lundi 25 septembre 2017

Rêver à plein temps

Lundi 25 septembre 2017 
 
 
Penney Peirce, dans son livre "Les rêves",
partage elle aussi cette idée que les rêves sont réels,
qu'ils ne sont pas que des symboles...
qu'ils ne se produisent pas que pendant le sommeil ,
et que, d'une certaine façon, 
"nous rêvons tout le temps", jour et nuit :
 
"La plupart des sociétés de l'antiquité avaient une vision
plus subjective et plus spirituelle des rêves.
Tous les textes anciens légués par les civilisations égyptienne, babylonienne,
 grecque, hébraïque, chinoise, indienne et aborigène
 comprennent le rêve comme des voyages de l'âme,
qui est libre de se déplacer en dehors du corps dans des états seconds
 tels que le sommeil, la méditation ou la transe.
Leurs auteurs pensaient que le monde éveillé et celui du sommeil
sont deux vues d'une même réalité.
(...)
 
 
De nombreux penseurs contemporains reviennent
à cette vision des rêves :
 
Fritz Perls, psychothérapeute ayant contribué
au développement d'une psychologie humaniste,
est à l'origine de la thérapeutique dite Gestalt
qui vise au développement personnel en prenant en compte "toute la personne".
Il pensait qu'au lieu d'être analysés, les rêves devaient être vécus à nouveau
 comme s'ils se produisaient dans l'instant présent
 -parce qu'ils sont vraiment des parties de nous-même.
(...)
Carlos Castaneda a popularisé les enseignements
 d'un sorcier indien yaqui, Don Juan,
pour qui les rêves sont la voie royale vers la maîtrise de soi.
Dans son ouvrage "Le voyage à Ixtlan",
 il rapporte cet échange avec son maître :
"Tu crois donc, Don Juan, que le rêve est réel ?
- Bien sûr, qu'il est réel.
- Aussi réel que ce que nous faisons en ce moment ?
-Si tu veux faire des comparaisons, je peux dire qu'il est peut-être plus réel.
Quand tu rêves que tu as du pouvoir, tu peux changer les choses,
 tu peux découvrir d'innombrables choses cachées,
 tu peux contrôler tout ce que tu veux."
 
Rosemary Ellen Guiley, dans "Dreamwork for the soul
-Les rêves et l'âme, 1998)
décrit l'application des rêves au développement spirituel.
Elle écrit :
"Les rêves nous font aller au-delà du symbolique
 jusqu'à l'expérience de la Vérité.
 Les rêves sont en connexion directe
avec le cœur divin du cosmos.
 
(...)
 
 
Les rêves ne se produisent pas seulement pendant le sommeil
 
Puisque la science nous dit que nous rêvons seulement chaque nuit
au cours des périodes de sommeil REM
nous tendons à associer le rêve exclusivement au
et à certaines heures de ce sommeil.
 
Mais si nous supposons que les rêves sont
nos principaux moyens d'accès à notre monde intérieur,
cette définition étroite des rêves nous isole de ce monde le reste du temps,
et nous ne pouvons plus alors envisager que tout ce que nous percevons
 puisse émaner d'une même source de conscience.
 
Le rêve ne serait-il pas un phénomène plus général ?
Ne serait-il pas l'accomplissement par l'âme de l'acte de perception ?
Goethe a  dit : "Nous ne cessons de voir, et c'est pourquoi nous rêvons."
 J'inverserais volontiers cette citation :
 "Nous ne cessons de rêver
 et c'est peut -être  pourquoi nous voyons." 
 
Nous rêvons tout le temps (...)
 
Les philosophies orientales traditionnelles doutent de la permanence
et de la réalité du monde.
Dans l'hindouisme, toute existence est considérée
comme le rêve de Dieu ou de Vishnou.
 
Voici ce que dit l'un des grands maîtres tibétains
Namkhai Norbu, sur la pratique bouddhiste tibétaine dite yoga du rêve :
"Toutes les visions que nous avons dans notre vie
sont comme un grand rêve.
Si nous les examinons de près, les grands rêves de la vie
et les petits rêves de la nuit ne sont guère différents."
 
Dans le même ordre d'idées, le théoricien du rêve Médard Boss disait
dans "The analys of Dreams- L'analyse des rêves" :
"Considérer le rêve indépendamment de la vie éveillée n'a pas de sens."
 
