléem en Judée, au temps du roi Hérode, voici des mages d'Orient arrivèrent à Jérusalem,et dirent: Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Car nous avons vu son étoile en Orient, et nous sommes venus pour l'adorer.

Le roi Hérode, ayant appris cela, fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les principaux sacrificateurs et les scribes du peuple, et il s'informa auprès d'eux où devait naître le Christ.Ils lui dirent: A Bethléem en Judée; car voici ce qui a été écrit par le prophète:
Et toi, Bethléem, terre de Juda, Tu n'es certes pas la moindre entre les principales villes de Juda, Car de toi sortira un chef Qui paîtra Israël, mon peuple.

Alors Hérode fit appeler en secret les mages, et s'enquit soigneusement auprès d'eux depuis combien de temps l'étoile brillait.Puis il les envoya à Bethléem, en disant: Allez, et prenez des informations exactes sur le petit enfant; quand vous l'aurez trouvé, faites-le-moi savoir, afin que j'aille aussi moi-même l'adorer.

Après avoir entendu le roi, ils partirent.
Et voici, l'étoile qu'ils avaient vue en Orient marchait devant eux jusqu'à ce qu'étant arrivée au-dessus du lieu où était le petit enfant, elle s'arrêta. Quand ils aperçurent l'étoile, ils furent saisis d'une très grande joie.

Ils entrèrent dans la maison, virent le petit enfant avec Marie, sa mère, se prosternèrent et l'adorèrent; ils ouvrirent ensuite leurs trésors, et lui offrirent en présent de l'or, de l'encens et de la myrrhe.

Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner vers Hérode, ils regagnèrent leur pays par un autre chemin.

Tableau de Rembrandt : Le songe de St Joseph

Lorsqu'ils furent partis, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph (*), et dit : Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, fuis en Égypte, et restes-y jusqu'à ce que je te parle; car Hérode cherchera le petit enfant pour le faire périr. Joseph se leva, prit de nuit le petit enfant et sa mère, et se retira en Égypte.

Il y resta jusqu'à la mort d'Hérode, afin que s'accomplît ce que le Seigneur avait annoncé par le prophète:
J'ai appelé mon fils hors d'Égypte.

Alors Hérode, voyant qu'il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléem et dans tout son territoire, selon la date dont il s'était soigneusement enquis auprès des mages.

Alors s'accomplit ce qui avait été annoncé par Jérémie, le prophète:
On a entendu des cris à Rama, Des pleurs et de grandes lamentations: Rachel pleure ses enfants, Et n'a pas voulu être consolée, Parce qu'ils ne sont plus.

Quand Hérode fut mort, voici, un ange du Seigneur apparut en songe à Joseph, en Égypte, et dit:
Lève-toi, prends le petit enfant et sa mère, et va dans le pays d'Israël, car ceux qui en voulaient à la vie du petit enfant sont morts."



Joseph se leva, prit le petit enfant et sa mère, et alla dans le pays d'Israël.
Mais, ayant appris qu'Archélaüs régnait sur la Judée à la place d'Hérode, son père, il craignit de s'y rendre; et, divinement averti en songe, il se retira dans le territoire de la Galilée, et vint demeurer dans une ville appelée Nazareth, afin que s'accomplît ce qui avait été annoncé par les prophètes: Il sera appelé Nazaréen."

Evangile de Saint Matthieu, chapitre 2





(*) Ce n'était pas la première fois qu'un ange lui apparaissait en songe. 
Au chapitre 1, verset 20, Matthieu raconte le tout  premier rêve de Joseph, qui, en découvrant que Marie, sa fiancée, est enceinte, est tenté un moment de la répudier.
« Comme il y pensait, voici un ange du Seigneur lui apparut en songe et dit :
Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre avec toi Marie, ta femme, car l’enfant qu’elle a conçu vient du Saint Esprit ; elle enfantera un fils et tu lui donneras le nom de Jésus… »

Sont donc évoqués, dans les deux premiers chapitres de l'Evangile de Matthieu, pas moins de cinq rêves associés à la naissance et à l'enfance de Jésus, quatre d'entre eux étant adressés à Joseph et le cinquième aux Rois Mages.
Ils sont à chaque fois pris au sérieux et Joseph y voit spontanément une expression de la volonté d'en-haut, un message divin et protecteur auquel il obéit immédiatement, sans douter une seconde de sa validité.