(...)
 
 
Certes, le jour et la nuit paraissent différents.
Le jour, nos yeux sont ouverts, notre corps est vertical,
nous pouvons toucher les objets.
La nuit, nos yeux sont fermés, notre corps est horizontal,
et nous pouvons passer à travers les murs
ou voyager d'un lieu à un autre instantanément.
 
Vous vous représentez sans doute la réalité de l'état de veille
comme étant "consciente",
celle du sommeil comme "inconsciente".
Par suite, nous tendons à accorder une importance excessive
au monde de l'état de veille et à sous-estimer celui du sommeil.
 
Et si la réalité nocturne prétendument inconsciente était celle
où nous sommes véritablement éveillés ?
Sri Nisargadatta, un des maîtres inspirés de l'Inde,
a dit dans "I am that-Je suis" :
"La plupart de nos expériences sont inconscientes.
Les expériences conscientes sont très rares.
Vous ne vous en apercevez pas parce que pour vous
seules les expériences conscientes comptent.
Prenez conscience de l'Inconscient."
 
(...)
 
 
 
Le jour et la nuit s'interpénètrent
Envisagez cette possibilité : votre réalité quotidienne
est comme le sommet d'un iceberg;
l'essentiel de votre vie est vécu "sous la surface",
 dans différents mondes oniriques.
 
 
Ce que vous faites dans ces mondes du rêve remonte jusqu'à votre vie
et se manifeste d'une manière particulière.
Vos rêves influencent et même créent ce qui se passe dans votre vie éveillée.
Et ce qui se passe dans votre quotidienne renvoie des ondes
vers vos mondes oniriques et les influence en retour.
 
Votre vie terrestre n'est peut-être qu'un mouvement constant de va-et-vient
entre l'essence et la forme, l'énergie et la matière, l'imaginaire et le réel.
Les deux réalités seraient indissociables.
.
.
 
 
 
 
 
 
 

dimanche 24 septembre 2017

Continuité et relativité du rêve

Dimanche 24 septembre 2017
 
 Jung écrit dans Sur la méthode de l’interprétation des rêves que
« la série onirique est comparable à une sorte de monologue
qui s’accomplirait à l’insu de la conscience.
Ce monologue, parfaitement intelligible dans le rêve,
sombre dans l’inconscient durant les périodes de veille,
 mais ne cesse en réalité jamais.
 
Il est vraisemblable que nous rêvons en fait constamment,
même en état de veille,
mais que la conscience produit un tel vacarme
que le rêve ne nous est alors plus perceptible »
.
"Le rêve en psychologie analytique"
Wikipédia
.
 

 

... si le récit et l'analyse du rêve sont si importants,
ce n'est pas tant, le plus souvent, parce que le rêve serait la clef,
l'expression ou la projection de la vie de veille,
 que parce qu'il est à la fois le précédent et la suite d'une aventure
qui se vit aussi à l'état de veille.
 
Les péripéties du rêve et celles de l'état de veille
s'interprètent en continuité.
.
Marc Augé
 
On pourrait imaginer,
pour représenter concrètement cette "continuité",
une ligne sinusoïdale :
la ligne des abscisses (ligne horizontale) 
représentant le niveau minimal
de la conscience diurne :
alternativement, au fil des jours et des nuits,
notre attention se déplace 
au-dessus de cette droite ou en-dessous...
du conscient à l'inconscient,
sans que jamais la ligne ne soit rompue...
 
Simplement, notre mémoire ne garde, en général,
que le souvenir des événements situés "au-dessus" du 0,
La seule exception étant la mémoire des rêves, qui, elle,
 est une mémoire (sans doute partielle et déformée)
de ce qui s'est passé "en-dessous"...pendant que nous dormions...
 
Mais la vie, notre vie, n'est pas limitée à la partie "positive" et visible,
elle est, dans sa définition "large",
la somme de nos expériences diurnes et nocturnes.
Elle est la somme de ce que nous connaissons de nous-mêmes...
et de ce que nous ne connaissons pas.
 
Elle est beaucoup plus "vaste" et plus profonde,
que ce que notre conscience habituelle,
marquée par le voile de l'oubli,
peut nous en dire...
 