Cela laisse supposer qu'à l'époque, on accordait naturellement une grande importance au rêve...non pas en tant que manifestation de l'inconscient, évidemment, mais en tant que canal  privilégié pour recevoir la "voix" et la "guidance" de Dieu - l'ange jouant, dans de nombreux cas, le rôle d'intermédiaire entre l'Eternel et l'être humain.

La Licorne

vendredi 25 décembre 2015

Rêve de la nuit de Noël

Vendredi 25 décembre 2015


J'ai fait un rêve, la nuit de Noël.
Je cheminais sur la plage, côte à côte avec le Seigneur.
Nos pas se dessinaient sur le sable, laissant une double empreinte,
la mienne et celle du Seigneur.

L'idée me vint - c'était un songe -
que chacun de nos pas représentait un jour de ma vie.
Je me suis arrêté pour regarder en arrière.
J'ai vu toutes ces traces qui se perdaient au loin.
Mais je remarquai qu'en certains endroits,
au lieu de deux empreintes, il n'y en avait plus qu'une.


J'ai revu le film de ma vie.
O surprise !
Les lieux de l'empreinte unique
correspondaient aux jours les plus sombres
de mon existence.
Jours d'angoisse ou de mauvais vouloir ;
jours d'égoïsme ou de mauvaise humeur ;
jours d'épreuve et de doute ;
jours intenables...
jours où, moi aussi, j'avais été intenable.

Alors, me tournant vers le Seigneur, j'osai lui faire des reproches :
"Tu nous a pourtant promis d'être avec nous tous les jours !
Pourquoi n'as-tu pas tenu ta promesse ?
Pourquoi m'avoir laissé seul aux pires moments de ma vie ?
Aux jours où j'avais le plus besoin de ta présence ?"

Mais le Seigneur m'a répondu:
" Mon ami, les jours où tu ne vois qu'une trace
de pas sur le sable,
ce sont les jours, où je t'ai porté."
Ademar de  Barros,  poète brésilien 
.


jeudi 10 décembre 2015

Le tunnel obscur dans la lumière infinie

Jeudi 10 décembre 2015



Il existe un tunnel obscur dans la Lumière infinie. 
On l'appelle "TEMPS"

Lorsqu'un humain entre dans ce tunnel, 
On appelle cela "NAÎTRE".

Lorsqu'un humain marche au long de ce tunnel, 
On appelle cela "VIVRE".

Lorsqu'un humain sort de ce tunnel, 
On appelle cela MOURIR".

Considérer que vivre se réduit à évoluer au long de ce tunnel obscur, 
Cela s'appelle "ILLUSION".

Percer des trous dans ce tunnel obscur, 
Cela s'appelle "SCIENCE".

Savoir que la Lumière est autour du tunnel, 
Cela s'appelle "FOI".

Voir la Lumière dans le tunnel obscur, 
Cela s'appelle "AMOUR".

Voir la Lumière à travers le Tunnel obscur, 
Cela s'appelle "SAGESSE".

Éclairer le tunnel obscur de sa propre Lumière, 
Cela s'appelle "SAINTETE".

Confondre la Lumière et le tunnel obscur, 
Cela est au-delà des mots.
.
Texte taoïste
.



Merci à  Jean qui m'a envoyé ce texte...
texte qui répond de façon incroyablement précise
au rêve précédent, je trouve...




mardi 1 décembre 2015

Rêve 38 : Le tube noir et la lumière blanche

Mardi 1er décembre 2015



La nuit dernière j’ai fait un rêve étrange. 
Je voyais un tube noir, comme un stylo,
ouvert aux deux bouts. 
Mon être était réduit à un tout petit point 
qui traversait facilement le tube
et pouvait sortir aux deux bouts. 
Lorsqu’il sortait ainsi du tube, 
il débouchait dans un espace agréable 
imprégné d’une belle lumière blanche.
.


Lorsque je me suis réveillé, 
les images étaient très présentes en moi.

J’ai tout de suite pensé à deux choses : 
la naissance d’un bébé sortant du ventre de sa mère 
et une expérience de NDE (Near Death Experience), 
où ceux qui ont vécu ce genre d’expérience, 
parlent souvent d’un tunnel à traverser 
avant de déboucher dans un espace lumineux.

Je ne suis pas un spécialiste de l’interprétation des rêves
mais celui-ci m’a tout de même interpellé.

Rêve reçu 
le 1er décembre 2015
.



lundi 9 novembre 2015

La personnalité entière de l'Homme

Lundi 9 novembre 2015


Le Soi est un terme qui désigne la personnalité entière.
La personnalité entière de l'Homme est indescriptible.

Sa conscience peut être décrite, mais son inconscient ne peut l'être,
parce que l'inconscient — je dois le redire — est toujours inconscient,
vraiment inconscient et vraiment inconnu (rire).
 
Ainsi, nous ne connaissons pas notre personnalité inconsciente.
Nous avons des indices, certaines idées,
mais nous ne la connaissons pas réellement.

Personne ne peut dire où l'Homme s'arrête.
Et c'est la beauté dans tout ça ; c'est vraiment intéressant.
L'inconscient de l'Homme peut parvenir Dieu sait où ;
nous allons donc vers des découvertes.
.
.



samedi 7 novembre 2015

Interprétation du rêve : "Les frontières du mystère"

Samedi 7 novembre 2015

Reprenons maintenant le déroulement
du rêve éveillé d'Estelle...

Dès le début, il y a une interrogation fondamentale :  
Qui suis-je ?
Suis-je ma personnalité ? 
Suis-je mon corps ?  Suis-je mon âme ?
Suis-je encore plus vaste ? Suis-je "partie du monde" ?

Et puis il y a le désir de quitter les limites quotidiennes de l'ego 
et d'approcher de plus près les "frontières du mystère"...
ce désir-là est profond...
mais il se heurte à de l'incertitude et à de la désorientation : 
"je ne sais pas dans quelle direction aller", "je n'y arriverai pas seule"...


La première image qui apparaît, au sommet de la montagne, 
ce sont "des morceaux de tissus blancs, avec des inscriptions" ...
des morceaux de tissu qui représentent des "pensées"...
qui "s'envolent au vent"...
Les pensées ne sont plus "attachées" à un fil, 
mais se mettent alors à voler "librement" dans les airs...

Comment ne pas penser, à l'évocation de cette image,
aux "drapeaux de prière" accrochés
sur les hauteurs du Tibet,
drapeaux dont les formules sacrées imprimées
sont, suivant les croyances locales,
"dispersées dans l'espace" par le vent qui les caresse ?


Et comment mieux décrire aussi
le détachement progressif des "certitudes"...
et le dépassement du mental...?

C'est la première étape pour s'approcher du mystère : 
arrêter de "s'accrocher" à des idées et des conceptions figées...
laisser le "vent" du changement emporter les pensées là où elles doivent aller...

Et puis la neige se met à fondre...
là encore, c'est une image de fluidité retrouvée...
la neige blanche et froide, glaciale... redevient eau qui court...
Le "mouvement de la vie" peut repartir...
et on passe de la couleur blanche, unie ...
à de grands foulards multicolores qui bougent, qui "dansent", 
qui sont dans un mouvement perpétuel...


La "danse de la réalité" est entraperçue...
mais la rêveuse se sent encore trop "tendue", trop crispée,
pour y participer elle-même...
elle se contente de la regarder et d'admirer 
sa beauté, sa pureté et sa vérité...

Ce n'est qu'au moment où les foulards se transforment 
en danseuse hindoue, en femme...
que la rêveuse, enfin, se met à "entrer dans la danse"...
une danse qui fait irrésistiblement penser 
à la "danse de Shiva" avec ses multiples bras...
...c'est une "danse d'énergie",
une danse qui embrasse tout ce qui existe...


D'ailleurs la rêveuse se sent grandir, grandir, se déployer...
jusqu'à atteindre une taille gigantesque...
jusqu'à rejoindre ce sentiment d'union avec "le tout"...
comme si son corps et ses membres s'allongeaient à l'infini 
et qu'elle pouvait "toucher" tout ce qui est.

C'est aussi une danse lascive...à la fois énergétique et corporelle, 
un mouvement qui inclut aussi la dimension sexuelle, 
C'est une danse à la fois féminine et cosmique, 
une danse de "tout l'être"...
une danse qui lui rappelle l'immensité
de ce qu'elle est...


Et puis, il y a une "séparation" qui se produit en elle...
une séparation entre la droite et la gauche, 
une sorte de "dédoublement" qui est aussi une "ouverture"...
et la sensation de ne plus "être son corps" mais d'être bien plus...
Ce qui se révèle essentiel, c'est ce qui est "dedans", à l'intérieur...
c'est  le "coeur", le "centre"...