Et c'est pourquoi, dans la quête
pour retrouver la "totalité" de nous-même,
les rêves, qui sont, en quelque sorte, les "bribes de vie"
arrachées à la perte mémorielle de cet "autre côté de nous",
sont une aide extrêmement précieuse...
 
On peut d'ailleurs se demander, aussi,
si la situation n'est pas une situation "en miroir" :
 
alors que, pour le "moi qui veille" ,
les aventures de nos nuits
restent en grande partie, un mystère...
il n'est pas impossible que, pour notre "être nocturne",
pour le "moi qui rêve" (*), pour le moi du "dessous",
notre vie quotidienne  soit vécue, de la même façon,
comme quelque chose d'étranger, de mystérieux,
comme une "ombre" aux contours flous,
à peine entr'aperçus...
 
 
Notre vie "de surface" serait alors le "rêve" de notre "double". 
 
Dans ce cas, la notion de rêve serait juste
une question de "point de vue" :
ce qui est nommé "rêve", ce serait , simplement, 
ce qui ne fait pas partie du "côté"
 que nous sommes en train de "vivre"...:-) 
 
Et tous les "événements", diurnes et nocturnes,
ne formeraient, au final,
qu'une grande et unique "aventure",
une odyssée "entre deux mondes"...
.
La Licorne
.
 
(*) Selon l'analyste américain James Hillman
le moi qui rêve n'est pas le même que le moi éveillé.
 
Les deux Moi entretiennent en effet une relation de gémellité
et sont, employant un vocabulaire jungien, « les ombres l'un de l'autre »
 explique-t-il dans "La Beauté de Psyché, L'âme et ses symboles"
.
 
 

Le fil de la vie

 
 
 
D' après une étude statistique, sur une vie de 78 ans,
nous passons, en moyenne :
 
29 ans à dormir...
10,5 ans à travailler,
1 an au volant de notre voiture,
3,5 ans à nous éduquer,
4 ans à manger et à boire,
2,5 ans à faire notre toilette,
2,5 ans à faire les courses,
1,5 an à éduquer les enfants,
9 ans devant la télévision,
internet et les réseaux sociaux
et 6 ans à faire la cuisine et le ménage...
 
Ne nous reste alors, pour faire autre chose...
que 9 ans !
.
Un peu déprimant ?
Peut-être.
 
 
Mais la question est aussi :
Que faisons-nous de ces 29 ans de "sommeil",
soit près d'un tiers de notre temps ?
La vraie liberté est-elle dans l'emploi de nos journées,
pleines à ras-bord,
ou se situe-t-elle au cœur de nos nuits ?

Quel est le sens profond de cette alternance
veille-sommeil-veille-sommeil ?
Aurait-elle son prolongement
dans une alternance vie-mort-vie ?
La conscience disparaît-elle pendant le sommeil ?
Disparaît-elle pendant la mort ?
 
Le sommeil est-il simplement une "pause"
qui repose notre corps et notre cerveau ?
Ou est-il, paradoxalement, un moment intense
d'éveil et de conscience,
que nous oublions au réveil,
au moment où nous revenons
dans un autre état de conscience ?
 
  
N'y aurait-il pas une seule vie, un seul "fil de vie"
qui, comme le fil de la couturière,
se faufile dessus-dessous
le tissu de nos jours,
du visible à l'invisible,
sans jamais cesser d'exister ?
 
Vivons-nous dans un seul monde
ou dans deux mondes à la fois ?

Ne passons-nous pas notre temps,
 sans nous en rendre compte,
à passer d'un côté à l'autre de la Vie ?
Ce qui se passe sur 24 heures est-il le reflet précis
 de ce qui se passe sur une vie entière ?
Une fois du côté "pile", une fois du côté "face"...
Une fois éveillé, une fois "endormi"...
Une fois "là", une fois "pas là"...
Une fois du côté des vivants, une fois du côté des "morts" ?
 
Et enfin, l'inconscient de nos nuits  a-t-il un rapport,
comme le pensait Jung, avec le "pays des morts" ? (*)
Visitons--nous, sans le savoir, ce "pays de l'autre côté"
à chaque fois que nous visitons
le "pays du rêve" ?

.
La Licorne
.