Et ce qui est important,
c'est ce qui "sort" de ce coeur :
une immense "liane" qui se présente 
comme un "axe" ou une "échelle" qu'on peut gravir...
une liane qui est aussi un "guide" : une liane qui montre le chemin...
et autour de laquelle la rêveuse monte "en spirale"
...vers l'infini...



Elle retrouve à ce moment-là à la fois
son identité ("je suis une âme") et le "chemin intérieur", 
le "chemin vers le mystère de l'être et du monde", 
ce "chemin d'évolution en spirale"
qui emmène toujours plus loin 
vers le "Mystère" de ce que nous sommes, 
Mystère qui rejoint celui du monde extérieur...celui du cosmos...
Mystère avec lequel elle sent ne faire qu'UN.

Mystère qui s'inscrit au plus profond d'elle-même, 
jusque dans la moindre de ses cellules...
et sans doute jusque dans son...ADN
ADN qui lui aussi est une spirale interne mystérieuse, 
une double spirale qui n'a pas encore livré tous ses secrets.



.
Et c'est là un très beau rêve, je trouve, 
un rêve qui nous parle vraiment de ce qu'on peut atteindre 
quand on accepte de "lâcher" notre ego et nos fixations
de ce qu'on peut vivre et ressentir quand on accepte 
d'accueillir les énergies dansantes de la Vie...
ces énergies vivantes et toujours en mouvement 
qui nous guident, de façon mystérieuse mais sûre,
toujours "plus haut",
vers une conscience toujours plus grande,
 dans une évolution qui n'aura sans doute...
pas de fin.

Et c'est peut-être là la définition même d'un grand rêve
un grand rêve, c'est un rêve qui nous emmène "au-delà"...
au-delà de ce que nous connaissons de nous-même, 
au-delà des images toutes faites que nous avons 
de notre personne et de notre existence, 
au-delà des définitions limitées et sclérosantes habituelles...
En résumé : au-delà de l'ego et du mental...

Un grand rêve est un rêve 
qui nous redonne accès au "Mystère de la Vie"...
et à notre véritable dimension.

Et n'y a-t-il pas plus merveilleux Mystère
que cette "reliance par le coeur"
à la partie transcendante de notre être...
 que ce "mouvement permanent",
cette "danse" du Moi autour du Soi...
cette "danse" de l'Ephémère autour de l'Eternel ?

Un Mystère que, sans doute,
nous ne comprendrons jamais dans son intégralité...
mais avec lequel nous sommes appelés,
comme nous y invite la fin du rêve,
à "rester en lien"...

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La Licorne
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jeudi 5 novembre 2015

Spirale et individuation

Jeudi 5 novembre 2015

Voici un texte dans lequel Etienne Perrot explique 
comment Jung visualise le processus d'individuation :
il le voit comme le trajet en spirale du Moi
autour de l'axe du Soi...(*) 

Rembrandt (philosophe en méditation)


L'individuation fait monter au premier plan de la personnalité
 un ordre supérieur à celui de l'ego et, 
selon toute apparence, destiné à lui survivre
Elle constitue ainsi une préparation toute naturelle au terme de l'existence, 
qui en est aussi le but. 
Jung attache une grande importance psychologique au phénomène de la mort 
et lui attribue une valeur positive, bien qu'en homme de science
 il se refuse à se prononcer sur une éventuelle survie.

L'individuation est le prix d'un long voyage fertile en péripéties : 
c'est le trésor gardé par des dragons, la Toison d'or, le saint Graal. 
Auprès des monstres, le chemin qui y mène est peuplé de figures secourables 
qui aident à franchir les passages périlleux : 
ainsi l'anima psychopompe (Ariane et son fil), 
le vieux sage, l'animal guide : rainette, tortue, lièvre, cerf.

L'arrivée s'annonce bien à l'avance 
par l'apparition de symboles de la totalité 
arbre, joyau, sphère lumineuse, pierre cubique, mandala 
(terme sanskrit désignant des figures circulaires ou carrées 
servant à la méditation). 


Cette totalité est en somme le centre virtuel 
autour duquel la révolution intérieure reliant les opposés 
s'effectue en spirale, et qui s'actualise peu à peu. 

L'être qui y est parvenu a le sentiment 
que l'axe de sa personnalité s'est déplacé. 
Le nouveau centre, appelé Soi (Selbst), 
est situé au-delà du moi qui occupe par rapport à lui 
la position d'un satellite
.
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(*) Le processus inconscient se meut en spirale autour d'un centre,
en s'en rapprochant lentement,
tandis que les caractéristiques du centre
se dessinent avec de plus en plus de clarté.
C.G. Jung 
"Psychologie et Alchimie" 
.


Ainsi, la spirale, dynamique de Vie, est aussi la forme symbolique
du développement psychologique et du cheminement spirituel...
Si la spirale descendante nous emmène vers nos profondeurs,
la spirale ascendante, elle, conduit vers la lumière...

Elle est la forme privilégiée du chemin entre la Terre et le Ciel,
elle relie la Matière et l'Esprit...
et elle nous rappelle la nécessité de passages successifs,
de transformations graduelles...sur l'axe de l'évolution...
vers le Soi.
.

Bon, j'ai développé très longuement le sujet...
J'espère fort, qu'après tous ces articles "hélicoïdaux",
je ne vous ai pas trop "donné le tournis"... ;-)
mais que tout cela vous...inspire !
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La Licorne
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Dessin de Kelilan
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mardi 3 novembre 2015

La Spirale, le Féminin, le Masculin, le Yin et le Yang

Mardi 3 novembre 2015

Dans l'imaginaire, la spirale apparaît souvent, de façon spontanée,
en liaison avec le Féminin :






Certains disent même qu'à l'origine,
la spirale aurait été un symbole spécifiquement féminin...
En tant que symbole de Vie, de Création et de Croissance,
on peut le comprendre...
mais voyons cela d'un peu plus près :


Le Féminin :
La femme, naturellement,
est accordée avec l'aspect cyclique de la vie :
chaque mois, son corps lui rappelle
qu'elle est alignée sur le cycle de la lune...
Elle est accoutumée à vivre, jusqu'au plus profond de son être,
les "cycles répétitifs" et la "roue" des saisons...
qui fait alternativement croître et décroître,
vivre et mourir...
dans un renouvellement infini...


Le Masculin :
L'homme, est, en général, impliqué
dans un processus plus "linéaire" :
il est celui qui cherche à faire "avancer"les choses...
il va de l'avant et souhaite du "nouveau", de l'"inédit"...
il "construit", il aime être facteur de "progrès"...


Alors, oui, quand quelque chose "tourne" et effectue des cycles,
(spirale plane), cela semble plus spécifiquement féminin...


Mais quand le masculin et le féminin s'entendent
et oeuvrent de concert,
quand la rotation et la translation se marient,
on retrouve le mouvement universel de la Vie,
le "mouvement dynamique" de l'évolution,
la spirale 3D (ascendante) :




C'est d'ailleurs ainsi
que s'effectue la croissance des plantes :



...la montée de la kundalini
le long des chakras :


...ou le parcours des planètes...



Rotation et ascension, révolution et élévation, 
tels sont donc les mouvements qui semblent animer l’univers.

C'est la fameuse danse du dieu Shiva,
la danse de l'énergie cosmique :




C'est aussi la danse perpétuelle du yin et du yang...
(le symbole du Tao peut en effet être vu
comme deux formes serpentines se "poursuivant"
autour d'un centre ou d'un axe central...)

Ce symbole d'union "dynamique" des opposés ...
est étroitement connecté  au symbole de la "double spirale" :











Ainsi, comme on le voit en partie dans le dessin ci-dessous,
l'évolution "en spirale" s'avère commune
au cosmos, à la nature...et à la psyché...
à ce qui est physique, psychique
et même spirituel...

(mot dont l'étymologie : "spiritus"
est la même que celle du mot "spirale" !)




Ne serait-elle pas, au final,
une structure naturelle fondamentale...
et, en quelque sorte, l'expression géométrique
du "mouvement primordial de la Vie" ?

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La Licorne
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dimanche 1 novembre 2015

Le symbole de la spirale (4)

Dimanche 1er novembre 2015

En Europe, à la Renaissance,
on connaît encore bien le symbolisme de la spirale, 
et il est souvent attesté, dans un contexte qui n’est guère ambigu.


 Détail du Christ de Vézelay

Perpétué au Moyen Age 
(comme le montrent par exemple les forces cosmiques en spirale 
pénétrant le corps du Christ, dans un crucifix irlandais daté du VIIe siècle 
et conservé à Dublin au National Mu­seum of Ireland), 
puis par Dante 
(à travers les cercles concentriques
de son Enfer et de son Purgatoire)



et par Jean de la Croix (avec sa Montée du Carmel), 
il se retrouve chez nombre d’artistes, parmi lesquels Dürer, Botticelli 
(qui a composé un célèbre vortex inversé en illustra­tion à l’Enfer de Dante) 
ou Paolo Uccello, dont le saint Georges, 
émergeant du labyrinthe et de la forêt obscure de l’inconscient, charge le dragon, 
et crée ainsi une véritable situation cosmique archétypale, 
rappelée par le tourbil­lon de nuages en spirales accumulé derrière lui.


 Sur le plan architectural,
le célèbre plafond de Saint Charles aux quatre Fontaines, 
ou la lanterne en forme de spirale
de Santo Ivo della Sapienza 
(qui n’est pas sans évoquer le minaret spiralé
de la mosquée irakienne de Samarra, 
ou le vaste mandala qu’est le temple de Borobu­dur), 
construits par Borromini, nous rappellent 
que l’évolution de l’esprit est un chemin 
en spirale ascendante vers Dieu.


À partir de la Renaissance, 
la société euro­péenne connaît de profondes mutations, 
qui seront fatales à la connaissance traditionnelle des symboles, 
et à la transmission initiatique en général.

Mais, au milieu de cette « laïcisation » des symboles, 
il est très troublant de voir des résurgences en quelque sorte spontanées, 
chez des créateurs – et non des moindres 
– qui ressentent le besoin d’introduire la spirale dans leur univers imaginaire, 
et renouent, à travers leur propre phantasmatique, 
avec cet archétype immémorial : 
E. Poe nous raconte, dans Une descente dans le Maelström, 
l’histoire d’un marin qui, absorbé par ce tourbillon, 
en com­prit la nature spiralée, et réussit à remonter à la surface ;


Van Gogh peint une extraordinaire « nuit étoilée », 
nous restituant la vie cosmique sous une forme véritablement visionnaire, 
à travers les énormes volutes animant son ciel nocturne d’un souffle puissant.

Et lorsqu’Apol­linaire écrit, dans Alcools,
Descendant des hauteurs où pense la lumière
Jardins roulant plus haut que tous les ciels mobiles
L’avenir masqué flambe en traversant les cieux,
il retrouve le même symbolisme : 
tant il est vrai que les créateurs se définissent avant tout 
par cette aptitude à s’immerger dans ces courants de forces fondamentales, 
et à les transcrire à travers leur art, leur ascèse, leur coloration personnelle. 


Un peu plus tard, les progrès de la psychologie et les travaux de C.G. Jung 
mon­treront d’ailleurs que nous sommes tous habi­tés, sans le savoir, 
par ces symboles fondamen­taux, dans ce que nous appelons notre inconscient : 
les mandalas dessinés par ses patients s’organisent souvent autour de spirales, 
et lui-même définira la spirale 
comme l’archétype du processus de développement de la psyché. 

Ainsi, la boucle est bouclée : des spirales néolithiques de Gavr’inis 
à celles des sujets étudiés par C.G. Jung, c’est bien le même psychisme humain 
qui fait effort pour se comprendre, et comprendre le cosmos, 
à travers ce splendide symbole à la fois vivant 
(car il nous implique, comme d’ailleurs tous les symboles) 
et puissamment unificateur : 
car c’est une belle source d’espérance de penser que, 
depuis l’aube de notre société jusqu’à notre période « moder­ne »,
 des hommes de cultures, de périodes, d’horizons différents ont médité, 
parfois de façon très savante, parfois plus inconsciem­ment, 
mais avec toute leur application, leur ferveur et leur honnêteté, 
sur le symbole de la spirale, 
c’est-à-dire sur eux-mêmes et sur le sens profond de leur vie. 


C’est sans doute un moment important 
(et dont nous n’avons peut-être pas encore perçu toutes les implications) 
que cette rencontre, caractéristique de notre époque, entre la science 
(qui découvre expéri­mentalement des spirales, 
dans l’infiniment grand comme dans l’infiniment petit, 
et y reconnaît une des structures fondamentales de l’univers) 
et la symbolique, qui n’a cessé, par tradition et par intuition, 
d’organiser et de reproduire des formes spiralées : 
il y a là, à tout le moins, matière à réflexion.
 .
Joël Thomas
"La spirale symbole de la vie et du temps"
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Images de belles spirales :
ICI